L'Église catholique non conforme à la pratique de Jésus - Page 1 - Raymond Giguère L’Église catholique non conforme à la pratique de Jésus Thèse Editions EDILIVRE APARIS Collection Universitaire 75008 Paris - 2010 5 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions Edilivre – Collection Universitaire – 2010 ISBN : 978-2-8121-3520-0 Dépôt légal : Juillet 2010 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays 6 RÉSUMÉ Dans leur quête de sens à la vie, quelle serait donc l’expérience de la spiritualité des 18-30 ans vivant en milieu urbain ? À partir de l’analyse des éléments communs de cette quête spirituelle des jeunes, quels pourraient être les liens avec les valeurs chrétiennes qui permettraient une approche pastorale mieux adaptée auprès d’eux ? Les réponses à ces deux questions constituent l’enjeu principal de cette thèse. Entre 2001 et 2003, nous avons effectué cette recherche dans le secteur de Sainte-Foy (maintenant Québec) dans les lieux de loisirs des 18-30 ans : bars, cafés, discothèques, billards et restaurants. Dans le cadre de l’organisme Mission urbaine, cette recherche se voulait avant tout à la base la réalisation de l’expérimentation d’une nouvelle approche pastorale auprès des jeunes. Afin d’approfondir les découvertes du terrain, nous avons utilisé des sources littéraires variées qui traitent des problématiques en jeu sous des angles sociologiques, psychologiques et théologiques. En lien avec la mission d’évangélisation de l’Église, cette recherche nous amène à esquisser une nouvelle approche pastorale auprès de cette population d’âge, approche inspirée en priorité par la pratique d’amour inconditionnel du Christ pour l’humanité. 9 SUMMARY What do 18-30-year-olds living in an urban setting experience as they search for meaning in life ? Is it possible to develop a pastoral approach better suited to the needs and circumstances of this age group by establishing links between Christian values and the recurrent themes emerging from our analysis of that experience ? The answers to these questions are at the very heart of this thesis. Between 2001 and 2003, a research project sponsored by Mission urbaine was carried out in the bars, cafés, nightclubs, pool halls and restaurants of Sainte-Foy (now Quebec City). This research was intended to serve as the basis for a new approach to youth pastoral care. Theoretical and practical work from the fields of sociology, psychology and theology were used to interpret the data gathered in the field. Linked to the church’s mission of evangelisation, this research has led to a new approach to the pastoral care of this population, an approach inspired first and foremost by the practice of Christ’s unconditional love for humanity. 11 SOMMAIRE INTRODUCTION ............................................................................................................... 15 Chapitre 1 CONTEXTE DE LA RECHERCHE ......................................................... 23 1. Contexte et orientation .............................................................................................. 23 2. Principes théoriques .................................................................................................. 25 PREMIÈRE PARTIE. LES JEUNES ET LA MISSION URBAINE Chapitre 2. La méthodologie phénoménologique ........................................................ 1. La méthode ............................................................................................................... 2. Choix de la méthode ................................................................................................. 3. Application de la méthode ........................................................................................ Chapitre 3. L’héritage socioculturel et religieux des 18-30 ans .................................. 1. Une nouvelle religion................................................................................................ 2. Héritage socioculturel ............................................................................................... 3. Héritage religieux ..................................................................................................... 4. Repères de similitudes .............................................................................................. Chapitre 4. La mission urbaine ..................................................................................... 1. Son historique ........................................................................................................... 2. Ses objectifs .............................................................................................................. 3. Ses impacts ............................................................................................................... 31 31 32 32 35 35 37 39 42 47 47 48 48 DEUXIÈME PARTIE. LES TÉMOIGNAGES DES JEUNES Chapitre 5. Catégorisation des témoignages ................................................................ 