Le souverainisme - Page 1 - Du même auteur : La Gauche antillaise sous la Vème République, Éditions des Ecrivains, Paris 1999. La Social-Démocratie locale, modèle politique pour la Guadeloupe et la Martinique ? Réflexions sur le système socio-politique antillais, Ibis Rouge, 2000. Le Mouvement Indépendantiste Martiniquais : Sociologie politique d’une ascension électorale, In Bulletin d’Histoire Politique volume XI, n° 1 automne 2002, université de Québec Montréal. Les sources idéologiques du Mouvement des Citoyens, in Bulletin d’Histoire Politique, volume XI n° 2 hiver 2003 (1re partie) et volume XII n°1 printemps 2003, université de Québec Montréal. Les autorités militaires et les situations de crise in cd-rom de présentation du diplôme d’université « politiques et dispositifs de sécurité territoriale » session 2004-2005, université Paris V René Descartes. Introduction à la sociologie, Éditions Le Manuscrit université, Paris, 2004. Histoire du Mouvement des Citoyens (1992-2003), Éditions Le Manuscrit Université, Paris, 2007. 4 José Mariette Le souverainisme Une étude comparée des conceptions québécoises et françaises Éditions EDILIVRE APARIS Collection Universitaire 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2815-8 Dépôt légal : Juillet 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Introduction ...................................................................................... Chapitre I – Brève présentation de l’histoire du Québec ............. Le Nationalisme Canadien-français avant la Révolution Tranquille.................................................. La Révolution Tranquille et la naissance du « Souverainisme » ........................................ Chapitre II – L’idéologie du Parti Québécois................................ Un parti qui se définit comme Social-démocrate ...................... Une orientation sociopolitique en faveur de la souveraineté ...................................................... La nature politique du souverainisme québécois....................... Chapitre III – Le souverainisme français ...................................... Le souverainisme en France : L’éternel retour des nationalismes ? ......................................... Divergences et points de convergence avec le souverainisme québécois............................................... La bipolarisation de la vie politique française : Un obstacle à l’émergence du Souverainisme français en tant que force politique unifiée et autonome. ....................... Les souverainistes face à la rationalité intéressée du militant et de l’électeur ?...................................................... Conclusion......................................................................................... Bibliographie..................................................................................... 11 13 13 15 19 19 24 25 31 32 53 55 57 65 69 9 Introduction Souverainisme, l’apparition de ce néologisme dans le vocabulaire politique français remonte à la campagne référendaire de 1992 en vue de ratifier le Traité de l’Union Européenne. Durant la campagne référendaire, les divisions partisanes habituelles du champ politique français ont été transcendées en deux camps : les tenants de la souveraineté nationale sans partage avec des institutions supranationales, et les partisans de l’intégration de la France dans la future Union Européenne. Se réclament du souverainisme, des hommes issus de la Droite parlementaire tels Philippe de Villiers (MPF) Charles Pasqua (le Rassemblement), des intellectuels comme Paul-Marie Couteaux, des défenseurs d’intérêts catégoriels tels Jean Saint-Josse, l’ancien leader du groupe de pression Chasse, Pêche, Nature et Traditions qui s’est transformé en parti politique. Je citerai pour l’exemple des sensibilités qui se veulent « souverainistes » au sein de l’Union pour un Mouvement Populaire incarné par Nicolas Dupont-Aignan (président du club de réflexion néogaulliste « Debout la République ») 1 , du Parti Socialiste. Même Jean-Marie Le Pen, chef de l’ultra-droite française déclarait à l’issue du premier tour des présidentielles de 2002, être « le premier des souverainistes français ». Paradoxalement, et nous verrons plus loin pourquoi dans cette étude, Jean-Pierre Chevènement qui se veut le chef de file de la « Gauche républicaine » ne se définit pas comme souverainiste. L’objet général de l’étude sera de définir le souverainisme qui ressemble au premier abord à un concept hétéroclite, aussi nous allons nous attacher à lui donner dans un premier temps une définition globale. Pour cela, nous allons rappeler les origines historiques