Yuke et le manuscriptum allegorium - Page 1 - test Mike G. Crow Yuke et le manuscriptum allegorium Tome 1 Roman fantastique Edilivre – Editions APARIS Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d'exploitation du droit de Copie (CFC) - 20 rue des Grands-Augustins - 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 /Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN 13 : 978-2-917135-37-2 Dépôt légal : Juin 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Ce livre est dédié à tous mes proches qui m’ont soutenue et encouragée durant cette belle aventure créative. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma reconnaissance et mes remerciements. Ma vie n’a pas d’histoire mais il y a plein d’histoires dans ma vie… Il est vrai qu’avec mon franc-parler (« ma grande gueule », comme disent certains…) j’attire parfois, souvent, les ennuis… Mais, qui peut en vouloir à une ado de 13 ans qui essaie de s’assumer, sans rien demander à personne ? D’ailleurs, c’est bien en vertu de ce principe « ne rien demander à personne » que j’ai fait des débuts fracassants sur la planète « problèmes à répétitions »… Si vous disposez d’un peu de temps, je vous explique. Je m’appelle Yuke…. Non, n’insistez pas, je ne vous dirai pas, jamais, mon vrai prénom, car vous risqueriez de ricaner, et je n’aimerais pas ça du tout, c’est clair… Donc, je me prénomme Yuke, et le jour où tout a commencé était d’une banalité à pleurer… — Hé, banane ! Pourquoi il n’est pas là le prof de maths ; qui sait quelque chose à ce sujet ? Lance à la cantonade, mon ami Patrick, boutonneux et déphasé. — Comment il parle, le clavier de service ? Le bouscule mon pote « Bryan-le-costaud » ; il ne nous raconte pas sa vie le prof, t’as qu’à suivre un peu : il a sûrement dû le dire en cours, la semaine dernière et personne n’a écouté, c’est tout ! — Mais non ! Riposte mollement Patrick. Il n’est même pas inscrit au tableau des absents et ses collègues sont étonnés qu’il ne soit pas là. Yuke, tu veux bien aller à la pêche aux renseignements pour savoir si on doit se casser ou aller en perm’ ? — Toujours moi qui m’y colle, hein, les « machos-courage-zéro », dis-je, en finissant de boucler mon sac de cours qui doit friser les 15 kilos, à vue de nez. — Allez ! Te fais pas prier, on sait que t’aime ça, te « friter » avec les profs ! Donc on te rend service en te nommant éclaireur ! Se moque « Bryan-le-musclé ». — Oh, toi ! Tout dans les muscles et rien dans le calbar ! Le charrie à voix basse ma copine Julia en lissant du plat de la main ses livres cornés avant de les ranger méthodiquement dans son sac. 7 — Ni dans le cerveau, il y a des moments, je rajoute à haute voix, tournant les talons et pestant contre la lourdeur, souvent indigeste, des manuels scolaires. — On y va ! Clame Patrick, bousculant un groupe de filles et de gars agglutinés à l’entrée de la classe. Mille excuses… Sous les quolibets, il me rejoint et d’une petite voix m’informe : — Je t’accompagne, mais moi, je reste dehors, euh… Comme d’hab’, hein ? Mais je reviens dire à tous les autres ce qu’il en est, si tu veux, d’ac’ ? — Trop aimable, mon pote, je lui claironne en le rattrapant, lui assenant une énorme tape sur l’épaule, ce qui ne manque pas de le déséquilibrer un peu, car lui aussi est chargé… Nous nous dirigeons, tous les deux, vers la salle des professeurs et après avoir cheminé dans ces interminables couloirs, nous nous arrêtons devant une des nombreuses portes. Pendant qu’il s’adosse, cool, contre le mur du couloir, je toque d’une main ferme à la porte et, sur un « entrez » presque hurlé pour dominer le brouhaha de l’interclasse, je pénètre dans la pièce en prenant soin de bien refermer derrière moi. — Quoi encore ? Me jette le professeur d’anglais sans lever les yeux de son agenda où il semble peiner à se relire… — Bonjour à vous aussi, Monsieur Paul, je lui lance d’une voix forte. — Ah….. Mademoiselle Yuke… c’est vous… Que voulez-vous ? Me dit-il, les yeux toujours « scotchés » à son carnet, s’interrogeant certainement sur l’opportunité de continuer à écrire…. sur le bureau, afin que tout ce qu’il note soit regardable et accessible pour plus tard… — Nous devrions avoir cours avec Monsieur