Parce que Jack aimait les gens charmants - Page 2 - test S. Le Touze Parce que Jack aimait les gens charmants Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2214-9 Dépôt légal : Octobre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Chapitre 1 Nuit du 13 au matin du 14 Octobre Le vent s’engouffrait dans les arbres, provoquant des tourbillons de feuilles mortes. La pluie et le vent n’avaient cessé de harceler les passants depuis deux semaines et bientôt se serait la neige qui rendrait la circulation impossible. Les rues étaient désertes et faiblement éclairées depuis le vote du budget de la Mairie de Chicago. Deux silhouettes se pressaient vers l’arrêt d’autobus, impossible de les reconnaître sous les écharpes et les bonnets. Le dernier bus était prévu pour une heure du matin, si elles le loupaient, elles seraient obligées de trouver un taxi ou de rentrer à pied. Quoique trouver un taxi à cette heure de la nuit dans cette banlieue de Chicago relevait plus du fantasme que de la réalité. Sally et Michèle serraient les dents pour ne plus les claquer, les mains enfoncées dans les poches c’était chacune pour soi ! Sally ralentit la cadence et laissa sa compagne prendre la tête : elle était déçue par cette soirée de soi-disant travail durant laquelle la plupart des étudiantes s’était contentées de piailler. 9 Sally s’arrêta, regarda… hurla. Sans réaliser ce qu’elle faisait, elle compta les fenêtres qui s’allumaient et avant que les premiers témoins n’arrivent, elle se jeta près du corps de Michèle. Elle resta penchée sur le corps de Michèle un bon moment jusqu’à ce que quelqu’un la prenne et l’écarte doucement. Puis elle resta bien sagement assise sur le trottoir, la tête dans les bras. * * * Daniel Hell ingurgitait les informations que les ambulanciers lui avaient lancées sans trop se préoccuper de lui. Il déroula ses longues jambes, s’approcha du seul témoin de l’accident. Les secours l’avaient installée à l’arrière d’une ambulance avec une couverture de survie scintillante, depuis elle attendait. Daniel Hell n’aimait pas être là. Il avait froid, son équipière n’était pas encore arrivée et pour couronner le tout il avait le nez bouché. Un accident de la route ! Daniel Hell était inspecteur à la brigade criminelle de Chicago. Il voulait bien se déplacer pour un meurtre bien sanglant, mais pas pour un accident de la route à une heure du matin. Il posta son mètre quatre-vingtquinze devant la jeune fille et se présenta. – Inspecteur Hell. Vous désirez être conduite à l’hôpital ? Sally Morse leva la tête vers l’immense inconnu campé devant elle. Elle ne pouvait pas distinguer ses traits à cause de la lumière intermittente des 10 gyrophares de l’ambulance. Elle baissa la tête et haussa les épaules : – Je ne suis pas blessée, merci. Je… – Bien, on attend ma collègue et on vous raccompagne chez vous, la coupa Daniel. Allez ! Venez, vous aurez moins froid dans la voiture. Sally suivit docilement l’inspecteur super sympa jusqu’à la Ford et s’engouffra à l’arrière du véhicule tout en gardant bien serré les pans de sa couverture de survie. C’était quoi ce type ? Il ne pouvait pas montrer un peu plus de compassion ! Sally soupira tout en pliant son corps en deux pour s’insérer dans la voiture, elle serait toujours mieux au chaud. Elle ne pouvait apercevoir que le dos de ce géant qui allumait une cigarette tout en restant appuyé sur l’aile arrière de la Ford. Elle reporta son regard vers l’avant et constata que plusieurs personnes avaient bravé les conditions climatiques pour venir constater de leurs yeux ce qui venait de se passer. Tous auraient une idée, une hypothèse sur ce qui s’était passé, alors qu’elle-même ne comprenait toujours pas comment son amie avait fait pour se retrouver sur l’asphalte. Elle renifla et se recroquevilla au fond de la banquette arrière. Daniel tirait sur sa cigarette en regardant Lucie s’approcher. Il l’a vit faire le tour du cordon de sécurité et se pencher sur le corps de la victime, chose qu’il n’avait pas pris la peine de faire. Mais Lucie était pointilleuse et son rapport serait encore certainement bien plus détaillé que le sien. Elle fit encore un tour près du corps sans vie de la jeune fille, mais en sens inverse. Elle s’approcha enfin. – Elle est jeune cette fille. Et l’autre ? 