Les chevaliers et la Walkyrie - Tome 1 - Page 2 - test Marc LEGRAND Les chevaliers et la Walkyrie Tome 1 La revanche du Temple Illustration : Sandra Lagabarre Edilivre – Éditions APARIS Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-034-0 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À mon frère Si la plus belle ruse du diable consiste à faire croire qu’il n’existe pas, l’entreprise la plus efficace de nos ennemis est sans nul doute de nous souffler d’une voix rassurante que nous avons déjà perdu la guerre avant même qu’en soit livrée la première des batailles, que nous devons déposer les armes alors que déjà résonne l’écho du tocsin. Écoutez cette voix et vous mourrez. Dans la guerre comme dans la paix, le dernier mot reste à ceux qui ne se rendent jamais, aussi la vie appartient-elle à celui qui n’abandonne pas espoir. Nous ne capitulerons pas et au contraire triompherons-nous bientôt des barbares, par le fer de nos armes, la vaillance en nos cœurs et la vertu de notre sang. Un peuple n’est vaincu que lorsqu’il accepte de l’être. 8 1 Comme à son habitude, c’est Erik qui, le premier, posa un pied hors du lit avant de rentrer dans une vieille paire de pantoufles et de filer en direction de la cuisine où son épouse le rejoindrait, des gargouillis dans l’estomac, quelques minutes plus tard. La gorge un peu enrouée en ce matin de mars pourtant exceptionnellement doux, le père de famille savait qu’il ne serait pas dérangé, le retour de son fils, âgé de huit ans, était prévu aux environs de dix-neuf heures, ainsi que son frère et lui en avaient convenu deux jours auparavant, lors d’une banale discussion. La maison était silencieuse, désertée par l’enfant le temps d’un week-end que le couple avait décidé de passer sans lui. Pas un bruit ne troublait la quiétude des lieux cependant que de l’extérieur filtraient un chant d’oiseau à peine audible et une clarté encore timide dont un faisceau, frappant le mur situé face au vasistas, révélait qu’un nombre incalculable de poussières en suspension voletait en tout point de la pièce. À vrai dire, le monde semblait littéralement s’être mis en sourdine, l’espace de quelques heures seulement, le temps de se retrouver enfin. Lorsqu’à son tour Elisabeth entra dans la cuisine, elle ne prononça pas un mot, échangeant juste un regard figé à son mari tandis que son visage ne trahissait aucune émotion. Ils allaient prendre leur petit-déjeuner ensemble, à la même table, ainsi qu’ils aimaient le faire ces dix dernières années, en ces murs mêmes qui, depuis qu’ils avaient acquis cette belle demeure, n’avaient pas pris une ride. Un matin comme il y en eut tant d’autres, en somme, à ceci près qu’ils avaient tous deux décidé, trois semaines plus tôt, que celui-ci serait aussi le dernier. Tout avait été soigneusement planifié, jusque dans les moindres détails, et surtout mûrement réfléchi. Ce soir, leur fils serait orphelin. 9 2 Douze ans plus tard Attendre puis utiliser l’ascenseur présentait trop de risques et, de toute façon, lui aurait coûté de précieuses secondes, aussi le jeune homme s’était-il décidé à emprunter l’un des nombreux escaliers de l’hôtel pour accéder aux étages supérieurs où il rejoindrait ses camarades et s’enfuirait avec eux comme prévu. Mais bien que conservant une confortable avance sur ses poursuivants, Peter savait qu’il n’était pas à l’abri que l’un des sbires lancés à ses trousses ne se présente inopinément devant lui, coupant de fait sa retraite. Courant à perdre haleine le long des couloirs, évitant personnel et clients qui, involontairement, se dressaient en travers de son chemin, le jeune homme, relativement essoufflé, jetait parfois de brefs coups d’œil en arrière, écartelé entre l’inquiétude d’être rattrapé puis capturé par l’ennemi et l’espérance que l’un de ses amis viendrait bientôt lui porter secours, ainsi qu’ils l’avaient toujours fait, à chaque occasion où leur courage avait été mis à l’épreuve. Cette mission avait débuté sur les chapeaux de roue. Puis il l’aperçut, tandis qu’un couple apeuré poussait des cris sur leur passage. Surgissant enfin cinq mètres derrière lui à l’intersection de deux couloirs, alors que Peter obliquait sur la gauche, la jeune femme semblait bondir, exécutant de longues enjambées grâce auxquelles elle pouvait soutenir son effort. Sa présence le rassura immédiatement. – Ils sont quatre derrière moi ! s’exclama-t-elle alors. Peter esquissa un sourire amusé, soupirant presque. – Ravi de l’apprendre ! Tu as d’autres bonnes nouvelles ? Mais elle ne répondit pas, impassible et déterminée. 