Guerrière Saké - Page 2 - test Sylvie Petit Guerrière Saké Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1321-5 Dépôt légal : Juillet 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Elle courait au rythme soutenu de « Scorpions » ; les batteries tapaient dans sa tête. Elle mâchait un chewing-gum et soufflait tous les trois pas ; des lunettes noires plantées sur le nez, elle avait une cadence appuyée et bien assurée. Elle ne vit la voiture qu’une fois qu’elle arriva à sa hauteur ; elle scruta le chauffeur et longea la bordure en fixant devant elle ; la voiture suivait là, à côté ; elle observa à nouveau et jeta : – Nom d’un mouflet ! Elle fit un geste des mains. – Quoi ? Le gars lui faisait signe ; elle s’arrêta et posa les poings sur ses hanches. Elle mâchait énervée ! La voiture stoppa, au milieu de la route ; deux types descendirent ; ils souriaient. « J’les connais ? » se demanda-t-elle. Elle les regardait s’approcher ; ils stoppèrent à quelques mètres ; l’un deux lui demanda poliment : – Vous êtes Pauline ? Elle regarda à droite et à gauche et stoppa son MP 3. 9 – Quoi ? fit-elle. – Vous êtes Pauline ? répéta le gars. – Ouais… – On est content de vous voir ! dit l’autre. Elle décrocha : – Ah ouais… ! – On vous a cherché longtemps, vous comprenez, c’est important Madame Pauline ! lui dit le premier. Elle cessa de mâcher. – Hun, hun… – Pourrions-nous vous parler ? Elle continua de mastiquer et écarta les bras. Les gars se regardaient. – Vous comprenez ce que l’on dit ? reprit le type. Elle sourit bêtement et regarda autour d’elle. – Ben… ouais ! laissa-t-elle tomber. – C’est une bonne chose ! dit l’autre. Elle cessa de mâcher et s’avança. – Dites donc… c’est quoi cette blague ? Elle reprit le mâchage énervé. – Oh, ce n’est pas une blague Madame Pauline ! Elle cracha le chewing-gum ; les deux gars suivirent l’engin des yeux qui atterrit dans le fossé. – Bon… j’ai à faire ! déclara-t-elle. – Oh oui, désolé, on doit vous parler Madame Pauline. – Arrêtez avec ça ! – Avec quoi Madame Pauline ? Elle le toisa. – Avec Madame Pauline ! dit-elle en avançant la tête. 10 Ils se regardèrent. – Vous voulez quoi, au juste ? elle s’impatientait. – C’est une histoire très longue Mada… Elle pointa un doigt. – J’ai dis arrêtez avec ça ! Il se ravisa et zieuta l’autre. – Je disais, c’est une très longue histoire… on nous envoie de Ochung, dans la Contrée de Sonaï, en limite du Tibet ! C’est Kirio qui veut vous voir ! Elle fit deux pas sur le côté. – Quoi ? – Kirio, du Temple d’Ochung, il nous envoie, il veut vous voir ! Elle les regardait, perplexe. – Ouais, il est où ? L’autre écarta les bras. – En chine ! Elle mit une main sur sa tête. – C’est évident ! Ils affichèrent un sourire satisfait. Elle éclata de rire. – Ce Kiki… – Kirio ! – D’ac… ce Kirio… qui est en chine… il veut me voir ! – Oui, vous avez tout compris ! Elle durcit le ton : – Où ? Sur Internet ? – Non, en Chine ! – Bien sûr !… dites-lui que j’arrive… bon j’finis mon footing et j’suis là-bas pour dîner ! 11 Elle reprit sa course et passa à côté d’eux. Elle secouait la tête. – En Chine… Quelle bande de tarés ! Elle arrivait vers son portail ; la voiture suivait doucement. Le chauffeur ouvrit la fenêtre. – Vous n’y serez pas pour dîner ! fit-il remarquer. Elle s’approcha de lui. – C’est évident ! Pour le p’tit déjeuner non plus ! Elle les planta là et rentrait dans la cour. – Nous sommes sérieux ! cria le gars. Elle s’arrêta et soupira ; elle se retourna et s’appuya au portail. – Écoutez les gars… comment y s’appelle l’asile ? – L’asile ? – Oui, l’asile de fou… vous avez sûrement des médocs à prendre, enfin des trucs qui vous calment quoi ! – Nous ne sommes pas des fous ! Nous sommes très sérieux ! Elle souffla sans discrétion : – Pourquoi ça tombe sur moi, ce genre de trucs ? – On pourrait peut-être vous expliquer ! – M’expliquer quoi ? soupira-t-elle. – Pourquoi on est venu vous voir… de Chine ! – Laissez moi deviner ! dit-elle. Ils attendaient. – Sûrement parce qu’à des milliers de kilomètres à la ronde y’a que moi à emmerder ! Ils semblaient mal saisir. 