Le grandiose et ma psychose - Page 1 - test Kamel IDJER Le grandiose et ma psychose Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-210-8 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 LIVRE I Messager de l’au-delà Né un 17 Janvier 1966 4 ans après l’armistice, À Constantine, et malgré l’hiver, Loin d’être l’enfer, Il y avait un soleil de plomb Comme tous le souhaitons, Réchauffant toute la ville Qui dormait bien tranquille. Je faisais la fierté de la famille. Mon père était heureux. Il avait fait un vœu. « un deuxième fils » Dit il d’un ton complice Et allait enlacer ma mère Avec toutes les belles manières Et pour la remercier Lui offrit un collier. Il est vrai que j’avais un frère de trois ans mon aîné Ordonné et discipliné. « Maintenant je peux aller travailler en France Car maintenant je garde confiance 7 Ma femme chérie. Je vais travailler à la raffinerie. Tu sais que la vie est dure en Algérie Et le travail ne manque pas là-bas Peut-être découvrirais-je la caverne d’Ali baba. Ils demandent de la main d’œuvre étrangère Qui est bien peu chère. Bien sûr la vie ne sera pas facile Loin dans cet exil. Il faudra que tu élèves toute seule nos deux fils Et ne cède pas à leurs caprices. Mais ne t’inquiète pas Femme Sèche tes larmes. Je penserais souvent et beaucoup à vous. Je vous enverrai une bonne partie de ma paye. Prends les quelques sous et point d’orgueil. Je vais maintenant m’absenter Je viendrai vous rendre visite tous les étés. » Bien sûr ce départ ne se fit pas sans peine Et sans gène. Malgré le soutien de ma grand-mère Qui était une pure berbère Donc fière Nous logeait dans une pièce de son palais Et était bien installée. Mon grand-père à sa mort Lui avait légué ce trésor. 8 Ma mère versa quelques larmes. Ce départ ne se fit pas sans vacarme. Ressentant l’émotion et l’admiration, Bien qu’âgé de 2 mois, Loin d’être bourgeois Ma mère me porta vers la terrasse Et m’embrasse. Je vis pour la première fois Avec émoi La lueur du soleil Qui n’a rien de pareil Et cela me fit sourire Même rire. Ma mère s’inquiétait. Son mari s’absentait. Mon père, comme ma mère, Était illettré, Et, excepté de se cloîtrer Ne connaissait pas grand monde Loin d’être pudibonde N’avait aucun lien à Paris Tous vivaient en Algérie. Comment allait-il se débrouiller ? Allait-il bien besogner ? Une ville telle que Paris Où on joue souvent au pari, Personne ne connaît personne Et chacun pour soi Comme chacun le conçoit. 9 Comment trouver à parler Sans se saouler, Sinon après le travail Loin du bercail Avec des copains et des copines. On bosse dur à l’usine,. Le rendement doit être très important S’il on veut garder sa place Même si l’on s’en lasse. Que faire dans une petite chambre d’hôtel Loin de la bagatelle Où rien n’est conforme Surtout les prix loin d’être au norme Et où on se console dans le café du coin Sans le conjoint Où se réunissent tous les étrangers Du quartier. On y papote et on se raconte des souvenirs du Pays De l’Algérie. On y joue aux cartes, Et ce n’est pas de la tarte. On y fait des paris de chevaux, On mise gros. On y boit Même quelque fois On s’y bagarre Comme des barbares. 10 Mais que faire dans une chambre d’hôtel Où la clientèle est cruelle Où la place n’est calculée que pour un lit Qui ne se plie. Il est vrai que les clients Malgré qu’ils soient grands Ont une certaine nostalgie De leur généalogie, Des racines, Des collègues de l’usine, Que l’on aime y retrouver et parler d’Alger. Beaucoup espèrent faire venir leur famille Pour ne plus se faire de bile. C’est vrai que la politique de la France Qui est en alliance et même en croyance N’était encore favorable à l’immigration Pour avenir l’intégration. Et ce n’est qu’en 76 Sans aucun malaise Se construisirent beaucoup de cités Pour une meilleure intégrité De la vie en société À l’intention de faire installer Beaucoup de ressortissants maghrébins Afin qu’ils ne soient plus esseulés, Maintenant presque cités comme des cités sensibles. 11 Il est vrai que mon père venait chaque été à Constantine, Alors que l’on s’amusait chez la cousine, Nous rendre visite Malgré la limite, Nous promettait de nous faire venir en France. Telle était notre chance. Enfin lorsque j’eus huit ans Donc enfant Ce jour là arriva. Entre temps naquit le troisième fils. Je n’avais jamais été scolarisé Et cela m’a démoralisé. Comme mon aîné Malgré qu’il était chevronné, Je ne connaissais pas un mot de français. Il fallait que je me console. Je rentrais à l’école Où il fallait que je perfectionne Mes voyelles et mes consonnes. J’étais projeté déjà dans le monde presque adulte Mais non inculte. C’est vrai il y avait le mélange de tout âge De tout bagage De toute nationalité qui ne cherchait qu’à apprendre le français. Après avoir bien maîtrisé la langue parlée, Je suivais les cours de CM2 12 Mais je jouais avec le feu Et je me sentais très mal à l’aise Sachant très bien que je ne pourrai pas écrire une thèse. En effet la moyenne d’âge était 8 ans Malgré que je ne sois pas un adolescent. J’étais le plus vieux puisque j’en avais 2 de plus Mais j’avais des astuces. Je ne m’intéressais plus à la classe. Me voilà tapi au fond de la salle avec audace À côté d’une charmante copine Que l’on appelait Aline Et que je m’amusais à taquiner Mais non à câliner. Je n’écoutais pas le maître, Je regardais par la fenêtre. Je passais le principal de mon temps Contrairement aux bons éléments À dessiner le portrait d’Elvis Qui a tout d’un artiste Et je l’adorais et le vénérais. Mais si cela était à refaire J’aurais préféré apprendre Apollinaire, Me lancer dans les études Avec un bon niveau d’aptitude Chose que je regrette amèrement Malgré les délicieux moments. 13 Comme j’aurais voulu être instruit Et tout ce s’en suit Et bosser plus tard dans les bureaux Et non derrière les barreaux. Mais non à l’époque je n’en faisais qu’à ma tête. Ne cherchais en aucun cas être poète. Je cherchais querelle Provoquais le duel Même un regard bienveillant Ainsi les flagellant. Je ne pensais qu’à donner des coups J’étais le grand méchant loup. Cela je le réussissais très bien. J’avais des anges gardiens. Tout le monde me craignait. Tous s’alignaient. Tout l’école cherchait protection. Tous étaient en admiration. En bref j’étais le caïd Loin d’être candide. Sans racketter tout venait à moi. Mais ce n’était pas mon choix. Si j’avais des conseils à transmettre Il faut que je l’admette J’aurai tout donné pour avoir l’instruction, L’éducation, une profession, Être bureaucrate à l’heure actuelle Et non ramasser des poubelles. 14
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