Minimax - Page 1 - test H. ROBERT Minimax Le faiseur d’amour Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-601-4 Dépôt légal : Avril 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ce récit est un témoignage, une histoire vécue, que j’ai longuement hésité à écrire. Plusieurs raisons m’ont poussé à différer ce travail. D’abord et avant tout, je ne suis pas écrivain. Je ne possède pas de style particulier et je ne sais pas faire de littérature. Ensuite, l’aventure que je vais raconter fait état d’une réalité irrationnelle, ce qui aura pour conséquence immédiate de diviser les lecteurs en deux groupes : ceux qui « croiront » que cette histoire est plausible, réelle, et ceux qui n’y « croyant pas », considérerons ce récit comme une fiction ou une absurdité. Indépendamment de la position des uns ou des autres, j’espère humblement que l’attention des lecteurs porte plutôt sur le fond que sur la forme, afin que chacun puisse y trouver matière à réflexion audelà de ses propres croyances comme l’a souhaité Minimax. 7 CHAPITRE I LA RENCONTRE En fait, tout commença à la fin du mois d’Août. Ce jour là, j’étais parti à la cueillette des mûres comme chaque année à cette époque. C’était le temps des confitures et je ne ratais jamais l’occasion de ces « promenades-ramassages » de fin d’été. J’avais repéré mes « coins secrets » et mis une technique au point qui consistait à m’attacher un seau autour du cou, afin de pouvoir opérer des deux mains pour augmenter mon rendement. J’étais donc là, dans les mûriers sauvages, les mains déjà bien violettes, le seau à moitié plein, lorsque je me figeais. Il était là, de l’autre coté de la haie. Mon regard avait d’abord été attiré par le rouge de ses vêtements, mais ma raison refusait d’accepter ce que je voyais : Un petit homme de vingt-cinq à trente centimètres, négligemment accoudé à un arbre. J’étais tout raide, comme un chien à l’arrêt. Je me souviens encore des pensées et des sentiments contradictoires qui m’assaillirent à ce moment précis. 9 Devais-je croire ou ne pas croire ce que je voyais ? Avancer ? Fuir ? Attraper le petit bonhomme ? Etaitce une hallucination ? Peut-être… était-il dangereux ? Mon cœur battait à tout rompre. Je crois que ce moment inoubliable représente la plus belle trouille de ma vie. Je me retournais bêtement comme pour chercher quelqu’un qui pourrait témoigner de ce que je voyais. Ou peut-être, pour m’assurer au contraire, que personne ne m’avait vu dans cette situation que je ressentais comme ridicule, ou encore pour chasser la vision du petit homme, inacceptable pour ma raison. Il n’y avait personne aux alentours. Lorsque je portais de nouveau mon regard de l’autre coté de la haie de ronces, il était toujours là, accoudé à son arbre, et me regardait. Son attitude n’était ni craintive ni agressive ; il avait l’air d’attendre, détendu et silencieux. J’étais dans un état de confusion indescriptible, d’une part il était là, j’étais certain de le voir, et d’autre part je me refusais à admettre que ce soit possible. Dans un état second, comme malgré moi, poussé ou tiré par je ne sais quelle curiosité, les jambes en coton, je fis le tour de la haie et m’avançais doucement vers le petit bonhomme. Il n’avait pas bougé depuis que je l’avais aperçu. Il me regardait, impassible. Lorsque je fus à environ deux mètres de lui, j’essayais de paraître agréable, esquissant un sourire niais. Cela devait ressembler à une grimace, étant donné l’état de tension dans lequel je me trouvais. 10 D’une voix chevrotante, je m’entendis prononcer lamentablement : – Bonjour ? C’était en effet un petit homme d’une trentaine de centimètre, en habit rouge sombre, avec un chapeau, rouge également, genre Robin des bois. Le pantalon était assez serré et la veste bordée d’un galon jaune doré. Il portait à la taille une ceinture dorée elle aussi, dont la boucle ressemblait à un minuscule appareil radio, et il était chaussé de petites babouches. Je remarquais une sorte d’antenne de trois ou quatre centimètres sur son épaule droite. Il avait l’aspect d’un homme en réduction, parfaitement proportionné, et ressemblait tout à fait à l’image que l’on peut se faire d’un lutin ou d’un korrigan. Il n’avait toujours pas bougé. Son regard vif contrastait avec son immobilité. Il avait l’air d’attendre. De nouveau, je fus submergé de confusion et de contradiction ; son visage avait les traits d’un homme d’une cinquantaine d’années mais sa taille était minuscule par rapport à son âge. Je m’entendis répéter d’une voix blanche : – Bonjour…, comment… t’appelles-tu ? – BONJOUR, JE M’APPELLE MINIMAX !!! Totalement surpris, je me retrouvais un bon mètre en arrière, assis dans l’herbe, tant sa voix avait été puissante. Il n’avait pas ouvert la bouche, mais cette voix avait résonné dans ma tête comme amplifiée par l’écho démesuré d’une cathédrale. 