Le cinéma, médium thérapeutique pour les sujets psychosomatiques - Page 1 - Lucie VERHAEGHE Le cinéma, médium thérapeutique pour les sujets psychosomatiques Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2675-8 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 L’UTILISATION du CINÉMA, comme PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE de CRÉATION, pour RESTRUCTURER le PSYCHISME des SUJETS ATTEINTS de SYMPTÔMES PSYCHOSOMATIQUES INTRODUCTION « Silence !… Moteur !… Ça tourne !… Et… Action ! » « Ce matin, 1er janvier 2021, trois minutes après minuit, le dernier humain né sur terre s’est fait tuer au cours d’une rixe dans une banlieue de Buenos Aires, à l’âge de vingt-cinq ans, deux mois et douze jours. A en croire les premiers rapports, Joseph Ricardo est mort comme il a vécu. En l’absence de tout autre mérite ou talent personnel, la distinction – si l’on peut dire – de dernier humain dont la naissance avait été officiellement enregistrée lui avait toujours été difficile à porter. Et maintenant il est mort. » 1 . Le cinéma, comme la littérature, nous emmène vers des époques passées ou futures, des espaces réels ou imaginaires, mais il est malgré tout obligé de vivre avec son temps. En effet, le cinéma évolue au fur et à mesure des progrès techniques et cela contrairement 1 Phyllis Dorothy JAMES, Les fils de l’homme, Paris, Fayard, 1992, p.9. Adaptation cinématographique : Alfonso CUARON, Les Fils de l’Homme, UIP, 2005. 11 aux autres arts, beaucoup plus anciens, qui « s’adaptent » quelque soit l’époque et le lieu (peinture, musique, danse…). Le XXIe siècle a vu changer le mode de projection des films au cinéma. Aujourd’hui l’ère numérique est en train de le révolutionner. En effet, fini les rayures, les taches sur l’écran et les sauts d’images, le numérique a grandement amélioré la qualité sonore et visuelle des films. Cela va ainsi nous permettre d’oublier de plus en plus les détails techniques pour « entrer » plus facilement et plus rapidement dans le film. Mais le cinéma, art contemporain du XXe, semble englober « tous les autres : théâtre, écriture, musique, danse, emploi de la lumière et de la couleur. Le média de l’image mobile est moderne et toujours centré sur nous » 2 (A. Boyer-Labrouche). C’est un art qui ne nécessite, au premier abord, aucune référence culturelle et peut être compris par tous. On peut donc dire que c’est un art populaire, qui peut être adapté aux enfants et aux adolescents (tel un rêve éveillé, car il transporte dans un autre monde et semble permettre une mise en sommeil des inhibitions), mais également aux adultes (il leur permet une certaine régression). Contrairement aux autres arts, le cinéma, bien qu’il soit populaire, va demander un travail de re-création, de réappropriation et de création différée (puisque la création est en général réservée aux réalisateurs et à leurs équipes). En effet, selon A. Boyer-Labrouche, « les films ont la même souplesse dans l’espace et le temps, le même 2 Annie BOYER-LABROUCHE, Manuel d’art-thérapie, Paris, Dunod, Paris, 2000, p.88-89. 12 caractère immédiat que les rêves. Le monde du rêve et celui du film sont dans « l’ici et maintenant » » 3 . Le cinéma, tout comme les autres arts, peut avoir la vocation d’ordonner une existence chaotique et de laisser des traces, car l’être humain semble en avoir besoin. Pour cela, il peut passer par la création ou par l’art pour y arriver. L’art va donner un sens à la vie, en nous montrant que l’histoire de l’humanité est ancienne (en référence aux « traces » que les hommes ont réussi à faire perdurer jusqu’à présent). L’art nous permettrait de nous élever au dessus du quotidien, mais beaucoup de personnes aujourd’hui n’y ont plus accès. Le cinéma, qui se dit « art populaire », va toucher un public plus large, sans pour autant perdre ses valeurs artistiques et culturelles (exceptions faites pour certains films). C’est pour cela qu’il peut être intéressant d’utiliser et d’adapter le cinéma à des « fins thérapeutiques ». Car en effet, « l’art-thérapie s’adresse à tous les arts sans exception » 4 . J.-P. Klein distingue clairement quatre catégories d’art en fonction de leur rapport à l’être humain et aux objets inanimés. La première catégorie correspond aux arts qui seraient des représentations de l’homme, c’est-à -dire que l’œuvre est liée à l’homme que lors de sa réalisation, après celle-ci se détache de son créateur. Ainsi l’œuvre est faite de traces objectives et durables, comme les arts plastiques, la photographie, le cinéma, la vidéo, l’écriture… 3 Annie BOYER-LABROUCHE, Manuel d’art-thérapie, Paris, Dunod, Paris, 2000, p.88-89. 4 Jean-Pierre KLEIN, L’art-thérapie, Paris, PUF, 1997, p.46. 