1. Les repères ................................................................................................................ 2. Les préoccupations ................................................................................................... 3 Les croyances ............................................................................................................. 4. Les éléments ............................................................................................................. 5. Description des éléments .......................................................................................... 55 55 57 59 61 63 Chapitre 6. L’analyse phénoménologique .................................................................... 77 1. Les constituants......................................................................................................... 77 2. Liens entre les structures de sens : une synthèse ...................................................... 78 13 TROISIÈME PARTIE. PENSER LA SPIRITUALITÉ DES JEUNES AUJOURD’HUI Chapitre 7. L’expérience de la spiritualité.................................................................... 83 1. Approfondissement de la synthèse ............................................................................ 83 2. Le concept de la spiritualité ...................................................................................... 84 Chapitre 8. Liens avec les valeurs chrétiennes ............................................................. 91 1. Des attributs spirituels ............................................................................................... 91 2. Des liens chrétiens ..................................................................................................... 93 Chapitre 9. L’enseignement de Jésus ............................................................................ 99 1. Des clés spirituelles ................................................................................................... 99 2. Des témoignages chrétiens ........................................................................................ 104 Chapitre 10. La christianisation .................................................................................... 109 1. Incarnation de l’amour christique.............................................................................. 109 2. Vers une nouvelle évangélisation .............................................................................. 111 3. L’Église de demain.................................................................................................... 115 CONCLUSION ................................................................................................................ 119 BIBLIOGRAPHIE .......................................................................................................... 125 14 INTRODUCTION Quand j’ai été engagé par Mission urbaine pour prendre contact avec des jeunes dans leurs lieux de loisirs, j’ai rapidement été passionné par ce travail sur le terrain. Avec le temps, plus mes contacts personnels se sont approfondis avec les jeunes, plus s’est développé en moi le goût de connaître qui ils étaient et quelles valeurs ils portaient en eux dans leur vécu quotidien. C’est donc cet intérêt particulier pour les jeunes qui m’a incité à m’inscrire au doctorat en théologie pratique, programme qui répondait adéquatement à ma recherche sur le terrain. Ma thèse porte sur l’analyse des témoignages recueillis durant les deux années passées sur le terrain de la mission. Précisons que Mission urbaine correspondant elle-même à l’émergence d’une nouvelle pratique chrétienne par son originalité missionnaire en plus de permettre une meilleure connaissance des jeunes, cela ne pourra faire autrement que d’engendrer de nouvelles pratiques chrétiennes. Le fait d’avoir travaillé deux ans (2001-2003) à plein temps pour Mission urbaine m’a permis de recueillir une somme considérable de témoignages de jeunes sur le terrain. Mon travail à la mission, un peu à la façon des travailleurs de rue, était concentré dans les bars, les cafés, les discothèques, les billards et les restos de Sainte-Foy 1, endroits où se tiennent beaucoup de jeunes de la catégorie d’âge visée (18-30 ans). De fait, une grande partie de ces témoignages recueillis concerne des valeurs et des croyances exprimées volontairement et sans aucune contrainte par des jeunes rencontrés avec qui j’avais noué des liens de confiance. La plupart du temps, ces témoignages exprimés sur leurs valeurs et croyances étaient consécutifs à une écoute accueillante de l’expression de leurs soucis et de leurs problèmes personnels. Ainsi, ils s’exprimaient librement et sans retenue sur leurs valeurs et croyances et jamais je n’ai essayé de les influencer d’une façon quelconque, d’autant plus qu’ils ne savaient pas quel travail je faisais et encore moins que je faisais une recherche les