Mathieu. Or, la classe qui l’avait avant nous, ce matin, nous a fait savoir qu’il n’est pas là. Est-ce vrai ? Est-il absent ? Quelqu’un le remplace ou peut-on profiter de…. — Comment cela, Monsieur Mathieu n’est pas là ? Me coupe Monsieur Paul, levant enfin les yeux vers moi, sourcils froncés. Il n’a jamais dit qu’il serait absent aujourd’hui, donc il est là, à ne pas en douter ! — C’est vrai que, vu comme ça, c’est d’une justesse imparable…. Mais non, je vous assure, il n’est nulle part dans l’établissement. Pour confirmer mes dires, même son vélo n’est pas là ; et Monsieur Mathieu sans son vélo… Et il n’est pas inscrit au tableau des absences…. Alors, on fait quoi ? ! — On fait quoi ? ? Mais c’est au proviseur de vous le dire Mademoiselle, puisque Monsieur Mathieu devrait être là et qu’il n’y est pas d’après ce que vous dîtes, me jette Monsieur Paul en haussant le ton, tout en refermant, d’un geste sec, son agenda surbooké. Allez voir Monsieur le proviseur et 8 voyez avec lui pour la suite à donner à cette affaire ! Moi je n’en sais rien ; conclue-t-il en ouvrant à nouveau son calepin et le tournant dans tous les sens afin de trouver un morceau de papier vierge pour pouvoir aussitôt le noircir. Je suis très occupé, d’ailleurs. Je ne vous retiens pas…. — Merci quand même, je lui réponds poliment, en soupirant malgré tout de son manque de coopération et d’amabilité. A vous aussi, je souhaite une excellente journée, Monsieur. Au revoir, Monsieur Paul. — Alors ? M’interpelle Patrick en me voyant sortir de la salle des professeurs. — Faut aller voir le « big boss » car Mister Paul ne sait rien : pour lui, Monsieur Mathieu est ici, et nous savons que ce n’est pas le cas, bien qu’il n’ait pas prévenu d’un retard ou d’une absence éventuels. — Zut alors… Je fais quoi pour les autres ? Me répond Patrick embarrassé. — Retourne dans la classe. Si je peux parler au proviseur rapidement, je reviens illico vous dire de quoi il retourne. En espérant qu’il soit là et pas en rendez-vous, sinon, ça risque d’être un peu long…. Mais bon, on n’a pas le choix ?.... — Ca roule, me dit Patrick. Fais au plus vite, et tiens nous au courant. Bon, à toute, j’y retourne… — J’y vais vite, je lui réponds en réajustant les bretelles de mon sac à dos qui doit grossir au fur et à mesure que le temps s’écoule, car je le trouve encore plus pesant qu’avant. — Yuke-Yuky, attends-moi !!! Me crie Julia en débouchant à grandes enjambées au détour du couloir. — Grouille, lui dit Patrick en la croisant, on n’a pas que ça à faire : attendre ! — Ecrase, naze ! Lui gazouille Julia en balançant son sac « rose barbie » en direction de Patrick qui esquive en s’écartant. Yuky, y a pas le feu, attends-moi ! Reprend-t-elle, se mettant à courir. — Ne cours pas, Jul’, je lui crie, si un pion te voit, t’es bonne pour faire des heures sup’… Je t’attends ! Arrivée à ma hauteur, Julia me demande à voix basse : — Tu crois qu’il lui est arrivé quelque chose à Mathieu pour qu’il ne soit pas là ? Car on avait interro’… S’il avait su qu’il ne pouvait pas venir, il aurait laissé ses consignes, pas vrai ? 9 — Tu as peut-être raison ; je pense comme toi. Je lui dis. Mais il y a sans doute une raison toute simple à son absence, alors, on ne va pas s’en faire, hein ?...Tout du moins pas tout de suite, pas sans savoir… Et pendant qu’on se dirige, toutes les deux vers le bureau du proviseur, je ne sais pas, vraiment, non, (pas une seule fois le doute ne m’a effleuré), je ne sais pas vers quelle galère on rame. Les embêtements, ça prévient rarement quand ça vous tombe dessus… Et là, comme on dit, on allait être servi….. 