Comme un lundi... - Page 1 - test Jean-Pierre Lamargot Comme un lundi… Conte ingénu (et philosophique) Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2035-0 Dépôt légal : Octobre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire Samedi, aux premières heures (jour de fête) ......................................................... 15 Samedi, un peu plus tard (garde à vue) ......................................................... 23 Samedi, début d’après-midi (odyssée de l’espèce) ............................................ 29 Samedi, milieu d’après-midi (l’ukase de l’oncle d’homme) ............................... 39 Samedi, fin d’après-midi (bleu, blanc, rouge) ............................................... 51 Samedi, début de soirée (quand paissent les vigognes) ............................... 59 Samedi, dans la soirée (dupons la joie) ..................................................... 65 9 Samedi, tard, dans la soirée (la grande illusion) ................................................ 71 Dimanche, au petit matin (parfum de femme) ............................................... 79 Dimanche, au petit matin (les raisons de la colère) ....................................... 91 Dimanche, petit déjeuner (les bronzés) .......................................................... 99 Dimanche, vers midi (mourir d’aimer) ................................................... 107 Dimanche, soir, très tard (la trêve et l’avalanche) ........................................ 117 Petit rappel à l’usage des étourdis et des mécréants .................................................... 129 Résumé succinct à l’attention des mal comprenants ......................... 141 Précis rudimentaire de géographie et d’économie ................................ 143 10 Au huitième jour. A Pascal Duquenne, A Daniel Auteuil qui ignorent tout de ce livre qui leur doit pourtant son existence Au World Wide Web, pour l’universalité et les multiples facettes de sa culture et pour sa diligence empressée à la partager 11 Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. Ancien Testament, Livre de la Genèse (Édition française de Louis Segond, 1910) Deus verbum ataque nomen est. In se non est (Dieu est une parole et un nom. En soi il n’existe pas) Cabassus in En nos vertes années Robert Merle 12 Cela dit, ce livre n’engage que moi Jacques Duquesne Jésus Le cours de ma vie change, détourné de la noire par la souris blanche. J’ai envie de profiter de la minute qui passe, de la retenir, de la pénétrer, d’en tirer tout le suc. Jean-Pierre Chabrol Les aveux du silence 13 Samedi, aux premières heures (jour de fête) Adam émergea à grand peine, la tête lourde comme un lendemain de fiesta où la nuit a été courte et si peu reconstituante. Ouvrant précautionneusement les yeux, il promena son regard sur un environnement qui ne lui était pas le moins du monde familier ; un peu comme si quelque trou noir avait absorbé inexorablement toute possibilité de relier toute trace du présent à la moindre bribe de souvenir (les amnésiques reconnaîtront probablement ce pénible sentiment). Il étira consciencieusement ses membres engourdis et prit le temps de s’examiner lui-même, se palpant lentement, avec application, comme s’il se rencontrait pour la toute première fois. Il remarqua quelques traces boueuses (de l’argile, plus précisément) qui marbraient sa peau par ailleurs immaculée. Ces traînées n’étaient pas sans évoquer le nourrisson tout juste sorti du ventre de sa mère, comme autant d’outrages à la perfection potentielle. 15 Il en parut chagriné et se mit du regard en quête d’une eau rédemptrice où laver les indélicates souillures. Il n’eut pas à la chercher bien longtemps : une paisible rivière paressait gentiment à quelques pas. S’y plonger fut l’affaire d’un instant (et motif à une grande volupté tant l’onde était à la fois fraîche et tiède, limpide et accueillante). Il y serait peut-être encore si soudain une voix ne l’avait fait tressaillir, sortie on ne sait d’où. Il se réfugia d’un bond à l’abri dérisoire d’un chétif buisson. « Quelle chance » se dit-il « que je ne sache pas encore nager ; j’aurais tout aussi bien pu me trouver au beau milieu du courant et alors, j’aurais perdu un temps précieux à rejoindre la berge ». Comme il se doit, cette pensée (d’une forte ironie) dissimulait en réalité une forfanterie de circonstance : on se rassure et on s’encourage comme on peut. Depuis peu, très peu (si peu) il avait appris à dominer la frayeur que lui causaient les roulements caverneux de sa propre voix et les vibrations qu’elle engendrait au plus intime de son organisme (à la longue, on s’habitue à tout, ainsi que le diraient, mais beaucoup plus tard, les riverains du Métro et du T.G.V.). Dans les minutes présentes, son effroi incontrôlable tenait à ce que cette fois, il s’agissait d’une voix qui indiscutablement n’était pas la sienne ; il était bien certain d’avoir réellement et distinctement entendu quelqu’un lui adresser la parole. Plus serein, il se fut raisonné, remarquant que rien ne lui permettait de se désigner à coup sûr comme l’incontestable destinataire des propos (hormis, peutêtre, un viscéral égocentrisme dont il n’aurait le 16 balbutiement du commencement de début de prise de conscience qu’après un laps très, très, très long, lors d’un séjour chez des philosophes grecs ; au passage, et dans un louable souci de simplification, il fut sur le point d’inventer « longtemps » pour désigner un laps très, très, très long ; cela n’altérait en rien la puissance de l’évocation, à ce détail près qu’il ne maîtrisait encore en rien la notion du temps qui lui demeurait un mystère pas même envisagé). De la nouveauté à l’inquiétude, le pas est étroit, qu’il franchit aussitôt. Puisque ce n’était pas lui, qui d’autre avait bien pu prendre la parole ? De toute évidence ni ce quadrupède qui folâtrait sur l’autre rive, ni ce poisson qui agitait nonchalamment ses nageoires diaphanes. Encore moins cette fleur qui offrait voluptueusement (et avec juste ce qu’il fallait d’impudeur) ses pétales à la tendre chaleur du soleil et son pistil aux butineurs matinaux. Qui ? Qui, alors qu’il était seul ; le seul représentant de son espèce parlante, à portée du regard du moins (ce qui ne le rassurait guère, au demeurant). Tout paraissait paisible, éthéré alentour. Chacun vaquait à ses incertaines occupations, indifférent à celles du voisinage, au reste tout aussi insignifiantes ; content, simplement, d’être là et peu soucieux de savoir ni pourquoi, ni comment. Pour toute réponse à son angoisse, il ne reçut qu’un profond silence, tout juste troublé par l’insouciant gazouillement des oiseaux et le murmure chuintant de la rivière. Son angoisse, d’ailleurs, s’apaisait doucement et Adam se convainquit d’avoir été victime d’une illusion. Il en verrait d’autres, probablement ! Il crut le moment venu de quitter son refuge. 17
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