Le mystère du lapis-lazuli - Page 1 - 3 Floriane DYBUL Le mystère du lapis-lazuli Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2010 4 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 41 62 14 42 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3105-9 Dépôt légal : Avril 2010 © Floriane DYBUL L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 7 Prologue Le pharaon, Ramose, fêtait la trentième année de son règne. A cette occasion, on faisait la fête dans tout le pays et tous les gouverneurs avaient été invités au palais royal. Ramose était un homme respecté de tous, plutôt grand et imposant qui adorait les fêtes. On raconte que le pharaon naquit le même jour que Râ, dieu du soleil et également roi des dieux. C’est pour cette raison, disait-on, que durant le règne de Ramose le soleil brillait tout le temps (sauf la nuit évidemment !). La grande épouse royale répondait au nom de Hèflïe ; une femme assez coquette, mince, gracieuse mais elle était tout de même sérieuse et pleine de sagesse. Ramose et elle avaient un fils adoptif, Tékiti. Le garçon était d’un courage exemplaire ; il avait reçu, cette année-là , pour ses douze ans un singe qui faisait sans cesse des grimaces au vizir. A la fin de la fête, Hèflïe offrit à son mari un lapis-lazuli ainsi qu’une plaque en or sur laquelle elle avait fait graver ces quelques mots : « A Ramose de la part de ta bien-aimée Hèflïe ». Le pharaon lui en était extrêmement reconnaissant et décida d’envoyer son vizir mettre la pierre en sécurité dans le temple de Louqsor. Le vizir s’y rendit d’un pas décidé mais il avait en tête de faire autre chose de cette pierre, quelque chose qui créerait une révolte parmi le peuple, quelque chose qui jouerait un bien mauvais tour à son ennemi juré, Ramose ; mais surtout, il fallait que tout ceci lui rapporte gloire et fortune. C’était fait, il avait trouvé l’idée qu’il lui fallait. L’idée grâce à laquelle personne ne le soupçonnerait et où nul ne pourrait apporter de preuves. Il décida donc d’amener la pierre et sa plaque chez un orfèvre pour avoir 8 une réplique exacte de la plaque mais vierge. Le vizir tendit l’objet à l’orfèvre qui l’observa longuement et fini par lui donner la réplique. Plios, le vizir lui offrit en échange la véritable pièce en or, dit à l’orfèvre de faire fondre la plaque et que l’or récupéré lui servirait de paiement, sans oublier de lui dire qu’il avait maintenant toute la confiance du pharaon. Plios voyait où il voulait en venir, un jour se serait lui le pharaon… L’orfèvre, trop heureux d’être aussi bien payé, s’empressa de faire fondre la plaque et de récupérer l’or. Le vizir alla ensuite chez un autre orfèvre faire graver la copie. Le second sculpteur l’accueillit à bras ouvert. Il faut dire qu’à chaque fois que Plios venait c’était pour l’orfèvre l’occasion de recevoir une belle somme en récompense, ce qui lui permettait d’être tranquille avec les percepteurs et même de pouvoir rembourser les dettes de plus en plus coûteuses qu’il devait à l’école de scribe à laquelle il avait inscrit son fils. Hélas, le vizir ne venait que très rarement. Plios, quant à lui, voyait un autre avantage à le payer aussi cher : pour l’orfèvre tout ce qui importait c’était de gagner de l’argent. Tout le reste, il n’y prêtait pas la moindre attention. Le vizir ne donna que quelques ordres précis à son compagnon : « N’oublie pas de ne graver que sur deux millimètres ! Donne un peu plus de souplesse à ton mouvement de poignet ! ». L’orfèvre trouva Plios quelque peu pressé et énervé mais après tout, ce n’était pas la première fois ! Et lui-même savait bien que le pharaon ne laissait pas beaucoup de temps pour exaucer ses caprices… Enfin ! Après une demi-heure de travail acharné, la plaque allait enfin rapporter gloire et fortune au vizir qui ne pouvait que se féliciter de son œuvre. Mais, il y avait mis du temps, beaucoup trop de temps et il lui fallait trouver quelque chose à ramener au palais. L’orfèvre avait justement une très belle statuette en exposition dans son atelier ; Plios l’acheta mais il en fut pour ses frais –enfin, plutôt le pharaon, car les debens avec lesquels il payait provenaient directement du trésor royal ! Il donna trois cents debens à l’orfèvre qui trouva l’affaire fort correcte. 