Le retour d'Ingrid - Page 1 - Jean L’Hôte Le retour d’Ingrid Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2689-5 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Tous les personnages (noms, surnoms, descriptions, fonctions, etc…) mis en scène dans cet ouvrage sont entièrement fictifs. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou disparues ne peut être que pure coïncidence. 9 Après un premier roman intitulé : Des vacances rocambolesques (publié chez Edilivre.com) l’auteur vous entraîne dans une nouvelle fiction : Le retour d’Ingrid 10 I Lundi 18 juillet 2005, le soleil brille de tous ses éclats. Vers 13h30, sur une chaussée bordée par des champs de blé ornés de jolis coquelicots rescapés des traitements intensifs de désherbage, un magnifique cabriolet bleu, décapoté, roule à vive allure. Sa radio diffuse une musique des années 80 qui effarouche les corneilles perchées sur un monument aux morts de la guerre 14-18. Les mains gantées de cuir, le bras gauche posé sur la portière, la poitrine généreuse, le visage adroitement maquillé, les lèvres fort colorées, les cheveux au vent, une superbe blonde d’une quarantaine d’années pilote ce véhicule. A l’approche d’un carrefour, le cabriolet ralentit, il tourne à droite et prend la direction de Marival. Deux cents mètres plus loin, il s’arrête sur le bord de la route. La femme en descend, le téléphone portable collé à l’oreille. Le vent léger, qui soulève sa robe rose en mousseline, rend visible le haut de ses jambes perchées sur des talons aiguille. 11 – Allô ! C’est toi Pierre ?… Oui, tout va bien… Non, je n’ai pas d’ennui, tout se passe comme prévu. Je me promène, le soleil brille, j’admire la nature et j’apprécie l’air pur, cela me fait le plus grand bien. Je viens de m’arrêter devant un étang et je vais m’en approcher pour prendre quelques photos. Le paysage est sublime, des canards nagent avec leurs petits, je ne veux pas rater ce spectacle… Ne t’en fais pas, aussitôt je reprendrai la route et je t’appellerai dès que je serai de retour dans le petit pavillon que j’ai loué, c’est promis. Gros bisous. Elle referme le téléphone, le pose sur le siège puis se dirige vers le coffre de sa voiture. Elle ouvre celuici, retire ses chaussures, glisse ses pieds dans des bottes, saisit un minuscule appareil photo numérique, puis traverse la route. Sur le bas-côté, elle fait une dizaine de pas dans l’herbe en direction de l’étang, s’arrête, écarte les jambes pour s’assurer une bonne stabilité, approche l’appareil de son visage, cherche le meilleur cadrage en effectuant une légère rotation du tronc, puis prend une photo. Elle retourne ensuite l’appareil et admire le résultat. Une tache verte attire son attention. A l’aide du zoom, elle agrandit celle-ci, puis revient à toute allure vers sa voiture. Elle jette l’appareil sur le siège, empoigne le téléphone et compose le 17. – Allô ! La police ? – Gendarmerie Nationale, je vous écoute, qui êtesvous ? – Je suis Ingrid Chopin. Je suis en vacances dans la région et je viens d’apercevoir un cadavre flottant dans l’étang qui longe la route, entre Ormane et Marival. 12 – Ne bougez pas madame et surtout ne touchez à rien, nous arrivons tout de suite. * * * Dix minutes plus tard, accompagnée par des hurlements de sirène, une fourgonnette arrive sur place. Trois gendarmes en descendent et s’approchent de la dame en pleurs, figée dans sa voiture. Le plus gradé, un homme bedonnant, avec moustache, la cinquantaine bien passée, se présente : – Brigadier-chef Duroc, bonjour madame, est-ce vous qui avez appelé pour dire qu’il y avait un cadavre dans l’étang ? – Oui, il est là-bas, presque au bord. – Il ne faut pas rester là toute seule, ma petite dame, vous n’avez pas l’air bien, venez avec nous. – Non, je ne veux pas revoir cela, c’est trop atroce ! – Je vous comprends, mais venez jusqu’à la fourgonnette, le brigadier Thalès vous tiendra compagnie. La femme sort de la voiture, se dirige vers la fourgonnette et grimpe dans celle-ci, soutenue par le brigadier-chef. – Thalès, occupe-toi de la dame, il faut la réconforter, elle n’est pas loin de la déprime ! – Oui, chef ! Je m’en occupe. Pendant que Duroc quitte le véhicule et se dirige vers l’endroit indiqué en compagnie des deux autres gendarmes, Thalès, un gamin