10 Mon école est une énorme bâtisse trapue, un ancien château avec tout ce qu’il faut, là où il faut : des tours, des créneaux, des douves profondes et noires, des couloirs interminables et sinueux, des recoins, des escaliers sans fin qui serpentent (mais certains nous sont, hélas, interdits, et tous les élèves trouvent cela dommage), jusqu’aux chemins de rondes qui couronnent la cour intérieure. J’aime mon école car il me plaît de penser qu’ici, dans la cour où dans les grandes salles (de classes, à présent), il s’est passé des événements qui ont certainement créé l’histoire… Les armures, exposées dans les pièces et les corridors (avec interdiction d’y toucher sous peine de redoutables punitions), invitent aux rêveries épiques, et, si on tend l’oreille, c’est le fracas fantôme des épées et des masses d’armes qui résonnent dans notre imagination… Pour l’heure, alors que d’habitude je ne me lasse pas d’admirer ce décor formidable, je me hâte en direction du bureau du proviseur en compagnie de mon amie. — Pourvu qu’il soit absent et surtout pas remplacé, et pas d’interro’ surprise, essaie de se persuader Julia à haute voix. — Je n’aime pas trop les maths, mais je m’y étais préparée à ce cours avec devoirs d’applications, alors, pas de perm’, mais un petit peu de temps pour soi… Je dis à mi-voix. Bon, nous y voilà ! La porte est belle, lourde, épaisse, et cela me fait mal à la main lorsque je heurte son montant… Un « entrez ! » tonitruant me fait écho. Mon cœur rate un battement, comme à chaque fois, - c’est le « big boss » tout de même…-, quand j’appuie sur la poignée et que je pénètre dans la vaste pièce qui sert de bureau à Monsieur Robert, notre bienveillant proviseur, suivie de très près (collée, je devrais dire) par une Julia un peu tremblante. — Bonjour, Monsieur Robert ! dit-on en accord parfait et avec un petit filet de voix. 11 — Bonjour, mes enfants, répond Monsieur Robert remontant d’un geste de la main ses lunettes glissées sur le bout de son nez. Qu’est-ce qui vous amène ? Ne devriez-vous pas être en cours de maths avec ce bon Monsieur Mathieu à cette heure-ci ? Ya-t-il un problème que je ne connaîtrais pas ? Ajoute-t-il fronçant les sourcils pour mieux ponctuer son interrogation. — Oui, c’est cela Monsieur Robert, il semblerait que vous ne soyez pas informé de l’absence de Monsieur Mathieu ? Va-t-il venir ? Doit-on… — Il n’est pas là ? Comment cela : il n’est pas là ? Tonne Monsieur Robert en se levant brusquement et repoussant bruyamment sa lourde chaise. Ca n’a pas de sens ! Sachez, Mesdemoiselles, que Monsieur Mathieu n’a jamais été absent ne serait-ce qu’une seule journée, depuis trente ans que nous le comptons parmi nos professeurs ; et s’il devait être absent il est suffisamment poli pour nous le signaler ! Donc, c’est qu’il est là ! Rajoute-t-il en frappant son poing droit dans la paume de sa main gauche. — Je… Ben non, non, il n’est pas là et cela fait plus d’une demi-heure que nous l’attendons en vain et… — Même son vélo est absent !! S’exclame Julia, triomphante, qui s’excuse aussitôt en balbutiant : oh, pardon Monsieur Robert… — Vous avez raison, mon petit… Réfléchit à haute voix monsieur Robert en caressant doucement sa barbe, signe de profonde méditation chez lui… S’il n’y a pas son vélo, c’est qu’il n’est pas venu car, Monsieur Mathieu sans son vélo, nous n’avons jamais connu cela, n’est-ce pas ? Il faut donc savoir de quoi il retourne, cependant. Dit-il en se redressant. Retournez toutes les deux dans votre salle de mathématiques en faisant un détour par la loge de Monsieur Pierre pour lui dire que je l’attends : je l’enverrai aux nouvelles. — Mais on ne peut pas garder le temps pour nous ? Il faut vraiment retourner… Demande Julia, pleine d’espoir. — Il ne saurait en être question Mesdemoiselles, rétorque Monsieur Robert du tac au tac, agacé par la remarque de l’impudente. Il doit s’agir d’un simple retard, pas plus ! — Un retard d’une heure et demie… Non, presque deux heures à présent, ça ne lui ressemble pas ; j’interviens, après un rapide coup d’œil à la grosse horloge placée à ma droite. — C’est vrai ! C’est vrai ! Mais il n’a jamais eu de retard, vous m’entendez ? J-a-m-a-i-s !! Donc, je… Ce ne… C’est… Retournez dans votre classe, je vous tiendrai informés. N’oubliez pas de dire à monsieur Pierre que je l’attends immédiatement dans mon bureau ! 12 Campé bien droit sur ses deux jambes, Monsieur Robert, du haut de ses 1,85 mètre (vu d’en bas…) et du poids de ses 120 kilos (vue imprenable…), avec ses cheveux poivre et sel ébouriffés, sa barbe en bataille, et sanglé dans un costume bleu marine impeccable, est très, très impressionnant. C’est sûr, que, devrait-il remuer ciel et terre, il va nous le retrouver, hélas, notre Monsieur Mathieu… 13
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