9 De retour au palais, il croisa une servante, du nom de Norfret, qui s’étonna de voir Plios revenir avec la plaque dans une main, une statuette dans l’autre et, comme elle était plutôt de tempérament indiscret, elle lui demanda : « Mon cher vizir, que tenez-vous dans vos mains ? » Le vizir se demanda qui pouvait bien le questionner. Il se retourna et, aperçut Norfret qui visiblement attendait une réponse. Plios aimait bien cette servante indiscrète et effrontée. La vérité, c’était que celle-ci s’ennuyait avec les autres femmes qui ne parlaient jamais et ne faisaient qu’obéir sans se préoccuper du reste. « Comment vas-tu ? J’espère que le pharaon ne s’est pas trop inquiété pour moi, lui répondit-il. -Le pharaon ne s’est jamais inquiété pour toi, pas plus que tu ne t’inquièterais de le voir piqué par un cobra royal et tu le sais ! Alors qu’est-ce que tu faisais ? s’enquit la servante. -Eh bien tu le sais, je suis allé entreposer la plaque au temple. -Au temple, …tu es sûr… bon d’accord, mais alors, que tiens-tu dans tes mains ? » Le vizir s’apercevant qu’il tenait encore la plaque dans ses mains lui répondit embarrassé : « La vérité c’est que j’ai vu cette statuette dans un atelier d’orfèvrerie et que je me suis rappelé que l’anniversaire d’Hèflïe était aujourd’hui. J’ai donc acheté cette statuette de pierres semi- précieuses en guise de cadeau. Le problème c’est qu’il fallait à tout prix revenir avant son anniversaire : c’est pourquoi je n’ai pas eu le temps d’y aller... Tant que tu es là , peux-tu la porter à la reine pour moi ; il faut que je reparte. -D’accord, mon cher vizir ; mais j’ai toujours su que vous aviez un faible pour ma maîtresse, se moqua-t-elle. -Sottises, tu ferais mieux de faire ce que je t’ai dit et de ne pas discuter ! riposta Plios. -Je te revaudrais cette dernière phrase, tu verras... Je, je, je pourrais très bien te dénoncer, balbutia la jeune femme. -Quoi, tu me dénonceras, mais de quoi ? 10 -Je pourrais te dénoncer pour tout ce que tu mijotes depuis que le pharaon t’a nommé vizir ! Tu crois que personne ne voit ce que tu fais ? Le pire, c’est que Ramose se pose des questions…, le prévint-elle. -Des questions, mais de quel ordre ? lui demanda-t-il tout penaud -De l’ordre de : " je vais le destituer" jusqu’à "je vais le faire enterrer vivant", en passant par "je vais aller le faire travailler dans les mines". En fait cela dépend des jours. -Eh oui monsieur le vizir ! Alors, sachez que je ne devrais même pas vous adresser la parole, lui lança-t-elle, au hasard, voyant qu’il en restait bouche bée. » Le vizir vit bien qu’il devait partir loin d’ici mais son envie de devenir pharaon était trop forte, tant pis se dit-il, j’ai commencé quelque chose autant le terminer. Plios alla entreposer la fausse plaque d’or et le lapis-lazuli au temple de Louqsor, en évidence, près de l’entrée principale où toutes les classes pouvaient pénétrer. Il se dit qu’ainsi tout le monde croirait à sa future place sur le trône et que, de toute façon le pharaon ne verrait rien de lui-même à moins de se déplacer exprès car la famille royale priait seulement au grand temple de Karnak. Après avoir fait ce qu’il avait prévu, il lui restait trois solutions : s’enfuir et revenir après la mort du pharaon, rester au palais en attendant gentiment la suite des événements et risquer de se faire tuer ou encore assassiner le pharaon mais pour cette dernière idée, il lui fallait de l’aide. Norfret peut-être ? Oui, mais à condition de l’élevée à un rang plus noble… Ça, il pouvait y arriver ! En quelques secondes, il s’était décidé : de toute façon il n’avait pas trop le choix. Il fallait faire vite ; le pharaon allait bientôt le faire rechercher. Quel dommage qu’il ne puisse communiquer à distance avec la servante ! 