d’une trentaine d’année, 13 quitte la place du conducteur et monte à l’arrière du véhicule. Quelques instants plus tard, sans doute grâce au réconfort assidu du jeune Thalès, la peur et les pleurs d’Ingrid disparaissent miraculeusement. L’ambulance des pompiers s’arrête quelques minutes plus tard à proximité de la fourgonnette. Du véhicule rouge descendent trois hommes casqués, avec veste de cuir, pantalon noir et bottes. Ils rejoignent Duroc qui inspecte le bord de l’eau. Aucun doute n’est possible, un cadavre habillé d’une combinaison verte, la face dans l’eau, les cheveux blonds, flotte effectivement à deux mètres du rivage. Les pompiers reviennent à leur véhicule. L’un d’eux sort une gaffe, l’autre une corde, pendant que le troisième, le plus jeune, prénommé Alexandre, s’équipe d’un harnais. Une extrémité de la corde est aussitôt accrochée et verrouillée sur celui-ci. La gaffe à la main, Alexandre s’approche de la rive. Il retire et jette, à une dizaine de mètres, une branche morte qui entrave son passage, puis se stabilise sur le bord de l’eau, face au cadavre. Ses deux collègues assurent sa sécurité en maintenant la corde. – Attendez ! Attendez ! Il ne faut pas toucher au corps tant que l’officier de police judiciaire n’est pas là. Il faut attendre, il vient de Varicourt, lance le brigadier-chef Duroc. Surpris par cet ordre, les pompiers regagnent leur véhicule et attendent. Alertée par la sirène et les « Pin-pon ! Pin-pon ! », la population locale arrive sur les lieux. Deux 14 gendarmes, Legrand et Lacour, repoussent les curieux pendant que Duroc prend des photos. Cinq minutes plus tard, un véhicule blanc arrive à toute allure, puis s’arrête. Le docteur Dumoulin, un homme âgé aux tempes grisonnantes, médecin et capitaine des pompiers, descend et se dirige vers la berge. Un véhicule de couleur bleu arrive quelques secondes plus tard. Le capitaine Ravigo, de la gendarmerie nationale, en descend. Il se dirige vers Duroc, se renseigne, observe les alentours, puis lance aux pompiers : « Vous pouvez retirer le corps ». Toujours bien assuré par la corde et ses deux collègues, Alexandre s’approche du bord, il se penche vers l’eau et, à l’aide du crochet, ramène le corps vers la rive, l’empoigne par la combinaison, puis le monte sur la berge. Le médecin s’approche et constate aussitôt que le noyé a reçu un coup sur le crâne. De nouvelles photos sont prises par Duroc. Quand le flash a cessé de crépiter, le capitaine Ravigo ordonne à Alexandre de retourner le cadavre. De nouvelles photos sont encore prises, puis le noyé est porté par les pompiers jusque dans l’ambulance. À l’intérieur de celle-ci, le médecin procède à un examen plus approfondi du corps. La mort est suspecte. Il refuse le permis d’inhumer et ordonne une autopsie de la victime. Les curieux sont toujours tenus à l’écart, mais l’un d’eux, prénommé Roger, croit reconnaître le noyé et dit à son voisin Marc : – Il me semble que c’est le Martial. 15 – C’est fort possible, je viens d’apercevoir sa camionnette, pas loin d’ici, dans le chemin du Château. Avec son air hautain, le jeune capitaine Ravigo se dirige vers les curieux. – Est-ce que quelqu’un a vu ou sait quelque chose ? Comme réponse, il n’obtient que le silence. – Dans ce cas, rentrez chez vous, les curieux n’ont rien à faire ici ! Dans un léger brouhaha d’indignation, ceux-ci regagnent leur voiture et s’éloignent. En revenant au véhicule de la gendarmerie, le capitaine lance à Ingrid : – Madame, je vous prie de nous suivre à la brigade pour effectuer une déposition. Vous sentez-vous capable de conduire votre véhicule ? – Ça va maintenant, je crois pouvoir vous suivre. Accompagnée par Duroc, elle quitte la fourgonnette, rejoint l’arrière de son cabriolet, retire ses bottes, remet ses chaussures, ferme le coffre et reprend place au volant, sous le regard éloigné, mais attentif, du capitaine. Duroc rejoint son supérieur et lui confie : – Mon capitaine, cette femme me paraît bizarre. Elle dit être en vacances dans la région, et dans le coffre de sa voiture, je n’y ai vu qu’une bêche, une couverture, et ses bottes. Je vois mal une cocotte de ce style travailler la terre. – C’est vrai, c’est étrange, nous verrons cela tout à l’heure. 16
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