Traité de géographie culturelle - Page 1 - test Alain de L’Harpe Traité de géographie culturelle Culture et représentations sociales Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-142-2 Dépôt légal : Décembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. 4 Introduction générale La géographie culturelle correspond aujourd’hui à un questionnement essentiel pour comprendre les tenants et les aboutissants de l’action humaine sur un ou des territoires. En effet, si l’on considère que l’homme est un véritable animal « social » influencé par ses traits culturels, c’est notre société tout entière qui rentre dans cette vaste problématique qui hante le géographe : Qui ? Pourquoi ? Comment ? Ces trois questions nous donnent la clé d’interprétation des actions humaines et de leur compréhension. Mais pour cela il faut aller plus loin, la démarche étant ici introspective. Il faut pénétrer l’impénétrable, saisir l’action sociale et humaine à travers des linéaments portant sur la culture et sur sa conséquence directe les représentations sociales. Ces dernières sont le fondement même de la compréhension de l’action humaine sur le territoire. Nous chercherons ici à la fois à décrire les éléments fondateurs de la géographie culturelle en 7 essayant de reprendre l’historique de la naissance de la géographie culturelle contemporaine mais aussi à définir deux concepts phare de notre réflexion : la culture et les représentations sociales. Ce Traité, à travers une série d’exemple, doit permettre aux lecteurs de se rendre compte de l’utilité de la géographie, non seulement pour décrire nos relations aux Autres et au Territoire, mais surtout d’apporter des éléments d’explication de cette relation par rapport au territoire. L’espace revêt le support d’un certain nombre de fonctions sociales : on dira que c’est un espace social fonctionnel. À ce sujet : « Les individus qui vivent et agissent sur ce territoire ne le considèrent pas seulement comme un simple support de leur résidence et de leurs activités, un support qui serait neutre. Ils le perçoivent à travers le prisme de leur sensibilité personnelle, en fonction de leur statut individuel, du lieu où ils habitent. Et c’est en fonction de cette perception personnelle que les individus prennent certaines décisions. Il est donc utile de distinguer, à côté d’un espace social fonctionnel, un espace social ressenti. » (Chapuis, 1982, p. 227). L’analyse portera donc sur le côté plus subjectif, moins fonctionnel où l’homme « habitant » est un formidable animal social, vivant en interaction avec ses semblables d’une manière ou d’une autre. Chaque culture crée un certain type de société ; les 8 représentations que l’on a de ses semblables ou du milieu sont le révélateur d’une culture, de référents sociaux, bref d’une société complexe où les interactions sont évidemment nombreuses. Et si l’on considère que la géographie est en fait une clé de lecture, qui permet de déchiffrer, de comprendre l’homme en société, l’homme en interrelations ainsi que ses actes, les codes sociaux culturels engendrés et ses relations à l’extériorité. « Les configurations que la géographie cherche à expliquer ne sont pas le résultat de quelque force innocente qui conditionnerait la répartition des êtres et des choses. Elles résultent de choix, de décisions individuelles ou collectives, d’ajustements ou d’accommodements. Les tensions entre étalement et proximité, les valeurs émotionnelles attachées à certains biens n’ont d’effet spatial qu’à travers la multitude des consciences individuelles ; à travers leur appréciation du monde extérieur, leurs motivations et leurs délibérations se déterminent les conduites. » (Claval, 1974, p. 167). 9 Chapitre 1 Historique de l’approche en géographie culturelle Introduction Comme le rappelle P. Claval, dans le front de la page introduisant la première partie de son livre : « La géographie culturelle est née de la diversité des genres de vie et des paysages. Apparemment condamnée au déclin par l’uniformisation technique, elle retrouve son dynamisme en s’attachant aux représentations et aux sentiments d’identité qui leur sont liés. » (Claval, 1995, p. 9). La géographie humaine est née avec la première préoccupation de comment l’homme occupe la terre, comment il l’habite en définitive. Les relations qui s’exercent entre les sociétés et le milieu, sont sans doute assez darwiniennes, le fait 11 humain entre dans l’analyse géographique et la force du milieu n’est pas seule en cause. « Les relations société / milieu deviennent centrales pour la discipline : Friederich Ratzel forge au début des années 1880 le terme d’Anthropogographie pour désigner ce champ d’investigation. Il est adopté par la plupart des jeunes chercheurs. Certains comme lui ont tiré les leçons de Darwin ; d’autres lui préfèrent celles de Lamarck à la mode et modernisée dans les années 1880 et 1890. C’est le cas en France chez Vidal de La Blache