Les chroniques de Némo Vogt - Page 1 - test Nadia Brodrick Les chroniques de Némo Vogt Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2116-6 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Mon nom est Némo Vogt. Je suis chroniqueur à « Strange World » depuis sept ans. Les récents évènements qui me contraignent à vivre enfermé dans cette chambre sinistre se bousculent encore dans ma tête et j’ai peur. J’ai peur de perdre la raison. Hier encore, tout ceci m’aurait semblé une triste farce de plus, de celles qui font les pages dorées de « Strange World », et que je rédige inlassablement, y mettant tout mon « talent » de chroniqueur. Mais cette nuit, Il est venu. Il a pénétré mon cerveau, mon âme, mon sang, et maintenant, Il m’observe. Voilà treize heures à présent qu’Il a tissé ce lien puissant par lequel Il puise en moi l’humeur inorganique et vitale qui semble lui procurer une jouissance infernale. Tôt ce matin, j’ai réussi à lui échapper. Enfin, il serait plus juste de dire que j’ai tenté de lui échapper. Un face-à -face glacial me plaquait contre le mur Est de la chambre. Ses terribles yeux me scrutaient et je sentais malgré moi combien sa présence redoutable envahissait l’obscurité de la pièce. Je comprenais que ma vie filait vers lui sans pouvoir lutter. Il n’y avait même pas de combat et Il était déjà vainqueur. La terreur m’avait envahi et la colère commença à monter en 11 moi. Mais le sombre gratte-papier du « Strange World » avait encore de belles chroniques à écrire. Il n’était pas dit que Némo Vogt baisserait les bras si facilement devant l’agression, fut-elle venue des tréfonds de l’enfer. Tandis que j’implorais mentalement le pardon de tous ceux qui avaient pourvu mes chroniques en histoires ou anecdotes incroyables et que j’avais systématiquement classés chez les mythomanes et autres dérangés du ciboulot, je jetai un coup d’œil par dessus mon épaule. J’étais alors aplati entre l’avancée de mur que formait le chien-assis et la vitre ouverte de mon unique fenêtre. J’habite au quatrième étage d’une ancienne maison bourgeoise de la rue de Fey. J’y loue une chambre de bonne « tout confort », c’est à dire une douche à l’étage, des toilettes pas très loin, pas d’ascenseur, loyer à la semaine payable d’avance et, en prime, une trappe ouverte sur l’enfer, non mentionnée sur l’état des lieux… Donc, Il était là , tout près de moi, et je décidai de tenter une échappée par le toit, car Il emplissait tout l’espace de ma chambre, rendant inimaginable de la traverser pour fuir. Sans quitter des yeux la bête tapie dans l’ombre, je donnai un violent coup de coude sur ma gauche, projetant ainsi brutalement le volet de bois vers l’extérieur. Le bruit ainsi que la clarté du soleil matinal me firent sursauter. Un hurlement éclata à l’intérieur de mon crâne. Son hurlement. La présence maléfique s’écarta brusquement de moi, laissant un espace où je pus manœuvrer lentement vers la fenêtre. Je laissai un temps s’écouler avant de tenter quoique ce soit, craignant toujours qu’Il n’approchât à nouveau. Je glissai donc subrepticement sur ma gauche et grimpai à reculons sur ma table de travail qui se 12 trouve juste sous la lucarne. Lorsque je fus les pieds sur mes papiers épars et les mains cherchant derrière moi le bord de la fenêtre, Il exhala un souffle puissant et rauque qui claqua violemment les battants vitrés et les referma si près de ma tête que leur mouvement fit voler mes cheveux. Pris de panique, oubliant la mesure qui me faisait agir prudemment, je criai et frappai la vitre, scellée et bardée de croisillons que je ne pouvais traverser. Je ne sais combien de temps je passai ainsi à hurler sans que l’on m’entende, à battre le mur et la fenêtre. Ce que je sais, c’est que tant que je restais dans le fin rai de lumière du jour, Il n’approchait pas de moi, et Il semblait avoir plus de mal à puiser en moi ce qu’il était venu chercher. Si je tendais un bras ou une jambe vers l’obscurité, aussitôt, Il l’enveloppait de sa présence terrible sans même me toucher. Peu à peu, ma panique s’asphyxia dans un désespoir apathique. Recroquevillé sous la lucarne, sur la table, les genoux sous le menton et la tête dans mes mains, je guettais la chose et réfléchissais à mon étrange situation. Sûr que j’aurais encore baissé dans l’estime du rédacteur en chef, s’il m’avait vu ainsi, pitoyable et dépenaillé, les yeux cernés de fatigue et épiant l’obscurité. Je l’entendais déjà se tordre de rire et ricaner à qui mieux-mieux que j’avais peur du noir, à mon âge… Pourtant, je constatai avec dépit qu’il m’était même impossible d’atteindre l’unique interrupteur et de faire de la lumière, celui-ci jouxtant la porte d’entrée. Que faire ? Je descendis de mon perchoir et glissai jusqu’à m’asseoir à la table, laissant dans mon dos la redoutable présence comme pour la défier. Je sentais toujours la protection du rai de lumière et en conclus 13 que j’avais certainement affaire à l’une de ces Créatures de la Nuit, qui n’existaient pas dans mon bestiaire jusqu’à il y a peu. Les heures passèrent ainsi, sans attaque de la chose, et l’inaction aidant, je glissai peu à peu dans un sommeil lourd et poisseux de mauvais rêves effilochés. Mes bras ankylosés me tirèrent du sommeil quelques heures plus tard. Une nausée retourna mon estomac et ma tête douloureuse se souvint brutalement. Je n’avais pas rêvé. Il était encore là . Alors que le soleil avait déjà tourné, je restais apparemment protégé par la simple luminosité du jour. Curieusement, je ne ressentais pas la faim, et s’il n’y avait eu cette angoisse du jour qui s’en irait forcément décliner, je me serais presque senti avoir une chance d’échapper à la chose. Toujours immobile, présent, Il m’observait encore, et semblait attendre une erreur de ma part. Voilà . Ça, c’était ce midi. Il est à présent quatre heures de l’après-midi, et je suis condamné à ne pas bouger de ma chaise, devant la lucarne. Qu’adviendrat-il de moi, après ? Je ne peux rester ainsi sans agir. Il faut que je raconte ceci, que quelqu’un puisse comprendre ce qui me sera arrivé… C’est pourquoi vous qui lisez ces mots, ne me jugez pas, attendez un peu pour me traiter de fou. Il se peut que mon récit vous protège, vous, de Lui. Peut-être suis-je malade ? Si c’est le cas, je dois être atteint du syndrome de Shéhérazade, puisqu’il me faut raconter ou mourir… Soit. Je vais donc vous relater quelques-uns des étranges récits qui me furent confiés aux fins d’édition dans le « Strange World ». 14 Il est toujours là , Il m’épie, Il m’attend. Je lui échapperai si vous me lisez. Voici donc la première histoire que je veux vous raconter. * 15
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