11 – L’autre aussi, c’est pour ça que je t’attends, rétorqua Daniel. Lucie hocha la tête, il était clair que Daniel était de mauvaise humeur et que son humour serait des plus aléatoire. Lucie avait hérité d’un équipier ayant une bonne réputation. Il n’avait pas la médaille de la bravoure, mais il faisait bien son travail. Bien plus grand qu’elle, brun il avait des traits assez agréables. Daniel n’avait pas pour habitude de s’habiller en costume trois pièces pour travailler, mais il portait avec justesse des jeans et une chemise en laine. Il gardait toujours sa cravate dans la poche de sa veste en daim, veste qu’il ne quittait même pas l’été. Ils avaient reçu l’appel du central une demi-heure plus tôt alors qu’ils s’apprêtaient à se séparer après avoir passé la soirée dans le lit de Daniel. Ils faisaient équipe depuis deux ans en tant qu’inspecteurs et depuis un an en tant qu’amants. Lucie refusait de transformer cette relation sexuelle en une relation sentimentale. Pas question de vivre en couple et qui plus est au sein du commissariat ! Les choses n’étaient pas très claires pour Daniel qui acceptait malgré tout la situation. Lucie était une personne déterminée et ne sans laissait pas conter du haut de ses 28 ans. Chacun avait la possibilité de faire ce qu’il voulait, pas d’obligation, pas de fidélité, pas de compte à rendre. Des amis « plus », voilà ce qu’ils étaient devenus. Lucie Dickens s’installa aux côtés de Sally Morse, à l’arrière de la Ford. Elle fit les présentations d’usage et encouragea la jeune fille à tout lui raconter. Sally respira un grand coup et ferma les yeux. Elle était fatiguée, en état de choc. 12 – Michèle et moi, on rentrait d’une soirée chez un prof, Victor Firma, pour un dossier à rendre en fin de semestre. On n’habite pas sur le campus et on allait prendre le dernier bus. Michèle a voulu traverser et je n’ai rien pu faire. Elle s’est fait shooter par la voiture. – Ok. Et la voiture ? – Je ne sais pas, une voiture assez grande et foncée. Je n’ai rien vu, c’est arrivé très vite. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Lucie observa la jeune fille quelques minutes. Elle se dit que vue la longueur des jambes qu’elle devait être bien plus grande qu’elle. Sally avait des cheveux flamboyant qui accentuait la pâleur de son teint. Lucie pinça les lèvres et posa sa main de façon à rassurer la jeune fille, puis elle s’extirpa à regret de la douce chaleur de la Ford. L’ambulance allait s’en aller et elle courut jusqu’à la porte arrière. – Hey ! Attendez, je veux voir ses affaires, cria Lucie. – Il n’y a rien ! Hurla le secouriste avant de claquer la porte du fourgon. Lucie laissa partir l’ambulance et revint vers Daniel qui attendait l’air narquois. Elle s’appuya sur l’arrière de la Ford, tout près de lui. Lorsqu’il tourna la tête vers elle, il sentit la douce odeur de vanille qui se dégageait de ses cheveux encore humide. Un bref instant, il la revit allongée sous la couette grise, souriante alors qu’il se glissait tout près de son corps tiède plein de promesses. Lucie était petite, un peu garçonne : les cheveux bouclés coupés courts, un petit nez légèrement retroussé et des tâches de rousseur qui avaient tendance à la rendre plus jeune qu’elle ne 13 l’était. Daniel se reprit rapidement, Lucie venait de lui parler et elle attendait manifestement une réponse. – Tu cherches quoi ? Répondit Daniel à la question que Lucie venait de lui poser sans qu’il sache de quoi il était question. C’est un délit de fuite, rien de plus. Tu ramènes mademoiselle chez elle et demain on boucle l’enquête avec le voisinage. – Si tu veux, accepta Lucie quelque peu résignée. Elle n’avait certainement pas l’intention de débattre à une heure du matin sur le trottoir, le visage fouetté par une pluie fine. Demain serait un autre jour et elle pourrait sans doute mieux cerner ce qui la dérangeait dans cette histoire. Parce que quelque chose n’allait pas. Cela dit, elle devait bien admettre que le début du mois avait été plutôt calme pour eux. Après-tout