Le mystère de Gerland - Page 2 - test THIERRY FERRAND LE MYSTERE DE GERLAND Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 :2-35335-082-8 ISBN 13 : 978-235335-082-7 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Avec la participation de l’APASCA Action sociale et culturelle des services de l’automobile I/ L’arrivée à Lyon Dans le bureau du ministre de l’intérieur, deux policiers sont convoqués pour une affaire des plus étranges. Pour cette mission, c’est le puissant ordinateur de la police qui a sélectionné les enquêteurs les plus aptes à démêler cette intrigue, les dénommés Garnier et Perron, deux figures atypiques de la police française. Le commissaire Garnier, près de la retraite, d’une immense culture, poète dans l’âme, traînant son vieux pardessus depuis plus de vingt ans, toujours tiré à quatre épingles. Ah ! Une petite anicroche : un bouton de son pardessus est décousu, mais ce n’est presque rien, une mouche dans du caviar. Son élégance et son sens du romanesque ont contribué à bien des conquêtes féminines, on le surnomme Rochefort, vu sa ressemblance avec l’acteur. Il n’est pas rare que des passants lui demandent un autographe. Quelle aubaine pour lui qui toute sa vie a rêvé d’être un artiste, poète devant l’éternel ! Il a même fait une tentative dans la publication : il est l’auteur du recueil Les grillons de Saint Denis qui a réjoui de nombreux lecteurs, à savoir ses deux sœurs et ses trois cousins. Enfin bref, un poète maudit des temps modernes. 7 Quant à l’inspecteur Perron, c’est un flic de la nouvelle génération. Un mélange du commissaire Moulin et de Pierre Richard n’hésitant pas à mettre son gyrophare pour épater les filles. Blagueur, adepte du coussin péteur, il a sur lui une bible, Les mille meilleures histoires drôles de l’année, et c’est un incontournable prêcheur de blagues à dix sous. Les deux acolytes sont réunis tous deux devant le ministre, un homme souriant et jovial. Au dessus du bureau le portrait de Jacques Chirac les regarde solennellement. Mes chers amis, je vous ai réunis tout d’abord parce que l’ordinateur vous a sélectionnés pour mener à bien cette mission, et deuxièmement pour vos bons états de service, ou presque. Garnier, je passerai sous silence la petite bavure du soir de Noël où, voulant éviter un chameau sur l’autoroute A40, vous avez provoqué un accident de plus de cent véhicules. Ce jour là les dieux étaient avec vous : un seul blessé léger! Monsieur le Ministre il y a erreur, c’était pas un chameau mais un hippopotame. Perron ! Arrêtez de vous marrer, pour ce qui est bavure vous n’êtes pas en reste, vous avez vidé deux chargeurs de mitraillette sur un soi-disant OVNI, qui n’était en fin de compte qu’un hélicoptère Alouette de la gendarmerie… Bon, pour revenir au but de votre convocation, on a une affaire très délicate sur les bras. En effet, vous vous souvenez de cette jeune femme qui a gagné deux fois le gros lot au loto? Oui, cette jeune fille des environs de Lyon… Les journaux en on fait la une. Très bien Garnier, le problème qui se pose c’est 8 que mercredi passé elle était encore une fois l’heureuse gagnante. Pour l’instant la presse n’a pas été prévenue par mesure de sécurité pour elle et sa famille, la richesse attire souvent des oiseaux de mauvais augures. Vous avouerez que le hasard fait bien les choses, mais dans le cas présent, ça devient troublant… Il faut voir s’il n’y a pas d’escroquerie. Je vous laisse carte blanche à tous deux pour me régler cette affaire et faites-moi ça sans remuer de vagues. Je compte sur vous. Les deux policiers quittent le bureau du ministre. Garnier est soucieux de cette étrange affaire, quant à Perron il est comme à son habitude d’une désinvolture déconcertante. Mon cher Perron qu’en pensez-vous? C’est une affaire peu commune. En moyenne, on a une chance sur quatorze millions de gagner un gros lot du loto, alors trois fois de suite, ça dépasse l’entendement. Une nana avec des dons de voyance je n’y crois pas trop. Et les jeux du loto seraient truqués ? J’y crois moins encore. Ben, à mon avis, elle a du bol, les dieux sont avec elle. Mais, j’y pense, elle est célibataire ! Un bon parti pour celui qui lui mettra le grappin dessus ! Perron, coureur de jupons comme vous l’êtes, elle ne restera pas quinze jours avec vous. Le lendemain venu, Garnier prend au passage Perron ; celui-ci a deux énormes valises en toile. Il ouvre le coffre de sa R16 et essaye de les ranger au mieux. Le coffre de la voiture de Garnier est une vraie bibliothèque ambulante. Des livres sont entassés de part et d’autre. Ses seuls effets tiennent dans une petite valise en carton. 