concernant. J’étais donc perçu comme un client ouvert aux autres. Quand cela pouvait être pertinent, je leur disais que j’étais chrétien et que je prierais pour eux face à certains problèmes difficiles qu’ils vivaient dans leur vie. En passant, cette proposition de prière a toujours été bien accueillie, même auprès des jeunes qui ne croyaient à aucune religion ou même parfois étaient carrément athées. Au tout début de mon travail sur le terrain, je me suis senti complètement laissé à moimême dans des milieux qui m’étaient étrangers la plupart du temps. De fait, le terrain de la mission avait été peu visité auparavant et il me fallait innover à tous les niveaux. Dans une première étape, j’ai commencé par visiter tout ce qui existait de bars, de cafés, de billards, de restaurants et de discothèques à l’intérieur des limites de la ville de Sainte-Foy afin de pouvoir Sainte-Foy est située dans la partie ouest de la ville de Québec. D’abord municipalité autonome, elle a été fusionnée avec la ville de Québec le 1er janvier 2002 et en est alors devenue un arrondissement (Sainte-FoySillery). 1 15 déterminer quels étaient les endroits que fréquentaient régulièrement les 18-30 ans. Dans une seconde étape, j’ai choisi trente lieux fréquentés en majorité par des jeunes : 10 bars, 10 cafés, 4 billards, 4 restaurants et 2 discothèques. Dans une dernière étape, j’ai regroupé ces lieux en cinq secteurs géographiques de la ville. J’ai ajusté en conséquence mon horaire de travail : visiter en cinq jours tous les secteurs à raison de 7 heures par jour pour un total de 35 heures par semaine. Toutes ces étapes ont été franchies durant les deux premiers mois de mon engagement sur le terrain. Dès mes premières visites de tous les lieux visités, j’avais adopté une approche d’observateur afin de bien cerner en quoi consistait la clientèle régulière, qui étaient les employé(e)s en poste, quelles étaient les caractéristiques particulières des lieux ainsi que les possibilités de contact avec les jeunes. Cette période d’observation, même si elle m’a fait vivre beaucoup de solitude, a été fort précieuse car elle m’a permis de découvrir et d’élaborer des approches de contact adaptées aux caractéristiques spécifiques de chacun de ces lieux. De plus, mes observations visuelles ainsi que mon écoute des conversations des jeunes dans leurs lieux de loisirs m’ont fourni de nombreux indices à propos de leurs centres d’intérêt prioritaires ciblés par les sujets de discussion qu’ils semblaient affectionner particulièrement. À partir de ces découvertes visuelles et auditives, j’ai pu expérimenter auprès d’eux plusieurs approches de contact dont deux se sont révélées efficaces et pertinentes. Il s’agit des approches « du comptoir » et « du livre ». J’ai donc adopté exclusivement ces deux approches qui sont à la source de la somme des témoignages de cette recherche. En ce qui concerne l’approche dite du comptoir, elle résulte de mes observations visuelles. En fait, j’avais remarqué que les personnes seules s’assoyaient souvent à des comptoirs et que ces endroits favorisaient les contacts. De plus, ces mêmes endroits donnent un accès privilégié au personnel derrière ces comptoirs, ce qui facilite la conversation avec les employé(e)s. J’ai obtenu ainsi un double accès : à la clientèle des jeunes, par définition variable et passagère, aux employé(e)s, également jeunes et plus stables, ce qui rend possible des contacts répétés et plus approfondis. En expérimentant cette approche, j’ai découvert un autre avantage qui s’est avéré pertinent et précieux. De fait, plus j’approfondissais mes contacts avec le personnel des comptoirs, plus ils me présentaient des jeunes client(e)s qui fréquentaient régulièrement ces lieux. Ainsi donc, le fait d’avoir souvent été présenté à cette jeune clientèle régulière par du personnel de leur âge comme étant un client régulier sympathique et ouvert a grandement favorisé leur confiance en moi et éventuellement, l’obtention de confidences à propos de leurs vécus et de leurs croyances. Le fait aussi de connaître les horaires de travail du personnel m’a permis de mieux planifier mes contacts, quand l’approfondissement des questions me semblait possible. Par l’approche « du comptoir », j’ai pu observer que la grande majorité des client(e)s blaguaient avec le personnel ou simplement parlaient de leur propre vécu et s’intéressaient très peu, la plupart du temps, à savoir qui étaient vraiment les employé(e)s. De fait, ceux-ci accueillaient donc beaucoup de confidences, mais en exprimaient très peu. Bref, être écoutés dans ce qu’ils vivent ne faisait pas partie de leur routine de travail habituelle. Cela m’a donné l’idée d’inverser ce processus, en permettant au personnel de s’exprimer devant moi. Je me suis alors engagé, dans cette voie peu habituelle. De fait, c’est en expérimentant l’approche du comptoir que j’ai découvert et expérimenté l’approche « du livre ». À chaque fois que je m’assoyais à un comptoir, je faisais semblant de lire un livre, puis je le déposais sur le comptoir bien en vue des clients et du personnel. Au début de l’expérimentation de cette approche, j’amenais des livres de tous les genres : romans, livres religieux ou spirituels, volumes à contenu ésotérique, revues scientifiques. Bizarrement, ce sont les livres ésotériques qui piquaient le plus la curiosité des jeunes, au point que souvent ils me posaient des questions sur leur contenu. À partir de ce constat, je n’ai utilisé que ce genre de livres par la suite. Cette approche du livre, utilisée dans le contexte de leur intérêt ésotérique, m’a ouvert un accès à leurs croyances et à leurs conceptions de la spiritualité. 