Sliden, le héros des dieux - Page 1 - test Pascal Rissac Sliden Le héros des dieux Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1790-9 Dépôt légal : Septembre.2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Avant-propos La question de l’origine du Mal me taraude depuis l’enfance. Pour reprendre la croyance populaire, le Diable serait la cause de tous les maux et le Diable serait un ange déchu ; mais quelle force, antérieure au début des temps, a donc provoqué la déchéance de cet ange ? La question n’est pas nouvelle. Et personne n’y a jamais apporté une réponse irréfutable. A défaut de fournir une quelconque vérité sur cette problématique fondamentale, ce roman apporte une explication tout à fait originale. La rédaction de ce récit épique a été pour moi une merveilleuse expérience. Je me suis mis à l’ouvrage en ne disposant que du point de départ, de la conclusion et des éléments principaux de la trame de ce qui est maintenant une trilogie d’aventures fantastiques. Tout au long de la première écriture, je me suis laissé guider par mon inspiration du moment pour déterminer les décisions prises par le personnage principal. Très particulièrement libre dans ce contexte, cette inspiration a été influencée de façon notable par la musique qui m’a accompagné tout du long de l’écriture de cet ouvrage. En fonction du rythme et de l’ambiance des œuvres des artistes que j’écoutais, le texte a alors pris un tour plus tumultueux ou plutôt rêveur ou nettement angoissant. Je voudrais surtout adresser là mes remerciements à Alan Parson Project, Beatles, Dead can dance, Def Leppard, Dire Straits, Edouard Grieg, Iron Maiden, Klaus Schulze, Led Zeppelin, Mike Oldfield, Moody blues, Nena, Pink Floyd, Queen, Rolling stones, Roxy Music et Vangelis. L’écriture libre de ce roman a eu toutefois des conséquences nettement défavorables sur la qualité de la première version de ce texte (achevée en 1991). Conçu comme une suite d’événements inspirés par le hasard de l’émotion, ce récit souffrait alors d’incohérences globales lourdes. Avec en plus un style très contestable, je le reconnais volontiers, cette version originale ne méritait certainement pas d’être publiée. Je remercie cependant mes amis qui ont lu ce texte à l’époque de ne pas en avoir pointé les graves lacunes ; je l’aurais peutêtre jeté au feu. Bien des années plus tard, j’ai repris de fond en comble la rédaction de ce texte. La qualité m’en paraît désormais convenable ; avec le rythme soutenu des 11 événements inattendus qui s’y déroulent, je suis sincèrement convaincu que ce roman d’aventures fantastiques est très palpitant. C’est vous, lecteur, qui me conforterez ou non dans cette conviction. « Sliden, le héros des dieux » est le premier tome d’une trilogie. Les deux textes qui complètent cette dernière seront prêts en 2010. Je souhaite au lecteur autant de plaisir à lire cet ouvrage que j’en ai eu à l’écrire. 12 Prologue L’existence de Sulérian touchait à son terme. Mélancoliquement, le vieil homme regardait le vent souffler à travers les buissons desséchés du cirque formé par les collines. Une fine pellicule de poussière virevoltait au-dessus du sol. A perte de vue, ce n’était que le spectacle d’une nature terne et rachitique : des touffes d’herbes jaunes, des buissons dont les fins rameaux ne portaient pas de feuilles, des cactus. Quelques oiseaux de proie trouvaient le courage de planer dans un ciel désespérément bleu sur lequel pesait un soleil de plomb. Rien ne laissait présager ici de l’exubérance de vie qui régnait au-delà du cercle des monts, à un peu moins d’une demi-journée de marche. Au loin, Sulérian apercevait encore les silhouettes de ses deux serviteurs partis d’ici à cheval dans l’après-midi : pratiquement huit années de vie commune dans ce monde de lumière et de sécheresse venaient de prendre fin, le rôle de ces aides était terminé. Le vieil homme les avait renvoyés vers la société et la vie, lui-même serait