qui ont favorisé l’émergence progressive du 1 Nicolas Dupont-Aignan, ancien membre du RPF de Charles Pasqua, représentait le courant souverainiste de l’Union pour une Majorité Populaire. Au moment de la création de l’UMP en 2002, il avait obtenu 15% des suffrages militants contre 9% en 2004 lors de l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête du parti. Dupont-Aignan a démissionné de l’UMP en janvier 2007 pour se porter candidat à la Présidence de la République. N’ayant pas obtenu les 500 signatures de parrainage nécessaires, Nicolas Dupont-Aignan a transformé son club de réflexion en parti politique, indépendant de l’UMP. 11 « souverainisme » dans la province canadienne majoritairement francophone du Québec. Puis dans une seconde phase, nous procéderons à une analyse du « Souverainisme à la française », qui pour des raisons d’ordre sociohistorique, se distingue du modèle québécois. 12 Chapitre I Brève présentation de l’histoire du Québec Le Nationalisme Canadien-français avant la Révolution Tranquille Il convient de remonter au Traité de Paris signé le 10 février 1763, traité par lequel Louis XV cède à l’Angleterre la Nouvelle-France. La même année, Georges III démembre la nouvelle colonie anglaise, désormais appelée province de Québec. La Common Law remplace le droit français et les catholiques sont écartés de toute fonction administrative, sous réserve de renier leur foi. Ce qui revenait à exclure tous les Français, car les protestants français avaient été interdits de séjour sur le territoire de la Nouvelle-France par les autorités françaises. Cet abandon de cette colonie nord-américaine par la France afin de sauver les intérêts mercantiles des planteurs esclavagistes de Saint-Domingue et des petites Antilles, provoquera un premier traumatisme chez les Canadiens de langue française. En 1791 l’Acte Constitutionnel crée le Bas-Canada à majorité franco-catholique et le Haut Canada, massivement anglo-protestant. Un second traumatisme surviendra en 1837, l’armée anglaise réprime dans le sang le soulèvement du parti patriote au Bas-Canada (futur Québec). L’échec de l’insurrection aura pour conséquence l’union du BasCanada francophone et du Haut Canada anglophone, plaçant les Canadiens français en position minoritaire. Du patriotisme de ceux qui étaient appelés Canadiens-français jusqu’en 1960, il s’agissait d’un ethnonationalisme à la fois linguistique, religieux et conservateur. Seul un individu étant catholique et maîtrisant le français pouvait prétendre à l’appellation de Canadien Français et ces deux conditions dissimulaient également un caractère ethnocentrique qui excluait de fait les non catholiques, voir les minorités visibles. L’Union Nationale du premier ministre Maurice Duplessis qui a gouverné la province du Québec (1936-1939 et 1944-1959) avait cette conception identitaire basée sur « l’ethnos ». Dans un discours prononcé le 4 octobre 1939, Maurice Duplessis affirmait que « l’autonomie c’est l’âme de la province, c’est l’âme de la race » et dans un autre en date du 15 juin 1956 lorsqu’il entend récupérer « le butin » au 13 pouvoir fédéral d’Ottawa, il dépassait la simple défense des pouvoirs législatifs de l’assemblée nationale du Québec pour se situer sur le terrain des valeurs identitaires enracinée dans un passé communautaire et ethnique. Pour Duplessis ce « butin » à reprendre « c’est l’héritage que nous ont légué nos ancêtres, qui ont versé leur sang pour que nous puissions parler français et garder notre religion catholique » 2 . Pour résumer, le nationalisme canadien-français est Catholique Conservateur tant sur le plan social qu’au point de vue des mœurs, son enracinement sociologique correspond à la fois à la structure rurale de la société Québécoise et à l’emprise de l’Eglise catholique, sur l’enseignement, les associations de jeunesse et les syndicats. Des ecclésiastiques, Eugène Lapointe et Maxime Martin, s’inspirent de l’Encyclique de Léon XIII, « Rerum Novarum » plus connue sous le nom de charte sociale des travailleurs (1891) pour encadrer les premières formes d’organisation ouvrières. En 1921, les différents syndicats se fédèrent pour devenir la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada. Le politiste Julien Bauer souligne que si l’église a joué un rôle « prédominant dans le maintien du fait français » elle a contribué à l’affaiblissement du Québec, notamment en accréditant l’idée que l’immigration était un complot des anglais contre les français. En conséquence et jusque dans les années 1960, les enfants d’immigrants se virent refuser l’inscription dans les écoles catholiques françaises, ces derniers étant