et dans le groupe de jeunes chercheurs qu’il anime. Ils traduisent Anthropogéographie par géographie humaine : le terme et la notion nouvelle s’imposent dans les dernières années du XIXe siècle. » (Claval, 1995, p. 10). L’optique évolutionniste fait émerger la logique « verticale » qui met en avant les relations entre les groupes humains et le cadre physique ou biologique dans lequel ils évoluent, où ils vivent. L’on réalise que l’homme par ses techniques, sa manière de tirer des ressources des espaces mis à sa disposition diffère sensiblement de l’animal. C’est la première réflexion de géographie culturelle qui diffère cependant dans sa teneur selon qu’on se trouve en France en Allemagne ou bien encore aux États-Unis. Ratzel, par exemple, a effectué des études en histoire naturelle, et il étudie notamment la zoologie alors en pleine mutation sous l’impulsion des nouvelles théories de Darwin. 12 En Allemagne, Haeckel reprend et diffuse les idées nouvelles et « propose de développer une nouvelle discipline, consacrée à l’analyse des relations entre les êtres vivants et le milieu : il la nomme écologie. » (Claval, 1995, p. 11). Ratzel s’imprègne du darwinisme en entrant en contact avec un zoologiste darwinien, Wagner, qui étudie le rôle des migrations chez les êtres vivants. Ratzel devenu géographe consacre une thèse de doctorat sur le thème de l’immigration chinoise aux États-Unis et est le premier à utiliser le terme de géographie culturelle. S’inspirant des leçons de ses maîtres Humboldt et Ritter, il développe une nouvelle conception de la géographie et « (…) tire de sa formation de naturaliste l’idée que la répartition des hommes et des civilisations mérite une attention particulière : il propose le nom d’Anthropogéographie (1882-1891) pour qualifier ce nouveau chapitre de la discipline. » (Claval, 1995, p. 11). Le nouvel intitulé relève de trois grands principes fondateurs tels qui sont : – Description des aires où vivent les hommes ; – Causes et effet de la répartition des hommes sur la terre ; – Influence nature – homme. Cela pour affirmer que « Les groupes humains dépendent de l’environnement où ils sont installés. » 13 (Claval, 1995, p. 12) afin de répondre au besoin de se déplacer pour pourvoir à leur subsistance. En outre Ratzel met en évidence que ce sont les techniques qui conditionnent leur mobilité et souligne également le poids du milieu physique, des conditions locales. « D’un groupe à l’autre, les outillages mobilisés varient : l’histoire des migrations et celle de la diffusion des innovations l’expliquent ; la culture, c’est-à -dire l’ensemble d’outillages et de savoir-faire qui permet aux hommes d’avoir pris sur le milieu, mérite d’être étudiée. » (Claval, 1995, p. 12). Au travers des peuples civilisés, Ratzel recentre son analyse autour du rôle assez essentiel de l’État selon lui qui permet de pallier aux diverses vicissitudes du milieu. « Ratzel pense donc que la géographie politique devient essentielle pour comprendre les faits de répartition humaine à partir d’un certain niveau de développement. » (Claval, 1995, p. 12). Les civilisations dites avancées utilisent différemment les techniques. Le poids de L’état dans l’édification des pays touchés par la Révolution industrielle devient prépondérant. Comme l’évoque P. Claval, Ratzel analyse les deux versants de la géographie humaine. Enfin pour Ratzel, la mobilité est inhérente aux peuples, à l’homme. » Ils maîtrisent des techniques qui assurent leur adaptation au milieu proche et 14 dépendent de l’histoire et du niveau de développement. » (Claval, 1995, p. 13). Cependant Ratzel n’oublie pas dans son analyse les faits de culture, puisqu’il s’attache notamment à démontrer son importance dans les moyens de tirer profit de l’environnement et également pour se déplacer. Toutefois les idées qui la sous-tendent et le langage qui l’exprime ne sont guère évoquées. Mais force est de constater que chez Ratzel « L’idée darwinienne de lutte pour la vie limite donc l’intérêt que porte Ratzel aux faits de culture et donne à son œuvre une portée essentiellement politique. » (Claval, 1995, p. 13). On notera par exemple sa théorie de la frontière : « Ratzel substitue la sélection des sociétés par l’espace : le politique prend ainsi le pas sur le culturel. » (Claval, 1995, p. 13). Un grand pas, une rupture épistémologique se forme ici avec Ratzel puisqu’il ne s’agit plus seulement de décrire, mais bien ici d’analyser, d’expliquer des phénomènes géographiques. Un autre géographe allemand Schlüter s’intéresse aux paysages, aux établissements humains en faisant du paysage, l’objet de la géographie humaine. L’action des hommes et les forces naturelles respectent, dans cette brochure de 1907, un certain équilibre qui esquive ainsi la tentation de pencher trop vigoureusement vers le déterminisme. 15
Traité de géographie culturelle - Page 1
Traité de géographie culturelle - Page 2
wobook
edilivre.com