9 Ils leur faut rouler quatre heures de route par l’autoroute pour rejoindre Lyon. En traversant chaque région, Garnier déballe sa culture, une vraie encyclopédie universelle. Une petite plume d’oiseau est enserrée à la lanière de son chapeau, elle flotte au vent de la glace ouverte de sa voiture. Malgré la forte chaleur de juin, il a son pardessus, son uniforme en quelque sorte mais dans ses poches aucune arme à feu. Ses seules armes de dissuasion, ce sont sa prestance, son aura, et toujours ces fameux petits détails : son bouton de pardessus prêt à tomber, son pantalon trop court, ses chaussettes mal assorties. Il faut dire qu’il n’avait aucune femme pour le conseiller sur ses choix vestimentaires. Garnier, pourtant grand séducteur, n’avait su trouver la femme de ses rêves, sa muse en quelque sorte. Une femme qui aurait pu prendre la place de cet océan de culture littéraire, mais il n’en était pas malheureux pour autant, et puis il aimait sa liberté. Quant à Perron, il somnole ; il a fait la tournée des boites de nuit la veille. Il est même rentré si bourré qu’il ne sait plus s’il a couché avec une fille ou pas. Un indice pourtant : un numéro de téléphone laissé sur sa table de nuit « 01 44 23 98 47 », signé Marcel. Il en est soucieux tout de même : serait- ce une mauvaise blague de ses collègues ? Une fille qui se serait avérée être un oiseau de nuit au sexe incertain ? Soudain. Une idée de génie lui traverse l’esprit : appeler ce numéro. Commissaire, je peux passer un coup de fil ? Pas de problème mon ami. Perron compose son numéro. Il a le cœur battant, sa respiration devient haletante. Puis au bout de plusieurs sonneries, il entend soudain une voix féminine. 10 Magasin « Les mille blagues », vente de farce et attrapes. C’est à quel sujet ? Rien, c’était une blague, dit-il avec un sourire radieux. Rien de grave Perron ? Je vous sens soudain plus détendu. Oh, rien, Commissaire, juste une tante qui est morte. Après plusieurs heures de route, la voiture de Garnier entre dans la ville de Lyon. Sa Renaud 16, Garnier n’avait pu s’en séparer car un soir il avait pris en stop Bernard Pivot, qui, lui, était tombé en panne de voiture. Depuis ce jour-là, Garnier avait juré de ne plus changer de voiture. Il est onze heures trente et la faim se fait sentir. Garnier gare sa voiture sur un grand parking souterrain de la place Bellecour. Perron et Garnier se faufilent dans les rues de Lyon. Un bar est ouvert, ils y entrent. Là, une belle jeune fille est assise sur un haut tabouret de bar. Les deux compères prennent place. Garnier est séduit par cette miraculeuse apparition. Perron vous avez vu cette fille ? Elle ressemble à une libellule posée sur un roseau. Ses yeux sont des pièges à rêves, ses cheveux emprisonnent la lumière comme de grands filets capturant des poissons d’argent. C’est beau Commissaire, vous qui savez parler aux femmes, vous n’auriez pas un truc pour que je puisse la draguer, une phrase bien tournée ? Je me souviens jadis, lorsque j’étais plus jeune et que mon cœur était en quête de muse en mal de tendresse, j’employais souvent ce vers de Paul Eluard : 11 « Vos yeux contiennent le levant et le couchant du soleil ». Ok, je vais tenter ma chance. Perron s’avance près de la jeune femme. Mademoiselle ! Vos yeux contiennent le levant et le couchant du soleil. Clac ! Celle–là, tu l’as bien méritée, espèce de gros dégueulasse. Ben, Commissaire, j’ai bien fait ce que vous m’avez dit, et avec le ton par dessus le marché. Oui, mais Perron, tout est dans l’œil ! L’œil du grand fauve dans la savane regardant sa proie sans défense. Sans défense, elle chausse au moins du quarante cinq et elle a des mains grandes comme des raquettes de tennis ! Oui, je crois qu’il faut que je reste dans le traditionnel. Garnier et Perron demeurent quelques instants dans le bar, puis partent à la recherche d’un petit bistro qui ne paye pas de mine, mais où on mange divinement. Garnier s’arrête net devant un bistro à la peinture ternie et défraîchie par le temps. Son flair ne le trompe jamais : un fumet délicat d’andouillettes et de pastis lui flatte les narines. Les deux hommes entrent dans le petit bistro où, trois grands gaillards sont assis devant le bar. Garnier et Perron vont s’installer à une petite table où des couverts sont mis. A coté d’eux, une dizaine de personnes sont attablées ; à leur tenue, on dirait des ouvriers maçons. L’ambiance est conviviale et bon enfant. Le patron demande à ses deux nouveaux clients s’ils comptent prendre un apéritif. Perron commande un 12 Martini ; quant à Garnier, il se laisse séduire par un petit blanc de Bourgogne. En ce qui concerne le repas, une salade composée et une fricassée d’andouillettes s’imposent. Garnier a quitté son pardessus et son chapeau. Tout en mangeant, les deux hommes discutent de leur enquête à mener. Perron, il faut tout d’abord que l’on se renseigne sur cette jeune fille et sur sa famille ; elle vit encore chez ses parents. En premier lieu, il faut faire un saut à la gendarmerie, ils ont pu entendre des rumeurs, même si les rumeurs sont souvent mal fondées. On ne doit négliger aucune piste, on va devoir se renseigner auprès des voisins mais très discrètement, on n’a aucune charge contre cette jeune fille, gagner aux jeux n’est pas un délit. Pas un délit, ou alors un délit d’initié. Je ne sais pas, une complicité avec un représentant de la Française Des Jeux, c’est ce qui me semble le plus probable. Il y aurait peut être une solution plus rationnelle, la chance, mais bon, vous connaissez mon opinion. Voyez Perron, prenez un puzzle de mille pièces, vous le lancez en l’air, il n’y a qu’une chance infime pour qu’il se recompose en retombant, mais il y a tout de même, une probabilité et malheureusement pour l’instant, on doit suivre cette logique. Même si elle devait gagner un million de fois, on en resterait à cette logique. Les deux hommes discutent à voix basse pour que personne ne puisse entendre leurs propos, puis tout à coup Perron a une envie pressante. Il demande à la serveuse les toilettes. Garnier reste seul une bonne demi-heure, s’étonnant de l’absence prolongée de 13
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