acceptés par les écoles protestantes anglaises. Pour résumer, l’église catholique et les nationalistes canadiens français ont involontairement contribué « à l’anglicisation des immigrants », pour reprendre l’expression de Bauer et au renforcement du Canada. Une telle emprise des ecclésiastiques s’explique par la survivance pendant tout le 18ème siècle du régime seigneurial hérité du système monarchique français et par le traumatisme provoqué par le caractère anticlérical de la Révolution Française (surtout la période Conventionnelle) qui a provoqué l’arrivée massive d’ecclésiastiques français hostiles à la Constitution Civile du Clergé. Pendant les deux guerres mondiales, les nationalistes du Québec refusèrent la conscription prévoyant d’envoyer des recrues sur les champs de bataille européens. Montréal est même le théâtre de manifestations à caractère antisémites. D’ailleurs, durant l’entre-deux guerres, l’Abbé Lionel Groux était un leader nationaliste proche des thèses maurassiennes qui exerçaient une certaine influence à Montréal. Non seulement le Québec gardait une neutralité apparente vis à vis du deuxième conflit mondial qui ravageait l’Europe, mais du fait de l’hégémonie intellectuelle du catholicisme conservateur, une F. Boily, Le Duplessisme ou le populisme inachevé in Politique et Sociétés, Les populismes, volume 21, numéro 2, 2002, page 102 à 122, Société Québécoise de Science Politique. 14 2 certaine sympathie semblait se dégager en faveur du régime de Vichy. Le nationalisme québécois d’avant la Révolution Tranquille est un Nationalisme d’exclusion, l’exclusion s’appliquant évidemment aux anglophones mais aussi à d’autres groupes comme les témoins de Jéhovah qui furent la cible de discours hostiles de la part de Maurice Duplessis. Ces derniers étaient aussi dangereux, selon le leader nationaliste, que les communistes et les nazis en raison de leur prosélytisme visant à nuire à l’influente église catholique ainsi qu’au Québec en sa qualité de rempart de la civilisation chrétienne en Amérique du Nord 3 . L’église assurait un rôle d’encadrement de la société québécoise ainsi que la paix sociale 4 , et ceci grâce à une entente tacite avec les anglophones protestants qui contrôlaient tous les leviers de l’économie québécoise, poussant les analyses de Weber sur les relations entre le protestantisme et le capitalisme jusqu’à la caricature. L’influence conservatrice de l’épiscopat catholique s’exerçait notamment par le biais de l’Union Nationale qui gouverne le Québec de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959 sous l’égide du Premier Ministre, Maurice Le Noblet Duplessis. Cependant, l’église était loin d’être un bloc monolithique et la grève de l’amiante de 1949 a provoqué des dissensions en son sein. L’évêque de Montréal Mgr Charbonneau, qui avait soutenu les grévistes, est contraint d’abandonner son poste sous la pression de ses pairs. La Révolution Tranquille et la naissance du « Souverainisme » L’année 1959 constitue un tournant dans la vie politique et sociétale du Québec avec le décès de Maurice Duplessis qui ouvre une ère de changement. Il s’agit de la période dite de la Révolution Tranquille. La remise en cause de la structure traditionnelle et figée de la société québécoise vient en partie de sa mutation de société rurale en société industrielle, donc du déclin de l’emprise de l’église catholique sur des individus atomisés. Sur le plan intellectuel, des diplômés de l’École des Sciences Sociales de Laval formés à l’université de Chicago et en particulier dans le département de sociologie plus connue sous le nom de l’Ecole de Chicago, ont contribué à la modernisation des mentalités et à l’introduction de la philosophie des Lumières. Le Québec passe des 3 4 F. Boily, supracité. De la période de l’entre-deux guerres jusqu’à la fin des années 1950, l’influence catholique dans le domaine politique, social et culturel a été qualifiée de clériconationalisme. Les principaux chefs de file de ce courant idéologique ont été l’abbé Groulx et Henri Bourrassa (le dernier se servant du quotidien le Devoir pour diffuser cette idéologie). Le clérico-nationalisme défend la famille traditionnelle, dans laquelle la femme accepte l’autorité du mari et possède une vision nataliste de la société. Il a une vision politique ethnique dans la mesure où ce courant de pensée défend la pureté de la langue française en faisant référence au français de France et la « race canadiennefrançaise ». Sur le plan économique, il prend position en faveur du monde rural qui est censé perpétué les valeurs traditionnelles. 15
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