Pour Sami - Page 1 - test Isabelle Adam Pour Sami D’après le témoignage de Maria Alvès Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 2 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-025-9 Dépôt légal : Octobre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Isabelle Adam D’après le témoignage de Maria Alvès Pour Sami 4 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés A Karim, Farid, Sarah et Mehdi A Karima pour sa fidélité A tous ceux qui aimaient Sami Sommeil sans fin croise ton chemin Amour donné sans lendemain Maudit destin qui nous laisse dans le chagrin Irréel est ton absence dans ce monde mesquin ADIEU SAMI 5 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés PRÉFACE Le 08 décembre 2000, un fait divers va faire la une des journaux. Sami, 17 ans est poignardé dans un bus d’une ville de la banlieue parisienne. Cette soirée d’hiver va rassembler des millions de téléspectateurs devant leur poste de télévision, c’est le traditionnel Téléthon. Sportifs, journalistes, animateurs, politiques, personnalités sont mobilisés pour venir en aide aux enfants myopathes et avancer dans la recherche médicale des maladies génétiques. Beaucoup de villes de France organisent pour cet évènement une soirée destinée à récolter des fonds pour le Téléthon. C’est le cas de cette commune du nord de Paris qui représente l’opération par un spectacle d’animation musicale. De nombreux jeunes de différents quartiers se rendent à cette soirée, sachant qu’il existe depuis longtemps une mésentente importante entre les différentes cités. L’ambiance est conflictuelle, c’est prévisible, la rivalité se perpétue entre les jeunes pourtant souvent de mêmes origines. Cette soirée marquée par un climat de tension va certainement ressembler aux autres et se terminer par quelques insultes et envoies de jets lacrymogènes. Les conflits de banlieue sont choses courantes dans les quartiers à haut risque, organisateurs et vigiles se sentent soulagés à la fin de la soirée. Tout rentrera dans l’ordre. Cependant ces mômes paumés vont rejoindre leur bus et c’est la haine qui va frapper. Dans le bus 143, se trouvent des personnes innocentes, jeunes et plus âgés se dirigent vers l’arrêt de la mairie. Un air de folie souffle au dessus de cette nuit froide de décembre et c’est la panique. Une quinzaine de jeunes montent dans le bus pour se venger à l’aide d’un jet de bombe lacrymogène envoyé à un membre de la cité adverse. Puis c’est l’horreur, un jeune mineur sort un couteau et blesse mortellement Sami. La victime ne connaît pas son agresseur et n’a pas de rivalité envers les jeunes de la cité voisine. C’est la haine qui a tué Sami. « Son agresseur voulait juste voir ce que ça faisait de tuer ». Cette histoire vraie est le reflet des problèmes de banlieue. Depuis Sami, éducateurs et autres travailleurs sociaux ont-ils réussi à enrayer la haine et à instaurer le respect d’autrui ? Sami n’admettait pas cette haine, c’est pour cela qu’on l’a tué. 6 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés CHAPITRE I Une enfance heureuse Au centre d’une région du Portugal, tout à fait en masse peuplée, Orlando et Alicia s’installent à Ferreiros à proximité de Braga entre les grandes collines et les grandes vallées fertiles, où des arbres fruitiers, des légumes, des vignes et du maïs sont intensément cultivés. Orlando construit et rénove de belles maisons fines inspirées par l’architecture du 18ème siècle. Alicia est fière de vivre dans le centre religieux principal du pays. Elle donne sept enfants à Orlando que Dieu leur a confiés. Linda, Lucia, Alfonso, Thérésa, Pablo, Georgio, puis sous un soleil torride du mois de juin 1963, moi, Maria, je vis le jour, entourée par l’amour de mes parents. Nous vivons dans une étroite petite rue. Notre maison est une maison de ville sur deux étages. En visà-vis, nous pouvons, fenêtres ouvertes, tenir une discussion avec les voisins d’en face. Toutes les maisons sont collées entre elles et elles sont séparées par des couleurs, la notre est orangée et respire la clarté. Notre jumelle est jaune coté droit, bleu coté gauche. Ce mélange de couleurs donne de la vie à nos demeures simples mais ensoleillées bons nombres de jours de l’année. Cela ressemble à une carte postale de village italien. Aux fenêtres, le linge pend à chacune d’entre elles. Ma mère est moderne et possède un lave linge pour la lessive personnel et celle de son futur restaurant. Mais chaque jour elle lave et sèche nos guenilles à l’air du bon vent frais qui pénètre dans notre rue. Ca sent bon car il n’y a pas de voitures pour polluer nos vêtements fraîchement lavés. Tout le monde se connaît, les services et les ragots sont quotidiens. Nous dévalons nos ruelles étroites et jouons sans crainte de la circulation. Nous saluons les vieilles ragotes qui nous regardent d’un sale œil. « Pauvre jeunesse, Sainte Marie, Joseph, priez pour nous ! » Nous ne faisons rien de mal mais sommes bruyants comme des enfants heureux et libres ou le danger n’existe pas. C’est ma petite enfance avec mes frères et sœurs où les petits suivent les grands et où les grands ne veulent pas des petits. J’adore mon frère Alfonso, il est beau et a beaucoup de succès avec les filles. Je suis sa protégée comme je suis celle de papa et je joue de leurs faveurs pour qu’ils me passent tous mes caprices. Alfonso m’emmène souvent avec lui, alors je grimpe dans les arbres, moi, le garçon manqué qui rejoint son petit amoureux trouillard comme pas deux. Pendant que Joaquim, l’amour des mes huit ans, monte à l’arbre, j’ai le temps d’observer mon grand