10 Soudain, le jeune homme remarqua, à une quinzaine de mètres, qu’une des chambres avait sa porte entrouverte. À cet instant, il ralentit légèrement, serrant sa droite, et, arrivé à sa hauteur, poussa violemment la porte à l’aide de son avant-bras puis, la main gauche sur la clenche, adossé au bâti, saisit son amie par la taille, participant ainsi à sa décélération, avant de refermer derrière eux, s’efforçant alors de reprendre son souffle. Fixant la jeune femme, il se tut l’espace de deux secondes. – Je suis perdue ! lui dit-elle. C’est un vrai labyrinthe, ici ! Fait étrange, Peter ne parvenait pas à décrire son visage, tandis qu’il aurait juré en connaître les moindres détails, et lorsqu’il rouvrit les yeux, dérangé dans son sommeil par un bruit qu’il ne parvint pas à identifier, le jeune homme se découvrit allongé dans le lit de sa chambre, lieu confiné et exigu où il aimait cependant passer du temps. Recouvert de la tête aux pieds par un grand drap blanc froissé en plusieurs endroits, l’étudiant mit une bonne poignée de secondes avant de se souvenir qu’il n’était pas seul. Apercevant une jeune femme, les cheveux longs et bruns, il entreprit de s’extraire délicatement de sa couche pour ne pas la réveiller puis s’assit brièvement avant de se redresser et de marcher à tâtons dans la pièce plongée dans une pesante pénombre, les interstices des volets se chargeant de laisser entrer juste ce qu’il fallait de lumière pour progresser sans encombre entre les piles de bouquins et le sobre mobilier. Il était neuf heures passées de trente minutes, ainsi que l’indiquait le petit cadran du radioréveil. Peter enfila un sous-vêtement noir puis jeta un bref coup d’œil dans la direction de sa fugace et jolie compagne, encore allongée sous le drap replié. Réveillée à son tour, elle souriait presque. – Tu as fait de beaux rêves ? demanda-t-il. Le jeune homme racla le fond de sa gorge, se fixa un court instant, interrogeant l’emploi du temps affiché contre le mur, à une cinquantaine de centimètres au-dessus du bureau. Il avait cours dans moins d’une demiheure, ce qui était peu. – Oui, répondit-il, toujours le même, d’ailleurs. Comment se prénommait cette jeune femme ? – Toujours le même, vraiment ? Un prénom français, sans doute. Mais difficile d’être plus précis. Rien n’était certain, en réalité, il ne s’en souvenait tout simplement plus, balayant en vain ses souvenirs proches et une mémoire encore confuse cependant que 11 sa camarade de jeux tirait sur la poignée de la fenêtre, décidée à ouvrir les volets. – Non, fit alors Peter. En fait, il y a, disons, de nombreuses variantes, mais le scénario de base est en tout point identique. Je suis poursuivi [l’étudiante écoutait attentivement, tandis que la lumière du soleil inondait la pièce] et une jeune femme, dont le visage m’est étrangement familier, vole enfin à mon secours. Cela ferait un bon début de roman, songea alors Peter. – Et tes amis sont là, aussi ? interrogea-t-elle soudain. Feignait-elle de s’intéresser à ce qu’il lui racontait ? Dégageant le lavabo des gamelles qui y traînaient encore depuis la veille, le jeune homme passa rapidement ses mains sous l’eau, s’amusant de la soudaine curiosité de son invitée, puis contempla le reflet que lui renvoyait la glace murale. Châtain clair, le visage anguleux et les yeux verts, Peter constata que sa barbe naissante et ses cheveux courts le vieillissaient de quelques années, lui qui avait fêté ses vingt et un printemps à peine une semaine avant, ce qui ne le dérangeait pas. Il lui faudrait remédier à cela, pensa-t-il encore. – Parfois, mais la plupart du temps, juste elle et moi. À cet instant, la jolie brune se redressa, approchant. – Tu oublies ceux qui te poursuivent, remarqua-t-elle. C’était exact, l’étudiant, qui n’avait plus qu’une petite dizaine de minutes pour prendre une douche et s’habiller avec décence, avait omis d’évoquer ses curieux poursuivants. – Je ne les vois jamais… mais je sais qu’ils sont là. Elle tenta alors de lui prendre la main, mais il esquiva. – Un peu comme avec moi, lui murmura-t-elle. Remarque à laquelle il ne répondit pas, distrait. – Ferme derrière moi, fit alors Peter en jetant une serviette de bain sur son épaule, et remets les clefs à l’accueil, d’accord ? La jeune femme hocha la tête, puis son amant sortit. 