Avons-nous besoin d'aimer pour vivre ? - Page 1 - Collection Livre’L - Oublions la mort !, J-M. Frey - Naître et mourir, c’est la condition humaine, J. Ricot - Penser la mort pour vivre bien, J-L. Nativelle - Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ?, A. Guigot - « Vivre, mourir et revivre » dans la musique symphonique des XIXe et XXe siècles, P. Lang - Le bonheur est-il le but de l'existence ?, J. Ricot - Bonheur et sagesses orientales, R. Depierre - Bonheur et communauté, J-M. Frey - Doit-on vraiment rechercher le bonheur ?, J. Gaubert - Les (nouveaux ?) populismes, M. Souchard - Populisme et multitude artiste, J-C. Pinson - Pourquoi en appeler au peuple ?, J-M. Vienne - La crise de la représentation en politique, J. Gaubert - Le statut du mourant, R W. Higgins - La dignité du mourant, J. Ricot - La place du mourant, P. Baudry - « Bellicisme » ou La guerre selon Nietzsche, B. Benoit - Terrorisme ou Du 11 septembre au 11 mars, P. Hassner - « Machiavélisme » ou Guerre et conflictualité dans la pensée de Machiavel, T. Ménissier - « Pacifisme » ou Faut-il vouloir la paix à tout prix ?, J. Gaubert - Le Mal totalitaire, J. Gaubert - La Servitude volontaire, M. Malherbe - L'Ordre établi, J-M. Frey - La Révolution, Y. Quiniou ISBN 978-2-915725-23-0 © Éditions M-Éditer http://www.m-editer.com Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Ce texte est issu d’une conférence de l’Université populaire donnée à Nantes au début de l’année 2009, en prélude aux Rencontres de Sophie dont le thème était Vivre et mourir. Elles ont été organisées à l'initiative de l’association nantaise Philosophia en partenariat avec l’Université permanente. Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ? André GUIGOT AVONS-NOUS BESOIN D’AIMER POUR VIVRE ? André GUIGOT 5 Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ? André GUIGOT DU MÊME AUTEUR Aux Éditions M-Éditer : Gourmandise dans Vices ou vertus ?, (livre et coffret 4 CDs audio Frémeaux), 2008 Chez d’autres éditeurs : Le sens de la responsabilité, L'Harmattan, 2009. Les philosophes des lumières, Milan, 2009. L'Encyclo de la philo, Bayard, 2009. Sartre liberté et histoire, Vrin, 2007. Sartre et l’existentialisme, Milan, 2001. Marx face à l’Histoire, Milan, 2002. L’engagement des intellectuels au XXème siècle, Milan, 2003. Michel Foucault, le philosophe archéologue, Milan, 2006. Philosophie de la passion amoureuse, Milan, 2005. La sagesse des jours, Milan, 2006. Petite philosophie des arts martiaux, Milan, 2006. 6 Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ? André GUIGOT AVONS-NOUS BESOIN D’AIMER POUR VIVRE ? André GUIGOT I. L’AMOUR ET SES AFFECTIONS EXEMPLAIRES. Il est difficile, sans doute impossible, d’aimer passionnément sans jalousie. La passion amoureuse n’est pas tout l’amour, ni tout de l’amour. Pour certains, aimer passionnément n’est pas vraiment aimer. On peut penser par exemple que dans la passion, c’est plus soi que l’on aime, et pas l’autre. Cet autre n’est alors qu’un beau miroir, un reflet déformé de nos qualités, dans lequel on aime tellement se perdre (perdre la lucidité sur sa vie) que la simple idée de « le » ou « la » perdre est comme un arrachement douloureux, l’abandon d’une partie de soi-même. Les critiques de la passion amoureuse se basent souvent sur cet aspect des choses : une sorte « d’éblouissement » incompatible avec l’exigence minimale de la philosophie qui est de ne pas se mentir à soi-même dans la quête de la vérité sur la vie. Au contraire, on peut aussi penser que les misères de la passion ne sont pas tout de l’amour, ni de la passion, et que c’est bien autre chose en elle qui la rend belle, comme le prix à payer d’une 7 Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ? André GUIGOT élévation fantastique, d’une nouvelle intensité de vie. Mais au-delà des éloges et des critiques, en ne considérant que la vie comme appel et la jalousie comme risque, on perçoit directement que l’enjeu de cet amour, de ce type d’amour (la passion amoureuse) concerne la vie même, à un point tel que le sens de l’amour et le sens de sa propre vie se confondent totalement, parfois « dramatiquement ». Deleuze l’évoque dans L’Île déserte en 19671. Existe la jalousie objective du jaloux qui sait, et qu’il faut distinguer de la jalousie du jaloux qui croit. La filature suppose une inquiétude, par exemple, mais qui ne se conclut pas par une certitude. Elle laisse forcément à l’être aimé « le bénéfice du doute », dit Dumoncel. Soit, mais ajoutons : par impuissance ou par choix ? Qu’importe, l’essentiel reste indemne ; peut-être même que l’essentiel était de provoquer le soupçon chez l’être aimé sans tout détruire de la vie. Extralucide, le jaloux ? Davantage celui qui croit que celui qui sait, car ce dernier a perdu tout sens de l’interprétation. Le futur demeure, la vie ni l’amour ne sont sacrifiés par manque de « preuve », ou savamment, mais par un savoir particulier, le savoir de celui ou celle qui sait qu’en en sachant trop, la vie deviendra impossible. C’est une sagesse à l’envers de la lâcheté, car elle tient son art d’une 1 Je renvoie à la belle analyse de Jean Claude Dumoncel Vices ou Vertus, éditions M-éditer, 2008. 8 Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ? André GUIGOT lucidité existentielle, d’une écoute très fine (à mon avis généreuse) de l’essentiel, comme la liberté de l’autre, et les prémisses parfois héroïques du pardon. C’est pourquoi il importe de distinguer le doute du soupçon. Le doute peut, mais ne renvoie pas nécessairement le sujet à quelqu’un d’autre ; il est porté, assumé par celui qui en est l’auteur, et un doute sur un sentiment comme l’amour interroge toujours plus que sur la quantité d’amour ou sur son existence, il finit par toucher l’existence en tant que telle, alors que le « soupçon » s’échappe d’emblée hors de cette intimité existentielle, cette condition humaine particulière pour s’adresser à autrui. Le soupçon, dans l’amour, accuse en puissance, et ne concerne que très indirectement le sens de la vie. Le doute sur l’existence du sentiment renvoie à ce qui aurait été « raté » ou « réussi » dans la vie, de là à s’interroger sur ce qui aurait été raté ou réussi de la vie, il ne manque souvent que peu de choses, autrement dit, ici, un peu de confiance en soi. II. RATIONALITÉ, VIE ET AMOUR Quand tout va pour le mieux, rien ne semble devoir gâcher l’amour, et surtout pas des questions sur le sens de la vie, ou sur la vie même. On ne se dit pas « j’aime parce que j’en ai besoin pour vivre ». Je crois même que c’est le genre de raisonnement qui paraîtrait vulgaire, comme marqué par un petit trop 9
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