bientôt mort… Avant de mourir, il lui fallait cependant parachever son œuvre. Son regard se détacha de l’horizon et se porta sur la demeure ancestrale qu’il allait définitivement quitter. L’édifice à l’architecture rustique qui s’offrait à ses yeux était vaste et comprenait deux niveaux d’habitation. Les lignes désespérément droites de la demeure donnaient l’impression qu’elle était sortie tout droit de la terre. Quelques rares balcons sur lesquels s’accrochaient des arbustes aux feuillages étonnamment frais donnaient un peu de relief à l’ensemble. Sulérian ignorait l’histoire exacte de cette bâtisse. La seule chose dont il avait l’assurance était l’origine : cet édifice d’une stupéfiante simplicité avait été construit par les immortels ! Sulérian avait appris de son père le nom de l’endroit, une dénomination bien peu originale : la demeure des dieux. Mais quelles divinités avaient précisément participé à la construction ? A quelle époque ? En quelles circonstances ? Le vieil homme pouvait seulement préciser que tous ses ancêtres avaient, chacun leur tour, vécu ici. Et qu’ils y avaient reçu les termes de la Mission que les dieux leur confiaient. Située à quelques pas de la porte d’entrée, une monumentale fontaine de pierre rose dont la troisième vasque culminait bien au-dessus du vieil homme était probablement le seul élément discordant avec le dépouillement des lieux. 13 Précieuse fontaine dont l’eau permettait aux jardins des alentours d’étaler une grande variété de couleurs et de répandre une indispensable fraîcheur. Ici, dans cette région qui n’existait pas sur les cartes des habitants de ce monde. Près de la fontaine se tenait un jeune garçon aux cheveux châtains. Il était agenouillé, les yeux fermés, les mains posées sur ses cuisses, immobile. Sulérian s’approcha de l’enfant : « Sliden ! » Le garçon ouvrit les yeux et se leva. Grand pour ses huit ans, il n’était en revanche pas d’une solide constitution. L’expression angélique de ses traits fins sur son visage pâle donnait l’envie instinctive de le protéger. De ses yeux marron-vert, Sliden considérait son père : quel âge pouvait avoir cet homme au teint mat ? De grande taille, ses cheveux blancs laissaient la place à quelques rares boucles noires, souvenirs d’une lointaine jeunesse ; les farouches yeux verts du vieil homme semblaient défier ses interlocuteurs. De sa vie d’aventures, Sulérian avait gardé une musculature d’acier et une souplesse étonnante. Sliden et son père étaient tous les deux sobrement vêtus de tuniques de lin ocre serrées d’une ceinture de cordes blanches, ils avaient des sandales aux pieds. Le vieux père ébouriffa affectueusement les cheveux de son fils. Celui-ci demanda : « Pourquoi Martha et Felrick sont-ils partis ? – Parce que tu n’as plus besoin de ta nourrice et de ton précepteur. Je vais te donner maintenant ta dernière leçon, la plus importante ; ensuite, tu feras ta vie… » L’enfant ouvrit la bouche et les yeux tout grands, terrifié en réalisant la portée de cette dernière parole… « Faire ma vie… Je n’ai que huit ans… Je ne suis jamais sorti d’ici… » Il semblait à Sliden que l’air lui manquait : il allait quitter cet endroit, le seul qu’il n’eût jamais connu ! L’enfant laissa couler ses larmes. Sulérian émit un grognement désapprobateur. Le garçon releva ses yeux humides vers son père ; dans une expression des plus disgracieuses, le visage de ce dernier reflétait à la fois la fermeté de sa volonté et la profondeur de sa compassion. Le vieil homme s’efforça de garder un ton neutre : « Je comprends ta crainte. Elle est naturelle… » Le vieil homme fit une pause et précisa vivement : « Ou plutôt, elle serait naturelle si tu étais un garçon ordinaire ! Mais ce n’est pas le cas, tu le sais bien… Mon enseignement et celui de tes précepteurs t’ont préparé à une grande destinée dont je vais te reparler ensuite… » Les yeux de Sulérian semblaient scruter Sliden au plus profond de lui-même. L’enfant détourna son regard et écouta la tête baissée. « Tu possèdes en toi une force mentale que tu ne soupçonnes pas pour le moment. Tu as le corps d’un enfant, c’est vrai. Mais tu es en revanche doué d’une 14 volonté proche de celle d’un adulte. Tu es tout à fait prêt pour l’aventure qui t’attend !