12 – Écoutez les gars… vous avez l’air bien gentils, mais là franchement… vous êtes lourds ! Très lourds ! leur dit-elle en se frottant le front. – Nous venons de Chine, réellement ! – J’veux bien vous croire, vous avez tout pour… mais là… écoutez, j’vous donne cinq minutes… top chrono, c’est parti ! Elle attendit. – On vous cherche depuis des ans, vous possédez la sphère de la paix qui vous a été confiée… on ignore comment ! Les peuples de nos contrées fondent leur espoir sur vous pour redonner la paix à nos territoires ! Kirio vous attend pour vous en dire plus et vous préparer à cette mission honorable à Ochung, village de la Contrée de Sonaï ! Pauline zieuta sur la route ; des fois qu’on est entendu ces cinglés ! On en disait déjà pas mal sur elle ! – Bien… c’était très bien, dans les temps… maintenant essayez chez l’voisin, c’est un gars très ouvert ! Elle rentra et ferma la porte. – Elle ne nous a pas cru ! dit Choung. – Je pense pas ! répliqua Tuan. Pauline secoua la tête. – Y’a vraiment des tarés sur terre ! Elle inspecta au dehors. Plus personne. – Quand j’raconterai ça ! Elle éclata de rire. * * * 13 Elle s’installa dans le canapé et zappa quelques chaînes ; elle s’arrêta sur un film d’action. – Ah ! fit-elle en étirant les bras. Elle saisit son verre de Martini ; le téléphone sonna. – Non, fait suer… j’suis pas là ! décida-t-elle. Un des gars sur l’écran se lançait dans le vide. – Qu’est barge ! Le téléphone sonna de nouveau. – Ils veulent quoi les gens ? elle bondit du canapé et décrocha. – Oui, allo j’écoute ! – Madame Pauline, c’est encore nous… permettezmoi d’insister ! Elle entendit derrière : – Ne dit pas Madame Pauline ! Elle leva les yeux au plafond. – C’est pas vrai, j’le crois pas ! Elle raccrocha. – C’est pas vrai… c’est pas vrai ! Elle s’allongea à nouveau au fond du canapé en soupirant. – Le prochain qui m’emmerde, je l’trucide ! Elle secoua la tête et suivit un moment le gars qui tentait de s’accrocher aux rochers ; une vague le frappa lourdement sur la pierre et le renvoya dans les eaux tourmentées. – Accroche-toi quoi ! fit elle en suspendant son verre devant la bouche. Le téléphone refit des siennes ; elle plissa les yeux et bondit en jurant : – Quoi, vous avez pas trouvé l’asile ? hurla-t-elle. 14 – Bonjour ma chérie ! Quel asile ? Son amie. * * * – Messieurs dames, bonjour ! lança-t-elle. Les quelques clients se retournaient ; elle chopa un panier et fit le tour des rayons ; elle arpentait du côté rayon yaourts et se figea. Elle réfléchit et zieuta les produits. – Pff… j’sais pas moi ! Elle opta pour du fromage blanc et le fourgua au fond du panier en soufflant. Elle refit un tour de magasin et s’arrêta devant les bouteilles ; elle prit une mine sérieuse et scruta les étiquettes en arpentant doucement le rayon ; elle plissa les yeux devant un Bourgogne « Saint-Aubin 1er cru rouge » ; elle vérifia le prix. – Nom d’un mouflet ! Elle arpenta dans l’autre sens en faisant la gueule ; elle se décida et chopa la bouteille de Bourgogne. Elle se pointa à la caisse. – B’jour ! La vendeuse lui sourit. – Bonjour ! Tout en tapant sur sa caisse celle-ci lança : – Il fait beau un ! Quel soleil ! Pauline se força. – Magnifique, quelle chance on a ! 15 * * * La bouteille dans une main, le fromage blanc dans l’autre, elle marcha jusqu’à sa voiture en plissant les yeux ; elle balança le fromage blanc à l’arrière et posa délicatement la bouteille à côté ; elle chopa ses lunettes de soleil et les posa sur son nez. Quelqu’un tapa contre la portière. Le gars d’l’asile ! Elle le fixa un moment puis tourna la poignée pour descendre la vitre de quelques centimètres ; l’autre fit un grand sourire. – Nous insistons, laissez nous une chance de vous parler ! demanda-t-il gentiment. Ce type avait l’air sympa ! Elle soupira. – Suivez-moi, j’m’arrête plus loin, ok ? – Très bien, nous suivons ! Elle fit tourner la clef et démarra en lâchant : – Avec ma bonté, sûr que j’vais m’retrouver en Chine ! Elle fit quelques centaines de mètres et bifurqua sur la place du village ; les gars la suivaient et se garaient à côté. Elle descendit et claqua la portière. Elle sortit un chewing-gum et le mâcha nerveusement. Ils lui souriaient. – On va là ! dit-elle en montrant le bar. Elles les laissaient suivre et s’installa en terrasse. Les deux gars prirent place en face ; elle croisa les bras et les fixa de derrière ses lunettes. – Bien… à ma place… vous penseriez quoi ? 16
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