16 Bref, l’utilisation combinée de ces deux approches m’a permis d’atteindre mes objectifs de contact des jeunes et dégager un terrain d’observation riche et original. Voici quelques statistiques. Environ les deux tiers de mes contacts qui se sont approfondis ont été effectués avec du personnel régulier affecté au service aux comptoirs. Dans la même proportion, la majorité de ces contacts ont été effectués avec du personnel féminin dont l’âge moyen se situe à 22 ans. Tous les autres contacts ont été effectués avec la clientèle des comptoirs dans une proportion à peu près égale entre garçons et filles, dont l’âge moyen est d’environ 25 ans. Quand j’ai commencé à approfondir mes premiers contacts, je me suis rapidement rendu compte qu’il me fallait adopter des attitudes d’écoute active différentes selon le sexe des individus rencontrés, particulièrement quand ils me parlaient de leurs problèmes personnels. En général, dans ces cas particuliers, les filles ont souvent tendance à interpréter à leur avantage des situations problématiques tandis que les garçons, eux, sont souvent portés à les dramatiser. À titre d’exemple, dans ces rencontres, j’ai souvent entendu des récits de peines d’amour de la part des deux sexes. À ce propos, les filles entretiennent souvent l’espoir que revienne leur ex-amoureux. La relation perdue est souvent idéalisée. Chez les garçons, on n’entretient pas vraiment ce genre d’espoir. Ceux-ci, la plupart du temps, tiennent plutôt des propos sévères, parfois agressifs, par rapport à l’ex en cause. Cette forme de réaction différenciée selon les genres s’applique aussi à plusieurs situations. Bref, on dirait que face à des épreuves douloureuses, les filles ont tendance à se réfugier dans leur imaginaire pour trouver des issues heureuses tandis que les garçons, eux, ont tendance à dramatiser la réalité vécue et à ne plus voir d’issue possible. C’est à partir de tels constats que j’ai affiné ma propre sensibilité. Devant les filles, la stratégie de conversation consiste alors à ramener à la « réalité », au vécu même de la rupture et de ses conséquences. Avec les garçons, je tentais de dédramatiser la situation vécue en évoquant l’espoir d’un avenir meilleur. Finalement, ces deux stratégies se sont avérées efficaces. Des liens de confiance ont pu être établis et approfondis, ce qui était la visée de l’opération. Au niveau des croyances exprimées par les jeunes, il y a aussi une distinction à faire entre les expressions des garçons et des filles. La majorité des filles n’expriment pas de convictions arrêtées et inflexibles. La plupart du temps, elles se disent plutôt ouvertes à ce que leurs croyances soient incomplètes, voire « erronées ». De fait, leurs expériences sont souvent basées sur leur ressenti ; étant donné que celui-ci est variable, leurs opinions et leurs convictions le sont aussi. Bien davantage que les garçons, elles accordent alors priorité aux relations humaines. Leurs croyances s’accordent à leur quête affective, l’expression en est souvent intuitive. Leurs croyances débouchent également sur des espoirs, sinon des visées humanitaires. Chez les garçons, les discours sont plutôt basés sur des données scientifiques. Ils confessent volontiers, et de façon plus catégorique que les filles, leur foi en les potentialités de la science. De même, ils se montrent davantage indifférents aux religions, moins sensibles aux discours portant sur la transcendance. Au cours de ces deux années de rencontres et de dialogues avec des jeunes, un scénario s’est sans cesse répété : l’expression des croyances des garçons était la plupart du temps affirmée d’un point de vue logique tandis que celle des filles était basée sur des espérances fondées dans leur ressenti. Jusqu’à quel point les uns et les autres se conforment par là à des représentations courantes de la féminité et de la masculinité, nous ne saurions le dire. Bref, nous n’avons pu qu’observer le phénomène. Au niveau des problématiques propres au contact sur le terrain, il y en a eu deux avec lesquelles j’ai dû apprendre à composer : l’ignorance religieuse et le « non-retour ». On pourrait caractériser l’ignorance religieuse comme étant l’incapacité de l’ensemble des jeunes rencontrés à tenir des dialogues religieux soutenus et ce, par manque de connaissances appropriées. Cette