… » Les yeux de Sulérian s’éclairèrent en voyant son fils tenter de sécher ses larmes. « Je connais bien le monde que tu vas explorer. Et je sais que tu en es capable. Tu surmonteras les épreuves… Viens que je t’explique… » Le vieil homme prit autoritairement la main de Sliden et le mena vers l’intérieur de la bâtisse, feignant d’ignorer les larmes qui coulaient encore doucement sur les joues de l’enfant. Poussant la porte de l’entrée, ils se retrouvèrent dans la cuisine. L’épaisseur des murs y avait conservé une agréable fraîcheur. Rustiques et patinés par les siècles, les meubles étaient les témoins muets des générations qui s’étaient succédées en ces lieux. Sur la table, les restes d’un déjeuner frugal pris le midi même. Les portes ouvertes du placard découvraient des étagères vides. Martha et Felrick avaient fait le nécessaire ; c’est ainsi que, beaucoup plus tard, Sliden retrouverait cette demeure avec son enfant, si les dieux le permettaient… Le vieil homme passa la tête par l’unique et étroite fenêtre de la pièce pour embrasser des yeux ce qui constituerait sa dernière image du monde extérieur. Il huma une dernière fois l’air chaud et parfumé et l’exhala lentement. Tournant résolument la tête vers l’intérieur de l’habitation, Sulérian poussa une porte qui menait dans un large couloir. Trois portes fermées se révélèrent à la vue des deux personnages ; un escalier montait vers une mezzanine et un autre menait au sous-sol. La vive lueur se dégageant de quelques pierres de lumière incrustées dans le mur assurait l’éclairage. Depuis peu, Sliden connaissait le sortilège qui produisait de telles pierres. Sulérian prit l’escalier descendant. Son jeune fils le suivit silencieusement, comme un automate ; il ne pleurait plus. Les marches étaient abruptes et mal éclairées par la lumière du couloir. En bas de l’escalier, une lourde porte de bois rouge foncé décorée d’ornementations en cuivre barrait le chemin. La serrure n’était pas fermée, le vieil homme appuya simplement sur la poignée. Sliden rentra à la suite de son père dans cette grande pièce qu’il connaissait si bien. Des tapisseries de soie constituaient toute la sobre décoration de l’endroit. Sur l’une était dessinée une carte du monde, une autre représentait le corps humain, une troisième montrait toutes sortes de traces d’animaux. Quelques symboles ésotériques étaient inscrits sur une large planche de bois bleue accrochée au mur à droite de l’entrée. Le mobilier était constitué de deux grands bureaux, de quelques chaises rustiques et d’un placard en chêne. « Sliden, assieds-toi… » Machinalement, l’enfant s’installa à sa place habituelle au milieu de la pièce. Et il se remit à pleurer. Indifférent à ces nouvelles larmes, Sulérian examinait le mobilier pour vérifier que les tiroirs et les étagères avaient été vidés. Il effaça le tableau. 15 Prononçant le « Mot de Paix », le vieil homme fit un petit geste de rotation de la main gauche et la ramena sur son cœur. Sliden sentit alors une impression nouvelle l’envahir. Quelque chose sondait et perçait son esprit, écartant ses contrariétés et apaisant ses angoisses. Le petit garçon releva les yeux et, en croisant le regard de son père, eut l’impression de plonger dans l’espace. Il lui semblait flotter parmi les étoiles ! Celles-ci clignotaient en une multitude de couleurs tout en répandant une douce musique cristalline ; Sliden sourit béatement. Avec l’aide de la magie de Sulérian, le garçon se raisonnait : pourquoi avait-il peur ? Son père lui avait appris à faire preuve de courage, il lui avait assuré qu’il deviendrait l’homme le plus redoutable du monde ! Oui, il serait le plus puissant ! Oui, son père serait fier de lui ! Il braverait tous les dangers la tête haute. Il allait lui montrer… « Je suis prêt pour cette leçon, Père. » La voix de Sliden était étonnamment ferme. Sulérian sourit et alla s’asseoir, face à son enfant. « Cette présentation sera très longue et t’ouvrira de nouvelles perspectives sur le monde que tu vas découvrir. Ce que tu vas entendre est fondamental, c’est pourquoi je voudrais que tu te mettes en condition de tout retenir, même si tu ne saisis pas du premier coup ce que je vais te dire. Tu auras ensuite toute la vie pour y réfléchir… » Sliden posa le bout de ses doigts sur les arcades sourcilières et inspira profondément deux fois avant d’énoncer le « Mot de Connaissance ». Les yeux toujours fermés, il vit l’espace étoilé s’ouvrit de nouveau devant lui. La voix calme du vieil homme résonnait dans la pièce : « Il y aura trois parties dans mon exposé. Dans l’une, je voudrais te rappeler très brièvement ce que moi-même, Felrick et Martha t’avons appris jusqu’ici sur la magie et sur notre monde, Therra. Ensuite, nous parlerons des dieux et de ton rôle. Et enfin, je te présenterai ton arme… » Sulérian marqua une courte pause. Sliden avait fermé les yeux, il était prêt. « Pour ma part, j’ai ouvert ton esprit et ta curiosité aux secrets des arcanes. Je t’ai appris notamment que les sorciers utilisent l’énergie psychique pour exercer leurs pouvoirs. Ce fluide invisible baigne tout notre univers. De fait, la puissance d’un magicien, sa force de combat si tu préfères, se mesure à la quantité d’énergie psychique qu’il est capable de garder en réserve dans son propre corps. La quantité de ce fluide dont tu disposes est relativement modeste pour le moment, il t’appartiendra de l’accroître avec le temps. Outre les notions fondamentales visant à la maîtrise de l’énergie psychique, je t’ai appris quelques sortilèges qui te seront directement utiles : certains te permettront de mieux te battre, d’autres t’aideront à survivre dans un environnement hostile, d’autres encore te permettront de mieux connaître les forces et les entités qui régissent l’univers de Therra. » Le vieil homme laissa le temps à son fils d’assimiler ces informations avant de reprendre : 16 « Une précision toutefois. Il est vrai que tu possèdes dès à présent des pouvoirs magiques te permettant de mettre à mal tes adversaires. Sache cependant que ces ennemis disposent parfois de pouvoirs leur permettant de résister aux effets de tes sortilèges. C’est alors une lutte de puissance, celui disposant du plus d’énergie psychique l’emporte. » Sulérian enchaîna d’une voix vibrante : « Un point important pour finir ce bref rappel des notions de magie : arrivé à un haut niveau de maîtrise des arcanes, un sorcier peut vivre de très nombreux siècles sans vieillir ! » Les traits détendus de Sliden montraient à son père que ses paroles étaient comprises. Un sourire fugitif constitua le seul témoin de l’effet que faisaient au garçon les fantastiques assertions qui lui étaient faites. Le magicien poursuivit : « J’avais commencé, maintenant que tu as huit ans, à t’apprendre le maniement des armes et les ruses de combat. Continue à répéter les exercices que je te faisais faire. Tu trouveras par toi-même le moyen de progresser. Cela sera probablement plus long que si un professeur te conseillait, mais… – Mais je ne sais rien faire avec une épée ! » Ouvrant brusquement les yeux, Sliden avait violemment interrompu son père. Sulérian regarda le garçon avec un air d’impuissance résignée : « Oui, il est vrai que je n’ai pas vraiment eu le temps de t’apprendre autre chose que la manière de fermer tes poings sur la garde d’une épée… Mais les dieux ont décidé que tu devais partir à l’aventure dès à présent. N’aie crainte : il est évident que tu bénéficieras de leur protection, car ils ont d’ambitieux projets pour toi. – Quels projets ? » Sliden avait rouvert les yeux. Sulérian fronça les sourcils : « Tu le