13 La seconde catégorie renvoie aux arts où l’homme serait en représentation, où sans lui l’art n’existerait pas. Ce sont les arts dits « vivants » tels que le théâtre, la danse, le conte… La troisième catégorie regroupe les arts permettant l’hybridation de l’homme et de la création, nécessitant la présence humaine et celle de l’objet en une sorte de fusion, comme l’utilisation des marionnettes, les masques… Enfin la quatrième catégorie correspond à ce que l’on pourrait appeler les « émanations », toutes les traces impalpables comme la musique, le travail sur la voix… Le cinéma fait donc partie de cette première catégorie, car c’est un art représentant l’homme. Cette « fonction » va permettre à l’art-thérapeute de pouvoir travailler « plus facilement » sur certains troubles ou sur certaines pathologies (par exemple pour des sujets souffrant de problèmes de représentation, de problèmes d’Image du Corps…). C’est pour cela que j’ai décidé de m’intéresser, dans cette recherche théorique, à la pathologie dite « psychosomatique », car depuis de nombreuses années la relation complexe entre psyché et soma m’intéresse beaucoup. En effet, l’approche psychosomatique observe le soma lorsqu’il est mis à mal par des douleurs, des agirs sur le corps. Les troubles psychosomatiques ont pour symptôme une atteinte du corps réel entravant l’organisme et son bon fonctionnement. En effet, « dans la perspective psychosomatique, la décompensation témoignerait de 14 la faillite des possibilités représentatives et symboliques » 5 (C. Dejours). Avec l’approche psychosomatique, on va parler de différents corps : il y a le corps réel (c’est-à -dire le soma), le corps imaginaire (qui renvoie à la vie fantasmatique) et enfin le corps érogène (investi psychiquement et affectivement). C. Dejours nous dit même que « nous vivons simultanément dans deux corps, respectivement le corps biologique et le corps « érotique » […] le second ne peut être formé qu’à partir du premier » 6 . M. Rinfret, quant à elle, définit le corps et le soma ainsi : le mot « corps réfère à cette réalité physique de l’humain telle qu’elle est perçue par une personne extérieure, alors que le mot soma représente cette même réalité physique telle qu’elle est vécue de l’intérieur de la personne » 7 . L’art-thérapie va donc travailler à la fois sur la psyché, mais également sur le soma, soit directement (avec la danse-thérapie par exemple), soit indirectement (en modifiant l’Image du Corps et en changeant les représentations de l’individu). J. Hamel parle même d’art-thérapie somatique. Selon elle, elle va proposer l’accès au soma par la représentation en deux ou trois dimensions (peinture, sculpture…) de sensations subjectives. Cet accès Christophe DEJOURS, Le corps, d’abord, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p.24. 6 Christophe DEJOURS, Le corps, d’abord, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p.10. 7 Michelle RINFRET, Intégration des écoutes psychologiques et somatiques, Québec, Revue québécoise de psychologie, 2000, p.44. 15 5 faciliterait « la prise de conscience d’états émotifs intenses logés dans la sensation, en permet la catharsis et facilite la communication de ces expériences » 8 . Elle mentionne également plusieurs techniques de traitements art-thérapeutiques qui pourraient traiter les traumas : en facilitant l’abréaction, en dégelant la réaction motrice, en facilitant l’expression des émotions intenses, en travaillant la restriction des affects, en diminuant le stress et en favorisant la relaxation, en créant un havre sécuritaire, en reconstruisant l’identité personnelle et enfin en permettant le recouvrement de l’intégrité personnelle. Le travail de J. Hamel repose essentiellement sur la peinture, le collage ou la sculpture, mais il serait intéressant d’élargir le champ et de voir comment le cinéma pourrait être employé comme moyen thérapeutique sur des adultes souffrant de troubles psychosomatiques. C’est pour cela que dans une première partie, je vais poser les bases de mon travail de recherche avec un bref rappel historique du cinéma, la définition de mes concepts et la présentation de ma problématique et de mes hypothèses de travail. Puis, dans une seconde partie, je vais étudier de quelles façons le cinéma devrait pouvoir relancer la vie fantasmatique de personnes psychosomatiques. Enfin dans une troisième et dernière partie, je vais tenter d’expliquer comment le cinéma devrait pouvoir combler les failles laissées béantes par les troubles psychosomatiques sur une population adulte. 8 Johanne HAMEL, L’art-thérapie Les Editions Quebecor, 2007, p.18. somatique, Québec, 16 I Définitions et mise en place de la problématique A. Historique et définitions 1. Bref historique du cinéma Voici un très bref historique 9 de la technique cinématographique, afin de replacer ce septième art dans son contexte spatio-temporel 10 . C’est à partir du XVIe siècle que le phénomène physiologique de la persistance rétinienne est observé par le Chevalier d’Arcy et I. Newton. Ce défaut de l’œil, cumulé à celui de la capacité du cerveau à lier entre elles plusieurs images séparées, permettent la création d’un artifice reconstituant le mouvement. La photographie naît, quant à elle, en 1839 sous l’impulsion de J. Daguerre. Ensuite de nombreux http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_cinéma En complément, un bref historique des grandes dates du cinéma a été placé en annexes. 10 9 17
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