Un Impossible Rêve ? - Page 1 - test Du même auteur : Venins de guêpes et d’abeilles. A compte d’auteur. Quand les coqs chantaient librement. Prix Plume de Vair 1994. Editions G. Louis. Le Seigneur des abeilles. Editions du Choucas. C’est ici que les ânes posent le bât. Prix du jury 1998 De la nouvelle littéraire de Maisons-Laffitte. * Les poèmes sont extraits des Œuvres romanesques Dramatiques et Poétiques de Victor Hugo. Collection distribuée par Le Cercle du Bibliophile. 4 Claude Cattey Un Impossible Rêve ? Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1921-7 Dépôt légal : Septembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 « Rêver un impossible rêve, Porter le chagrin des départs, Brûler d’une impossible fièvre, Partir où personne ne part. Aimer jusqu’à la déchirure, Aimer, même trop, même mal, Tenter, sans force et sans armure, D’atteindre l’inaccessible étoile. Telle est ma quête, Suivre l’étoile. » J Brel. A Danièle, Elle aimait la poésie. Combien de fables, de poèmes savait-elle par cœur ? Souvent, à la simple lecture d’un texte, elle s’interrompait, le reprenait pour nous deux, s’arrêtait à nouveau… – Ces vers ne te rappellent rien ? Son regard alors s’enflammait, son sourire s’épanouissait : elle faisait un retour dans le passé : – Souviens-toi ! Aeschi ! L’Öeschinensee ! Les images alors revenaient d’elles-mêmes, soulignées par le poème qu’elle reprenait de sa voix charmeuse comme pour mieux retrouver l’atmosphère d’antan… J’éprouve aujourd’hui le besoin impérieux de ressusciter ces instants de bonheur, de regrouper ici les poèmes qui ont jalonné notre vie ; j’y ai ajouté ceux qui, hélas, marquent pour moi sa disparition brutale, ceux qui, peut-être, m’apporteront un jour quelque consolation, quelque réconfort. J’aurais pu recopier ici des poèmes de Ronsard, ou de Marot, de Lamartine ou de Mallarmé ; elle leurs préférait Victor Hugo ! Alors, pourquoi auraisje cherché ailleurs ? Tous les poèmes cités ici et mis en italiques sont donc de Victor Hugo. Elle était ma vie. Ici commence ma nouvelle vie. Incipit Vita Nova… La vie est fragile, à l’image de la rosée Délicatement suspendue aux herbes, En gouttes de cristal qu’emporte La première brise du matin. D.K. Rinpotché. Le ciel était clair, le soleil éclatant. Les vacances s’annonçaient merveilleuses. Sur le sentier botanique ils avaient récolté des fleurs à foison : asphodèles et trolles, centaurées et gentianes, pulsatiles et soldanelles, asters et daphnés emplissaient l’appareil photo numérique. Seul le lis martagon manquait à l’appel. Lentement, main dans la main comme à leur habitude, ils avaient gagné le sommet du Moléson. Sur le dernier raidillon il était passé devant elle comme jadis lorsqu’ils étaient encordés. A chaque passage délicat elle trouvait une main tendue, toujours prête à l’assister. Ils profitaient maintenant d’un paysage exceptionnel, débordant de souvenirs. Son bras l’enserrait doucement, la pressait contre lui. Le visage à demi enfoui dans ses cheveux, il respirait ses senteurs délicates, enivrantes, où se mêlaient les moiteurs d’une transpiration légère et les fragrances d’Absolu, son parfum préféré. Sous sa main calée sous le sein gauche, le cœur avait déjà retrouvé un rythme normal. 15 Au loin l’Oberland alignait les sommets enneigés qu’ils avaient escaladés près de quarante ans auparavant pour leur plus grand bonheur. Le Mönch, la Jungfrau, le Breithorn, l’Altels dominaient les vallées de la Kiental et de la Kandertal où ils s’étaient aimés avec passion. Au sud, la chaîne des Aravis les ramenait à ce chalet d’alpage planté à près de deux mille mètres d’altitude et qu’ils avaient entièrement restauré. Durant plus de dix ans, été comme hiver, ils y avaient passé joyeusement tous leurs samedis et leurs dimanches en famille et souvent en compagnie de leurs amis. Beaucoup plus loin, on devinait la silhouette du Cervin qui leur masquait le refuge du Duc des Abruzzes et l’arête du Lion où ils avaient vécu ces moments inoubliables qu’ils évoquaient maintenant à mi-voix. Un guide de passage, harnaché comme ils ne l’avaient jamais été et qui venait de faire la via ferratta avec deux clients les surprit en pleine discussion. – Vous avez l’air de bien connaître ? – Oui, c’est vrai, il n’est guère de monts et de vallées alentour où nous n’ayons pas vécu des instants de grande intensité, des moments de bonheur sans nom, des heures de grande et bonne fatigue. – A les redécouvrir aujourd’hui on ne peut que penser à ces philosophes d’autrefois qui affirmaient que la nature constitue l’autre livre de Dieu à côté de la Révélation. – La nature ! Contempler sa beauté aide à vivre ! 16 Ils avaient lié conversation un moment, égrené chacun à sa façon quelques souvenirs mêlés d’anecdotes. Ils s’étaient finalement quittés sur un « tout de bon » cordial et jovial à la fois. Le soleil était descendu lentement sur les Franches Montagnes en faisant miroiter les eaux du lac de Bienne. Tranquillement ils avaient alors pris le chemin du retour jusqu’à la ferme auberge du Bourgoz où ils avaient été si gentiment accueillis et où les attendaient Marie et Julie, leurs jeunes et très sympathiques hôtesses. Tôt, très tôt le lendemain matin, elle l’avait réveillé. Elle éprouvait des difficultés à respirer et une douleur intense envahissait sa poitrine. Assise sur le bord du lit, elle s’exprimait avec difficulté, elle lui disait ne pas tenir sur ses jambes. Il avait tenté de l’aider, de la soutenir, mais comme une masse elle s’était effondrée entre ses bras en murmurant son nom. De ces instants douloureux, insupportables, lui reviennent les mots qu’il lui avait chuchotés à l’oreille pour la rassurer, la soutenir, l’encourager. Puis il y avait eu les appels à l’aide, le transport dans l’ambulance, les hurlements de la sirène, les éclats bleus du gyrophare dans la nuit finissante. Aux urgences, envers et contre tous il s’était débattu pour rester auprès d’elle, jurant de ne pas gêner. Anxieux, il avait suivi le tracé irrégulier, syncopé, de l’électrocardiogramme. Il aurait voulu forcer les diodes rouge et jaune à passer au vert. Il souffrait de voir ce sein gauche malmené lors des 17
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