ignorance est une des causes de leur indifférence. De fait, à plusieurs reprises, j’ai été confronté à leur méconnaissance religieuse et j’ai dû souvent leur apprendre des données de base qu’ils ignoraient totalement. Cela est devenu tellement évident que j’ai 17 dû, avec le temps, limiter nos discussions à ce sujet afin de me consacrer à mieux cerner leurs croyances. Quant à elle, la problématique du « non-retour » se situe à un autre niveau. Elle vient de la difficulté de cultiver certains contacts, même s’ils s’avèrent intéressants, du fait du caractère passager de la clientèle. Les rencontres initiales étant fortuites et le fruit du hasard, rien ne pouvait garantir qu’elles puissent être renouvelées et, dans bien des cas, il n’y a pas eu de suite. Des questions sont donc restées sans réponses. Cependant, ces témoignages uniques ont été minoritaires. La grande majorité des témoignages recueillis ont été renouvelés à plus d’une occasion et ont permis un suivi permettant d’atteindre les objectifs de la recherche. En ce qui concerne le choix de ma question de recherche, celui-ci s’est fait en deux étapes. Dans une première étape, je voulais vraiment connaître les valeurs et croyances de cette portion de population, savoir à partir de leur vécu ce qui les motivait dans leur vie et qui les faisait vivre. Mes questions préliminaires étaient donc : Qui sont-ils ? Que vivent-ils ? À quoi croient-ils ? À la première question, je me suis vite rendu compte qu’ils étaient tous différents et qu’il serait plutôt illusoire de vouloir dresser un portrait unique. À la deuxième question, à partir de leurs témoignages, j’ai pu cerner des préoccupations et des valeurs partagées par un grand nombre d’entre eux, cela m’a donc permis d’avoir un meilleur éclairage de leur vécu. En ce qui concerne la troisième question, j’ai pu relever à partir de leurs témoignages un ensemble de croyances basées sur des concepts à connotation religieuse, scientifique ou ésotérique. Ainsi donc, à partir de ces découvertes préliminaires, la première partie de ma question centrale de recherche, constituant le cœur de ma recherche, s’intéresse à vouloir découvrir ce qu’est, à partir de leur vécu, leur expérience de la spiritualité. La Mission urbaine étant un organisme chrétien qui cherche à connaître et rejoindre les jeunes, dans une deuxième étape je me suis aussi posé trois questions préliminaires : Pourquoi l’Église ne rejoint-elle plus la majorité des jeunes ? Est-ce que l’évangélisation traditionnelle peut encore les rejoindre ? Comment l’enseignement de Jésus aux hommes de tous les temps pourrait-il les toucher ? La première de ces questions m’a permis d’établir plusieurs constats à partir des témoignages des jeunes. La deuxième question m’a permis de constater assez rapidement que le concept d’évangélisation mérite d’être redéfini, car les procédures qu’il désigne ne correspondent plus aux valeurs de la vie urbaine dont sont imprégnés les jeunes. En ce qui concerne la troisième question, je me suis demandé quels liens pourraient être établis entre l’enseignement de Jésus et les valeurs et croyances des jeunes dans leur vécu quotidien. Bref, dans l’axe de ma recherche, j’ai orienté ma question de la façon suivante : « Quelle est l’expérience de la spiritualité chez les 18-30 ans vivant en milieu urbain, quels sont les liens possibles avec les valeurs chrétiennes ? ». La première partie de cette question, à partir de l’analyse des témoignages recueillis, constitue donc l’essentiel de ma recherche tandis que la deuxième partie, à partir des constats découverts, cherchera à établir des ponts avec les valeurs chrétiennes. Aux fins de ma recherche et toujours en lien avec la question centrale de ma thèse, je me suis basé sur deux hypothèses de départ, correspondant aux deux parties de la question. Tout d’abord, en ce qui concerne la connaissance de l’expérience de la spiritualité chez les jeunes, j’ai émis l’hypothèse selon laquelle tout le monde cherche à être heureux dans la vie. Cette hypothèse sous-entend que quelles que soient les valeurs et croyances des personnes, quel que soit leur vécu ou leur condition humaine, quels que soient leurs choix de vie, cela s’inscrit toujours dans une aspiration humaine commune à tous. Bien entendu, vu l’unicité de chaque être humain, cette aspiration commune ne se traduit pas de la même façon pour chacun, elle est cependant au cœur de la personne dans ses désirs et ses besoins. Même si elle s’est peu souvent exprimée oralement dans mes rencontres avec les jeunes sur le terrain, cette quête de bonheur personnel s’est avérée omniprésente dans leurs témoignages à travers l’expression de leurs désirs, de leurs motivations et de leurs besoins d’accomplissement personnel. Si j’ai choisi la méthode phénoménologique comme cadre de cette recherche, c’est précisément parce qu’elle porte l’hypothèse que le monde de l’intuitif et du ressenti joue un 18
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