11 – Excuse-moi, dit-il en portant la main à la boucle de sa ceinture, ce qui eut pour effet immédiat de réduire le volume de sa voix. Il n’ouvrait toujours pas la bouche, mais je l’entendais comme tout à l’heure directement à l’intérieur de ma tête. – Excuse-moi, répéta-t-il, je m’appelle Minimax. J’étais cloué au sol, abasourdi, estomaqué. Je balbutiais : – Mais… tu parles ? – C’est cela, répondit-il goguenard. Tu rencontres un petit bonhomme dans la nature, tu es stupéfait, tu n’en crois ni tes yeux ni tes oreilles, mais tout ce que tu trouves à lui dire c’est « bonjour… comment… t’appelles-tu…, tu… parles ? » Vous êtes vraiment des êtres curieux !… Ecoute…, calme-toi…, récupère tes esprits, et reviens demain. Tout en prononçant ces mots, il commença à disparaitre doucement devant moi. Il s’effaça progressivement sous mes yeux comme de la fumée. Puis, plus rien, plus personne, le silence. Je restais là au moins deux ou trois heures, assis dans les mûres répandues autour de moi, complètement ahuri. Ce fut ma première rencontre avec Minimax. Un étrange rendez-vous, qui allait m’entraîner dans une aventure dont j’étais loin de soupçonner les prolongements et la direction qu’elle allait donner à ma vie. Je passais la nuit et une partie de la journée du lendemain dans la confusion la plus totale. Je 12 tergiversais avec moi-même pour décider si j’allais ou non me rendre au rendez-vous du petit bonhomme. Si je devais résumer les réflexions de ces moments, je pense aujourd’hui que je craignais d’être la proie d’une sorte de délire hallucinatoire, et que d’autre part, je ne pouvais m’empêcher d’être dévoré par la curiosité de savoir si la vision du petit bonhomme allait se reproduire ou pas. En fait, si j’avais effectivement vécu cette rencontre, si Minimax était réel ; cela dissiperait les doutes que je commençais à émettre sur mon propre équilibre mental. Et puis, si ce satané petit bonhomme ne m’apparaissait pas, cela me permettrait de remettre les choses en ordre, de conforter la réalité rationnelle, bref de rire de moi-même, d’être normal quoi ! Tout de même, si cette réalité pouvait être tordue un jour, si le petit homme revenait, la vie ne deviendrait-elle pas plus savoureuse, plus piquante, moins banale ? Qui était-il ? D’où venait-il ? Que pouvait-il me vouloir, me communiquer ? Mon pauvre vieux, tu deviens cinglé. Tu espères quoi ? Du rêve ? Tu veux fuir un quotidien qui ne te convient pas ? Tu deviens psychopathe, mythomane ou un truc comme çà ? Pourquoi pas une fée avec des ailes et tout, poussière d’or et baguette magique ? Tu n’es qu’un grand gamin. Tu régresses. Tu fabules. Bien sur, ma décision était prise. Evidemment, j’y allais… 13 CHAPITRE II LA REPRESENTATION DU MONDE Lorsque j’arrivais sur les lieux, il n’y avait personne. La campagne alentour était paisible et silencieuse. Je m’assis dans l’herbe tiédie par le soleil de l’après-midi, face à l’arbre devant lequel Minimax m’était apparu la veille, et j’attendis. Quelques instants plus tard, une heure peut-être, j’entendis derrière moi un léger bruissement. Je me retournais, soudain tendu. Personne, rien ! C’est en me retournant que je le vis, là, devant moi, exactement dans la même attitude que la veille, accoudé contre l’arbre, immobile. Bien qu’assis, mes jambes se mirent à trembler de façon incroyable, sans que je puisse faire quoi que ce soit pour m’y opposer. Sans doute une réaction nerveuse. On aurait dit un pantin, comme si mes membres ne m’appartenaient plus. – Calme toi, dit Minimax Tu es venu me voir, je suis là, alors pourquoi es-tu surpris ? 15 Le tremblement cessa progressivement. Cette fois Minimax bougeait les lèvres en parlant mais sa voix ne portait pas comme la mienne. Je la recevais directement dans ma tête comme la veille. – Mais tu existes réellement, parvenais-je à articuler, ou bien es-tu sorti de mon imagination ? – Pourquoi ton imagination ne serait-elle pas réelle ? répondit-il. – Ce n’est pas ce que je voulais dire, mais notre conversation pourrait être imaginaire, comme un dialogue intérieur. Tu pourrais être une hallucination. – Venir jusqu’ici et me faire traiter d’hallucination…Tu veux quoi, une preuve ? – Oui, peut être, quelque chose comme ça, dis-je. – Je ne peux pas t’en donner. En fait, tu ne doutes pas de ce que tu vois, de ma présence, de notre conversation, tu doutes de toi, de tes propres perceptions. Toutes les preuves du monde ne sauraient convaincre celui qui doute de lui-même. Chaque être vivant fabrique sa propre réalité. Pourquoi n’acceptes-tu pas la tienne avec un Minimax dedans ? – Mais enfin, je ne fabrique rien. La réalité existe en dehors de moi, ou c’est à devenir fou ? – Ce qui est à devenir fou, dit Minimax en imitant ma voix, c’est que tu puisses imaginer que la réalité du monde dans lequel tu vis soit la même pour tous, pour toi, ton voisin, pour un animal ou un végétal. – Qu’est ce que tu veux dire ? – Simplement que chaque forme de vie fabrique sa propre « représentation-du-monde » selon son espèce, son milieu, son histoire ou sa sensibilité. 16
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