frère qui couvre sa belle fiancée Félice de baisers amoureux. Je ne dois rien dire aux parents. C’est un secret de fratrie. Ah que la relation fraternelle est importante et nous protège de tous les maux. C’est mon sentiment. Je n’aurais pas aimé être fille unique et je souhaite déjà fonder une grande famille. Alfonso fume et moi du haut de mes quatorze ans, je lui taxe ses SG, je n’avale pas la fumée, mais je suis fière de faire comme lui, fumer est réservé aux hommes. En plus, s’il ne fait pas tout ce que je veux, je vais dire aux parents qu’il fume, car même à dix-huit ans, un jeune homme de bonne famille ne fume pas devant ses parents. Mon petit chantage a bien fonctionné et bien sûr, je n’ai jamais dit mot. A l’époque des châtaignes, nous partons tous les deux à la cueillette et nous retrouvons les copines. C’est la fête des châtaignes, tout le village est réuni et chacun apporte sa cueillette. Nous faisons un grand 7 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés feu et les châtaignes grillent, c’est un vrai régal. Ensuite nous branchons l’électrophone et sortons les derniers quarante-cinq tours à la mode. On danse une bonne partie de la nuit. Cette fête est bénéfique pour notre village, car elle rapporte bonne recette pour les commerçants. Avec Joachim, c’est moi qui commande, je le persuade de me suivre dans mes jeux les plus drôles. Nous allons souvent à l’église espionner les vieilles dames qui prient, ou au cimetière commenter les inscriptions sur les tombes. « A mon mari », puis nous explosons de rire car il y a sa photo, alors nous imaginons le jeune défunt avec sa veuve qui elle n’est plus toute jeune. Ce sont des jeux d’enfants mais à notre époque nos moqueries ne révèlent aucune violence. Le curé du village me connaît bien, il me réprimande souvent lorsque je traîne dans les rues mais il sait que je suis toujours présente au cours de catéchisme. Je fais pleins de dessins sur la bonté de Dieu envers les hommes. A cette époque, je n’imagine pas de malheur, de famine, de violence. Dieu est notre sauveur et me protège contre le mal. Tout est simple et ma vie de petite fille est comblée de joie dans cette campagne que j’aime. Pourtant mes parents n’ont pas trop de moyens financiers. Sept enfants à nourrir, c’est difficile avec un seul salaire, alors ma mère décide d’ouvrir un café restaurant épicerie pour arrondir les fins de mois. Ce commerce n’est pas une mince affaire pour une femme avec sept enfants à s’occuper, il faut commander la marchandise, faire la cuisine, servir les clients, faire le ménage et tenir une comptabilité. Je n’aime pas beaucoup l’école alors dès que les cours sont terminés, je me rends au commerce pour aider ma mère. Les clients sont sympathiques ; j’ai, je pense, le sens du commerce, je m’investis de mon mieux et je suis heureuse. De plus mon père m’adore et me chouchoute. Il a toujours envie de me faire plaisir et me gâte sans cesse. Nous recevons une éducation religieuse. Mes parents très croyants veillent à ce que nous soyons de bons chrétiens. Puis nous grandissons et à l’adolescence, mes sœurs et moi partageons nos rêves de jeunes filles. Mais pas question de sortir ; nous devons, avec les copines, inventer des histoires de s’inviter l’une chez l’autre pour pouvoir gambader dans notre campagne et nous raconter des histoires de princes charmants. Nous rêvons de Lisbonne, puis de Madrid, Paris, New York… Quel avenir à Ferreiros pour une jeune fille ? Se marier avec un gentil garçon maçon, entretenir sa maison et ses enfants, mais peu de perspective dans les années 70 d’obtenir un travail attrayant et un salaire descend. A l’age de 14 ans, je décide de ne plus me rendre à l’école. Mon travail à la boutique de ma mère fait passer le temps en attendant le dimanche, jour du seigneur, où la promenade est permise. Cela fait plusieurs jours que je discute avec un couple suédois très bon chic bon genre qui vient déjeuner au restaurant. La sympathie de ce couple apporte un peu de distraction à ma mère qui n’a guère le temps de penser à elle. Nous apprîmes qu’Anna et Matt ne pouvaient avoir d’enfant. Héritier d’une riche famille de Suède, les époux choisirent de vivre au Portugal où ils installèrent à Lisbonne leur résidence principale. Un château est à leur disposition dans les environs de Ferreiros, ce qui fut pour eux l’occasion de visiter notre région. Ma mère soucieuse que je n’aille plus à l’école leur parle de mon manque de projets et Anna propose de m’emmener à Lisbonne pour leur tenir compagnie et me faire découvrir la capitale. Heureuse de cette décision, je quitte Ferreiros, sachant que de temps en temps, je viendrai rendre visite à ma famille. Quel ne fut pas mon étonnement en arrivant en bord de mer, de longues plages de sable fin ornent la ville. Les quartiers sont très colorés et j’habite dans un splendide palace au milieu d’un grand jardin très fleuri. Pour une jeune fille de 14 ans, j’ai la possibilité de me cultiver en visitant des monuments retraçant l’histoire du Portugal bien souvent croisée avec l’histoire du monde. Anna est très attirée par les splendeurs artistiques, châteaux, palais, églises et nous admirons de magnifiques panoramas du haut de notre ville en relief, nous pouvons sillonner la capitale. Je vis dans un palace, il y a des domestiques qui nous servent et veillent sur nous. Moi, je suis un peu la dame de compagnie d’Anna, nous parlons de longues heures et elle est heureuse de ma présence. J’ai 8 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés
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