ne cherchait-elle pas un peu trop d’adrénaline comme le lui reprochait souvent Daniel ? Daniel s’éloigna pour donner ses consignes aux policiers qui retenaient les quelques badauds qui avaient bravé les bourrasques de vent pour voir de plus près le macabre spectacle. Il fallait recueillir leurs dépositions. Vu que Daniel n’avait pas l’intention de venir avec elle, Lucie invita Sally à sortir de la Ford et à la suivre jusqu’à sa petite Honda de couleur jaune. Elle prit le temps de chercher son équipier du regard et de lui faire un signe alors qu’il s’engouffrait derrière le volant de sa Ford grise. Elle mit le chauffage à fond et sur le ton d’une conversation banale entreprit de tirer les vers du nez de cette jolie rousse. Sally avait enfoncé un bonnet de laine sur le sommet de son crâne et ses cheveux s’étalaient de part et d’autre de son visage. Ses yeux violet trop pâles étaient marqués par la fatigue et par 14 les larmes. Sally ne répondait que par monosyllabes. Elle était fatiguée et ne comprenait qu’à moitié ce que cette enquêtrice lui disait. Elle désigna bientôt l’entrée de son petit immeuble. Haut de cinq étages, le bâtiment était coincé entre deux autres immeubles bien plus haut et de construction plus récente. Il était cependant difficile de se faire une idée sur le quartier tant la rue était mal éclairée. Lucie remarqua qu’il n’y avait pas âme qui vive dans la rue, pas de circulation, il était tard mais le quartier semblait calme. Elle n’avait pas le souvenir d’être intervenue dans les parages. Lucie insista pour accompagner Sally Morse jusqu’à son appartement, mais ne trouva pas de raison valable pour y rentrer. Sally la remercia très brièvement, ayant une furieuse envie de se retrouver seule et dans son lit. – Vous devez venir demain matin, vers neuf heures pour faire votre déposition, précisa Lucie Dickens. Sally fronça les sourcils. Neuf heures ! Autant dire aux aurores, il était plus de deux heures du matin et elle allait devoir se lever dans six heures pour être à l’heure au commissariat. – Si vous préférez je peux prendre votre déposition maintenant, proposa Lucie en souriant doucement. Elle aurait bien voulu entrer dans cet appartement, mais elle n’osait pas trop forcer la main de la jeune fille. – Je viendrai demain, souffla Sally Morse, épuisée. Et la porte se referma sans que Lucie puisse ajouter quoi que ce soit. Elle jeta un coup d’œil sur son bracelet montre et décida qu’elle ferait mieux d’imiter Daniel qui devait déjà être entrain de ronfler. Ils étaient de garde pour toute la nuit, en 15 remplacement de leur collègue malade. Ça semblait une idée sympa au début, mais maintenant Lucie se dit qu’elle aurait mieux fait de la fermer. Remplacer les collègues l’été d’accord, mais au mois d’octobre plus jamais. Il n’était donc pas étonnant que Daniel soit un tout petit peu distant sur les lieux de l’accident, alors qu’une heure avant il enlaçait sa partenaire avec enthousiasme. Elle se refugia derrière le volant de sa petite voiture jaune alors que le vent semblait vouloir l’en empêcher tant les bourrasques avait redoublé de violence. Elle attendit quelques instants et observa l’immeuble : la fenêtre située à droite au cinquième étage était éclairée ainsi qu’une autre au rez-de-chaussée. Elle étouffa un bâillement et poussa le levier de vitesse de sorte que la petite voiture jaune la conduise jusque chez elle dans Blue Island. * * * Sally était comme scotchée à la porte d’entrée du petit appartement. Elle regardait la pièce, son regard balayait l’endroit de gauche à droite comme si c’était la première fois qu’elle le voyait. L’appartement meublé n’était pas très grand : une pièce principale faisant office de salon et de cuisine, une salle d’eau et une chambre. La décoration était vieillotte et les peintures de couleur fades. Seul, le téléviseur semblait récent. Sally laissa tomber son manteau sur le canapé défraîchit, elle tira rageusement sur son bonnet et le jeta un peu plus loin. Les larmes lui brulaient les yeux, elle reniflait en cherchant un papier absorbant près de l’évier. Sally éteignit la 16
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