11 Au palais, on s’empressait de finir les derniers préparatifs en l’honneur de la reine qui fêtait ses trente ans. Personne ne se posait la moindre question au sujet de Plios mis à part Norfret. Elle savait que malgré ses avertissements, le vizir était resté en Egypte. Elle savait également que le temple de Louqsor n’était qu’à quatre heures de marche et que Plios aurait déjà dû revenir. Il aurait été, normalement, en train d’observer la scène derrière un des grands rideaux qui ornait la salle des colonnes ; mais elle les avait tous vérifiés, un par un, mais en vain. Cette salle de quarante colonnes blanches, aux figures simples de fleurs de lotus peintes de rouge, et aux délicats contours bleu vif, était l’une des principales pièces, de réception, de la demeure. Située au nord, derrière la cuisine, elle donnait sur un magnifique jardin qui s’ornait de multiples couleurs à la saison humide et plus loin se tenait le Nil, source de vie de l’Egypte. Norfret décida d’aller rejoindre sa maîtresse auprès du pharaon. Mais une autre servante, qu’elle ne connaissait pas, s’éloigna avec elle dans les cuisines. La servante se demandait ce qu’il se passait. « Plios n’est toujours pas revenu ? demanda la mystérieuse servante. -Non et en quoi cela t’intéresse-t-il ? -Penses-tu qu’il puisse lui être arrivé quelque chose ? -Oui, mais qui êtes-vous ? répondit la servante calmement pour ne pas laisser transparaître son inquiétude. -Norfret, c’est lui que tu cherchais n’est-ce pas ? -Je ne vois pas de quoi vous voulez parler et comment savez- vous qui je suis ? -Mmh … J’ai bien vu que tu regardais derrière les rideaux, ne me mens pas. -Je ne vous mentirais pas si je savais qui vous êtes. -Dans ce cas réponds-moi. -Qui êtes-vous ? -Cela n’a que peu d’importance… 12 -Je ne suis pas sûre que se soit une bonne idée, continua Norfret mais sa voix tremblait de plus en plus. -Ma pauvre Norfret, tu sais que tu peux tout me dire sans craindre ma colère. -Je le sais, vous n’avez pas besoin de me le dire car de toute façon ce n’est pas votre colère que je crains et de plus, cela risquerait de vous nuire. -Ecoute Norfret, moi aussi je m’inquiète pour notre vizir alors, dis-moi ce qui te tracasse. » Norfret leva lentement ses jolis yeux verts, vers la servante. Les questions se bousculèrent. Depuis combien de temps était-elle au courant pour Plios ? Que se passait-il ? Des espions de pharaon avaient-ils écoutés leurs conversations ? Depuis quand ? Mais d’un seul coup tout ce flou devint encore plus embrouillé dans sa tête : personne ne l’appelait jamais par son prénom à part Pharaon et… Non, impossible, c’était pourtant bien une servante qui se tenait là . Elle dévisagea son interlocuteur avec le plus grand soin et se jeta sur lui tellement elle était heureuse de le revoir. « Tu en as mis du temps, plaisanta-t-il. -Désolé, j’étais tellement sûre que … Comment as-tu fait ? -Très simplement ! -Je savais bien que je ne l’avais jamais vue, cette fille ! -Ça ne t’a pas empêchée d’y croire -J’étais sûre que tu reviendrais mais pas de cette manière ! -Si je suis là , c’est parce que j’ai besoin de toi. J’ai décidé d’assassiner le pharaon et pour accomplir ma mission j’ai besoin de toi. Tu… -Il est hors de question que je t’aide à tuer qui que ce soit : je tiens à ma vie dans l’au-delà ! le coupa-t-elle. -Tu l’auras ta vie dans l’autre monde. Beaucoup ont trahi et se sont rachetés après, auprès du pharaon, et ils l’ont eue leur place dans l’au-delà ! -C’est sûr que si je tue pharaon, j’aurais le temps de me racheter ! 