A coeur ouvert - Page 2 - test Kaori YUKI À cœur ouvert Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-069-2 Dépôt légal : Septembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Introduction L’histoire se passe à l’époque médiévale dans une contrée lointaine, appelée Mosyme. Cependant par certains aspects, elle ne semblerait pas si éloignée de nous, du fait que les Mosymiens sont des habitants ordinaires qui n’aspirent qu’au calme et à la tranquillité. Ils sont gouvernés, enfin pour être plus exacts, guidés. Les guides ne sont pas, comme on pourrait l’imaginer des vieux sages à la longue barbe grisonnante. Non, ce sont deux familles qui gèrent les affaires et qui s’occupent du bon déroulement du commerce, les Aminose et les Niume. Avec elles le bonheur semble à portée de main. Pourquoi ont-elles été choisies comme guides ? Je ne le sais pas. Des rumeurs affirment qu’elles seraient des descendantes des anciens dieux et que ce serait la raison pour laquelle elles seraient pourvues de tant de sagesse. D’autres que ce serait parce qu’elles auraient conclu un pacte avec des esprits. En tout cas la prospérité règne sur Mosyme et le trouble ne paraît pas guetter la région : les champs verdoient à perte de vue et 7 s’étendent sur des hectares et des hectares. Le soleil met savamment en valeur la vallée, illuminant les cultures et accompagnant les chants des cigales. La nuit, si vous l’admirez du haut du Mont, vous pourriez même apercevoir des fenêtres éclairées par les chandelles et des ombres passer devant celles-ci. La vie passait ainsi. Je parle de guide mais je devrais peut-être expliquer pourquoi. Les guides sont là pour assurer le maintien, non seulement de la terre, mais aussi du bien-être des Mosymiens. Ils les laissent agir à leur guise mais en les aidant si cela leur est demandé. C’est là qu’est née Giema Aminose. Elle a 16 ans et elle est la fille unique de Monuna et de Juvilio. C’est pourquoi ses parents en ont pris soin jusqu’à ce qu’elle soit capable de réaliser la mesure qu’un acte a et ce que les sentiments peuvent engendrer chez une femme. Car après tout elle est peut-être une future guide mais elle reste une femme ! Rêveuse et tourmentée par des songes qu’elle sait ne jamais réaliser, elle imagine n’être qu’une simple Mosymienne car elles, elles parcourent les routes au lieu de rester dans une grande demeure et d’écouter des conversations qui pour elle ne servent qu’à installer un quotidien. Elles, sont libres d’épouser qui elles veulent au lieu de partir en noces avec une personne quasi inconnue juste pour assurer le confort de sa famille. C’est injuste de penser cela mais elle ne peut s’empêcher d’être révoltée contre ces arrangements peu scrupuleux. Elle voudrait vivre 8 sa propre vie et ne pas avoir à suivre une destinée toute dessinée. Alors un jour, elle décide de s’échapper même si c’est pour une journée de son petit train-train. Sans prévenir personne ni même sa fidèle amie Lounomy, elle se rend dans le bois qu’elle regarde depuis toute petite de sa fenêtre afin de sentir ce qu’est la liberté. Elle aurait tellement souhaité incarner ne serait-ce qu’une seconde le vent lui-même, car il peut aller et venir à sa guise où il le veut, sans contraintes aucunes. Elle se sent tellement oppressée qu’elle doit goûter ce que c’est avant de retourner chez elle. Elle veut sentir la brise légère sur ses longs cheveux bruns, le soleil sur son visage ferme mais doux, mais surtout entendre tous les bruits qu’une qu’une forêt renferme en son sein. Elle espère que tout ce qu’elle a entendu dans son enfance à propos de l’extérieur n’est pas illusion. Ce serait cruel de savoir qu’en fin de compte la vie n’est qu’une suite de répétitions, qu’il n’y a pas de surprises. Alors elle court jusqu’à en perdre haleine et sans qu’elle s’en aperçoive, elle arrive au bord d’une petite cascade. Les arbres eux-mêmes semblent s’incliner devant ce point d’eau. L’air est humide : de l’eau jaillit des rochers élevés et en s’écrasant, elle fait un bruit qui ravit Giema. C’est la première fois qu’elle perçoit les sons multiples qu’émet l’eau. Elle est toute émerveillée. C’est la liberté même qui sort de ces roches. Elle voudrait être à sa place. Ce serait tellement féerique. Un rêve qui deviendrait réalité. Elle ôte sa robe. Elle veut 9 savoir ce que c’est que de se baigner dedans. Doucement elle y entre. C’est froid mais suave. Comme un de ces baisers qu’elle a vu décrire dans les livres qu’elle lit. Alors avec délice elle se dit que c’est un peu comme si elle embrassait l’eau. C’est une allégorie de ce qu’elle souhaite. Elle le sait. Car tout ce qu’elle espère, c’est de brasser la liberté. Elle rit. Elle est heureuse. Si elle osait elle y passerait sa vie. Alors, comme elle sait qu’il lui faudra revenir au château, elle se délecte de l’eau. Et elle rit et elle chante en fermant les yeux pour mieux savourer cet instant. C’est à ce moment que surgit de derrière un arbre un homme. Elle ne l’a pas vu ni entendu. Mais lui est surpris. Il ne peut s’empêcher d’émettre un petit cri de stupeur. Alors elle ouvre les yeux et aperçoit, devant elle, un jeune homme qui lui rappelle le prince de ses rêves. Il porte une chemise de lin blanc, bordée par une veste brune et satinée, qui s’ouvre sur un torse imberbe, signe d’innocence, et la chaleur le fait transpirer. Il ressort