12 3 Tout en savourant le calme qui régnait en ces lieux, la jeune Lisa McKinley s’occupait à remettre de l’ordre dans les rayonnages tout en jetant un œil intéressé aux quatrièmes de couverture des nouvelles acquisitions de la Librairie d’Eva. Employée comme vendeuse depuis près de trois ans dans ce magasin situé au cœur du centre historique de la ville, elle aimait y chiner entre deux irruptions de clients ou, comme aujourd’hui, en l’absence de M. Roudier, le gérant. À une quinzaine de mètres de là, sa collègue, Hélène Talagrand, jolie brune aux yeux clairs, se tournait les pouces assise à l’accueil. Lisa avait fière allure, comme à l’accoutumée. Tournant le dos à son amie, ses cheveux châtain clair attachés en arrière en une magnifique queue-de-cheval qui, de surcroît, retombait avec quelque attrait sur une nuque aussi claire que la lune, la jeune femme arborait un sourire radieux et un air des plus détendus. Derrière elle, Hélène quittait la caisse et approchait. Des épaules larges et nues ajoutaient un je-ne-sais-quoi à ce corps athlétique que de nombreuses années de pratique sportive – adolescente, elle joua au basket-ball – avaient finement sculpté sans pour autant entamer une féminité que les vingt et un printemps de Lisa exacerbaient chaque jour davantage. Haute d’un bon mètre soixante-quinze, il semblait émaner de la jeune adulte une grâce et un charme indéfinissables que sa beauté naturelle venait renforcer. Des traits ténus, des lèvres charnues et un regard bleuté d’où brillaient comme deux pierres encore enchâssées dans leur gangue, embellissaient ainsi ce portrait magnétique qui eut contenté bien des jeunes filles de son âge et décérébré autant de jeunes mâles aux hormones en ébullition. À cet instant, Hélène la fit sursauter. 13 – Dis-moi, tu chantes ce soir ? Lisa s’interrompit aussitôt. – Oui, répondit-elle en hochant la tête. Vers neuf heures. Vêtue d’un débardeur blanc qui épousait parfaitement les contours de sa poitrine, d’un bas de survêtement de teinte foncée et d’une paire de chaussures de sport, son allure contrastait avec celle, tout aussi décontractée mais plus chic, de sa collègue. À vrai dire, c’était bien là leur plus grande différence. – Très bien, s’enthousiasma Hélène, cependant que Lisa retournait quelques romans. Si tu réussis à me placer juste devant la scène [la jeune McKinley tendait l’oreille], je pense pouvoir faire quelque chose pour toi, à l’occasion du match de la semaine prochaine [et d’ajouter]. Alors ? Lisa sourit de plus belle, satisfaite. – Tu ne serais pas en train de me faire chanter avant l’heure, justement ? demanda-t-elle alors, non sans malice. Affichant une taille mince et des hanches larges, la jeune femme ne laissait personne indifférent. – Désolée, fit Hélène, amusée. Je ne recommencerai plus. Nombre des habitants de la ville la connaissaient et admiraient ou convoitaient, selon l’orientation sexuelle de l’un ou l’autre des protagonistes, une plastique quasi parfaite qui n’excitait pas, c’est peu dire, que la jalousie ou l’aigreur des ménagères fatiguées de voir leurs fils se tordre le cou, à la fraîche, pour la regarder se rendre au magasin. Lisa fit alors mine de soupirer. – Entendu, lâcha-t-elle de guerre lasse, tu as gagné. Hélène sautilla de joie, heureuse d’avoir quelque chance d’accrocher un des hommes qui chantent avec la belle Américaine, chaque vendredi, en échange d’une place pour le prochain France – Espagne de volley-ball féminin qui se tiendrait, dimanche en huit, au palais omnisports de la ville. Place que la belle Hélène n’avait eu aucun mal à obtenir. 14
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