sauras en son temps ! Reprends ta concentration et ne m’interromps plus ! » Le garçon fit à nouveau le vide dans son esprit, tous ses sens étaient aux aguets. Le flot des paroles de son père s’engouffra dans les recoins de sa mémoire : « Tu n’es jamais sorti de cet endroit disais-tu. Martha et Felrick t’ont cependant enseigné l’histoire de notre monde, sa géographie et sa philosophie. Je vais brièvement reprendre leurs termes… » Le vieil homme s’éclaircit la gorge et énonça : « Notre planète, Therra, est éclairée par le soleil ; celui-ci est une étoile comme tu peux en voir des milliers d’autres dans le ciel : tu as appris à nommer les plus importantes. Notre planète bouge par rapport à son soleil, elle décrit autour de lui un cercle pratiquement parfait. Ce cercle est parcouru en quatre cent jours, un jour étant le temps mis par Therra pour pivoter sur elle-même. Le jour et la nuit durent à peu près le même temps. La nuit est rarement très sombre du fait de l’existence de trois lunes qui réfléchissent en partie la lumière du soleil. Notre planète est un énorme océan d’où émerge l’île qui constitue le monde habité. 17 Celui-ci nécessite à peu près quatre-vingt jours à cheval pour être traversé dans sa plus grande longueur. Nous reviendrons sur sa géographie plus tard. » Sulérian détourna son regard qu’il venait de poser sur la tapisserie représentant Therra et les Royaumes qui la constituaient. Sliden ne laissa pas le temps à son père de continuer ; il ouvrit les yeux et, d’une voix brûlante de curiosité, il demanda : « Vous aviez parlé il y a quelques semaines de mondes parallèles ?… » Le vieil homme n’admettait pas qu’on l’interrompe. Son front soudainement contracté en une profonde ride et son regard furieux firent craindre à Sliden une de ces corrections dont son dos avait le douloureux souvenir. Mais Sulérian se laissa finalement attendrir et, considérant les derniers moments qu’il lui restait à vivre, consentit à répondre : « C’était une erreur de ma part. Cela risque de t’embrouiller l’esprit… » L’attention de Sliden était au maximum alors que son père consentit à continuer après un soupir désabusé : « Mais, soit… Therra constitue un plan d’existence. Mais il existe d’autres univers, d’autres plans d’existence. Des mondes parallèles. Le monde des dieux, le monde des morts… Un certain type de magie permet de s’y transporter. Il existe également des endroits sur Therra qui permettent de passer d’un espace à l’autre… – Cela doit être merveilleux », commenta Sliden avec enthousiasme. Sulérian sembla pris de court. Il prit un instant de réflexion avant de répliquer : « Je n’ai jamais été dans ces univers parallèles. Mais je crois avoir compris que ceux-ci sont plutôt lugubres… » Le garçon méditait. Sulérian pressentait les questions que son fils préparait. Il préféra prendre les devants en ramenant la conversation sur ce qu’il avait prévu : « Comme je te le disais, je voulais également te parler des dieux… » Le vieil homme se recueillit un instant et débita : « Margi, la déesse-mère, une entité qui a l’apparence d’une humaine, est à l’origine de l’univers. A l’origine des temps, il y avait avec Margi huit créatures dont l’histoire a retenu l’existence sous le nom de Princes des Éléments. Avec eux, la déesse-mère conçut le monde minéral, support de la vie qui fut créée ensuite : le monde animal et végétal que tes précepteurs t’ont décrit… » Sulérian remarqua seulement alors l’incorrection de son enfant : « Sliden, ferme les yeux ! », gronda-t-il. Le garçon obéit et le père put reprendre : « Ceci accompli, les Créateurs firent apparaître la vie intelligente : les humains, mais aussi les elfes, les nains, les trolls et les dragons. Parmi ces races, sans explication logique, seule la race humaine n’avait pas reçu de pouvoirs magiques ou de dons particuliers. » Sulérian se racla brièvement la gorge avant de poursuivre : 18
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