de ses yeux un regard de braise et il a des cheveux pareils au soleil. Elle fond pour ce prince sorti de nulle part et souhaite au plus profond d’elle que ce n’est pas un rêve. Elle voudrait ne jamais le quitter des yeux car elle a peur qu’il disparaisse. Kaoru Niume est le dernier né de Honio et de Himura. Il a 21 ans. Jeune et vigoureux, il plaît aux filles. Il aime savoir qu’il ne laisse pas indifférent mais il n’en joue pas. Ses parents l’ont négligé au profit de ses deux autres frères mais jamais il n’a 10 manqué d’amour. Il est heureux mais il est conscient que quelque chose lui manque. C’est un vide qu’il essaie de combler par tous les moyens, par la chasse, par les courses mais ce gouffre demeure, malgré tout ce qu’il fait pour s’en détourner. Pourtant il est aimé de tous mais il est troublé. Consciencieux et passionné, il ne cesse de parcourir le monde à la recherche de ce qui pourrait répondre à ses questions. Il souhaite vivre sans être tracassé par des raisons qu’il ne connaît pas. Il aime se sentir en paix et il ne l’est pas. Il doit savoir pourquoi. Ses parents lui soutiennent que son exaltation l’emporte mais il ne peut y croire. Comment être exalté par ce qu’on ne connaît pas ? C’est un être exigeant, envers luimême mais aussi envers les personnes qui font partie de sa vie. Il veut la clarté, la lumière. Il n’ignore pas qu’il a un rôle qu’il devra assumer tôt ou tard mais il cherche ce qu’il le comblera vraiment. Cela peut être une clef ou un animal, il s’en moque. Il doit seulement trouver cette chose. Il y mettra le temps qu’il faudra si nécessaire mais il parviendra au but qu’il s’est fixé. Alors il voyage. La solution ne se trouve pas chez lui, il le sait. Ce n’est pas chez soi qu’on trouve son bonheur. C’est ailleurs et cet ailleurs il le trouvera. C’est un passionné de nature et un aventureux. Il s’obstine jusqu’à ce qu’il soit satisfait. Un jour, alors qu’il vient de rendre visite à son cousin, il lui prend l’envie de s’arrêter dans un petit-bois qu’il a aperçu sur le chemin. En même temps, il lui semble qu’il entend une voix. Curieux, 11 il s’aventure plus loin et se rend compte que ce bois est plus profond qu’il ne le semble. Pourquoi ne l’at-il pas remarqué auparavant ? Il marche toujours plus vite puis avec empressement ; il se précipite au lieu d’origine de la voix. C’est celle d’une jeune fille. Elle est douce à entendre. Il se demande s’il n’écouterait pas une sirène. Cette voix, elle est si mélodieuse et harmonieuse. Ce n’est pas du tout une de ces voix qu’il a l’habitude d’entendre. Ça doit être un songe. Ce n’est pas possible : comment une fille peut être aussi envoûtante ? Alors il continue son exploration. Il a chaud. Il déboutonne sa chemise et espère qu’il découvrira une source. Il croit justement en percevoir le son mais peut-être est-ce une hallucination ? Puis, sans qu’il s’y attende, il débouche sur une cascade et sous celle-ci se baigne une sirène, enfin c’est ce qu’il croit. Il s’aperçoit que c’est bien une femme en chair et en os qu’il a devant lui. Elle ne semble pas l’avoir vue : elle a les yeux clos, mais il est tellement étonné et abasourdi qu’il ne peut s’empêcher d’étouffer un juron. Alors elle s’aperçoit de son intrusion. Ce qu’elle est belle. Elle a des yeux magnifiques : ils sont d’un bleu océan. Il se noierait bien dedans. Et elle lui donne envie de la protéger de tout. Il vient de tomber sous son charme. Il a parcouru le monde alors que ce qu’il cherchait si fiévreusement se trouvait près de chez lui, à quelques rues à peine. Il sait qu’il est en train de chavirer mais il s’en donne à cœur joie. C’est alors qu’il réalise qu’elle est nue, 12 comme offerte à lui. Il a honte de cette pensée. Il n’ose pas la voir plus, pour qui va-t-elle le prendre ? Comme ce moment si doux et si merveilleux à la fois est malvenu ! Il aurait voulu faire face à elle dans d’autres circonstances que celles-ci. Elle ne le quitte pas des yeux. Que peut-elle bien penser ? Peut-être songe-t-elle avoir affaire à un voyou ? Oh non, il ne veut pas l’effrayer ! Et si elle se mettait à crier ? Que pourrait-il bien trouver à dire pour se défendre ? Comment pourrait-il la convaincre qu’il n’est pas un de ses bandits de grand chemin ? Toutes ces pensées se bousculent dans sa tête, il panique. 13 Rencontre inattendue Il paraît gêné de l’avoir découverte. Il détourne les yeux et bredouille inintelligiblement. Elle appuie son regard. Elle semble le transcender, il bégaie de plus belle. C’est la première fois qu’une femme le trouble de cette façon. Il en perd ses moyens. Et pourtant, il les connaît, les femmes. Or, jamais il n’avait ressenti ces émois Il ignore qu’elle a confié sa vie entre ses mains au moment où elle l’a aperçu. Il ne sait pas non plus qu’elle se sent heureuse parce que ce moment, fugace à ce qu’elle croit, restera à tout jamais gravé dans sa mémoire et qu’il surpasse tout ce qu’elle a pu ressentir quand elle a découvert les joies aquatiques ou même quand elle a assisté à sa première nuit étoilée. Car enfin elle se découvre amoureuse. D’un inconnu certes, mais elle sait enfin qu’elle a des sentiments, qu’elle est comme n’importe quelle Mosymienne, comme n’importe quelle femme. Elle n’est pas anormale. Elle qui s’inquiétait tellement, qui craignait de n’être capable 14
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