13 -Servante ce n’est pas un bon rôle dans cette société mais qu’est-ce que tu dis de prêtresse ? -Je n’ai pas envie de passer mon temps à prier les dieux même si c’est pour avoir une "place au soleil". Autant rester servante ! » Plios l’aurait bien désignée reine mais il aimait aussi Hèflïe et puis le peuple n’apprécierait peut-être pas trop de changements. En plus une servante qui devient reine ça peut donner une très mauvaise impression. Soudain, il pensa à autre chose : Norfret est habile de ses mains et il n’y a pas de harpiste dans ce palais. « Norfret, ça te dirait de devenir une harpiste, il me semble qu’il reste une harpe dans un placard et je connais quelqu’un à Abydos qui voudra bien t’apprendre à jouer. -Je ne sais pas, ça mérite réflexion, fit semblant de réfléchir la servante. -Tu dîneras en notre compagnie, on s’occupera de toi et… tu ne paieras pas d’impôts ! Cela te convient-il ainsi ? -D’accord, répondit la servante qui avait obtenu exactement ce qu’elle voulait. » Dès le lendemain, le plan fut prêt : Norfret organiserait une grande réunion dans les cuisines, qui causerait un énorme vacarme et qui finirait par alerter les gardes du palais. Ensuite, Plios ferait une rapide apparition pour que les gardes croient qu’il était au cœur de la manifestation. Ceux-ci appelleraient les gardes du corps de pharaon. Après, tout serait plus facile : les servantes s’affoleraient automatiquement, comme des robots programmés qui deviendraient soudainement incontrôlables. Seule Norfret garderait son calme ; ce serait donc elle que les gardes questionneraient. Suivant le plan, elle leur indiquerait la fuite du vizir vers le désert. Plios, pendant ce temps, irait prévenir le pharaon de la présence d’un individu voulant sa mort et qui se trouvait au palais. Le vizir lui suggérerait de s’enfuir vers le désert brûlant le temps que l’on trouve le coupable. Ramose n’ayant nulle autre idée lui pardonnerait tout et l’écouterait. Les gardes, 14 quant à eux, seraient ralentis par la panique des femmes et par l’itinéraire indiqué par la servante. Ils arriveraient donc juste après que le pharaon ait commencé à s’enfuir sur un char ; le confondant avec Plios, grâce aux fausses indications de Norfret ; ils tireraient, en redoutables archers, sur le malheureux jusqu’à ce qu’il s’écroule au sol. Les gardes se féliciteraient et finiraient par approcher leur victime, puis s’apercevraient qu’ils n’avaient pas tiré sur Plios mais sur Ramose ; ils porteraient le corps sans vie, comme on porte un vainqueur, jusqu’à Héflïe. La reine, ne pouvant pas diriger seule le royaume, devrait se remarier, sous les conseils de sa servante, à Plios qui deviendrait enfin pharaon. Pendant ce temps, Tékiti jouait les espions. Il entendit, caché derrière la porte, Plios parler de ses intentions mais pour le prince, leur plan était voué à l’échec ! Sa mère ne tomberait pas si facilement dans leur piège. Quelque chose le faisait rager intérieurement : ils n’avaient même pas pensé à lui ; à croire qu’il n’existait pas. Norfret avait pourtant l’habitude de le voir : Tékiti allait souvent grignoter entre les repas, dans les cuisines, et elle finissait toujours par le prendre en chasse ou par jouer à cache- cache. Pourquoi était-elle avec le vizir ? Finalement, devait-il la considérer comme une amie ou une ennemie ? Cette nuit-là , il ne trouva pas le sommeil et décida d’aller prendre "en douce" des biscuits. Il se leva, vérifia que tout le monde dormait et entreprit une expédition aux cuisines. Marchant sur la pointe des pieds pour ne pas se faire repérer. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il entendit la voix des servantes s’élever dans le silence de la nuit ! Aussitôt, il pensa au stratagème de Plios… et s’il avait lieu cette nuit ? Il se précipita vers le hall des gardes. Pratiquement à la fin de sa course, il trébucha et sa tête alla directement heurter le sol. Certes, les gardes s’étaient réveillés mais Tékiti resta le corps inerte dans le couloir. Un des gardes, de peur qu’on ne l’accuse de quoi que ce soit, préféra réveiller le roi. En passant devant les cuisines, il entendit des voix, les indiqua à ses congénères.
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