ROMAN l'enigme Crystal de Natan HERCBERG - Page 3 - découvrez un extrait du nouveau roman de natan Hercberg (publication mai 2008) en dédicace le mercredi 28 mai à la Librairie JOUSSEAUME (75002) Galerie Vivienne Natan HERCBERG L’énigme Crystal Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-191-6 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 …je me souviens comme d’un temps vide auquel la substance manquait. G.Bataille 5 Préface Le talent, la beauté, la séduction, et tous ces vertiges que quelques uns (je dis « quelques-uns » mais l’histoire récente montre que c’est bien à la portée de tout le monde) peuvent provoquer volontairement ou involontairement chez autrui, tous ces pouvoirs, ces états excitants et instables sont des mutilations. Mutilations du lien social, coupure dangereuse d’avec le monde partagé, le destin commun. Que ceux qui ont une telle ambition le sachent : celui qui est connu n’est pas reconnu. Il participe d’un autre statut : il fait partie du décor, est sans arrêt volé de sa pudeur, de son mystère, de son altérité. Autrui le reconnaît plus vite que lui-même ne se reconnaît. Aux deux extrémités du phénomène de la reconnaissance se trouvent l’idole (une image construite de toutes pièces selon les désirs de chacun et à qui on fait dire ce que l’on veut, avant d’en changer) et le divin (le sans-image, inassignable, unique, éternel et qui ne répond pas). Ceux qui aiment les idoles et ceux qui aiment le divin n’ont pas seulement des différences alimentaires. Ils partagent un monde duquel ils n’attendent pas du tout la même chose. 7 Une fille de 4 ans qui découche, philosophe, qui est adulée de tous et porte dans son prénom la pureté et la fragilité, c’est le thème central du roman (du drame ?) de Natan Hercberg. Je le connais assez pour avoir passé avec lui des nuits pleines de paroles légères et d’actes inconséquents mais pas assez pour savoir ce qui l’a poussé à écrire une telle histoire. Le monde dans lequel se passent ces péripéties existe, nous le connaissons tous deux : ensemble nous avons appris à y naviguer, et aussi à l’occasion à nous en protéger. Ce monde, celui qu’un faux bon sens provincial qualifie de « branché », a commencé par être un monde à part, un underground. En 25 ans (qui sont passés comme un éclair), il est devenu la référence et la caricature du monde commun. Nous y cherchions de la pureté, parce que, comme Crystal, nous étions singuliers et fragiles. Et voilà que, alors que beaucoup de nos amis y ont trouvé la déchéance pure et simple, nous y avons trouvé la simple trivialité. La singularité, l’excentricité sont devenues les matières premières de l’industrie de la mode, l’errance urbaine a donné une foison de guides de « Bons plans et bonnes adresses », la poétique nuit blanche est devenu la teuf, l’excitation a été mécanisée par la coke, la curiosité de la rencontre dérive lentement et sûrement vers l’échangisme, et qu’en dire ? Déplorer ? Moraliser ? Peut-être pas. Ne pas fuir le monde, celui-là ou un autre, qui de toute façon ne disparaîtra pas en clin d’œil, mais attendre autre chose, croire en cette attente, apprendre à se connaître pour rentrer dans la patience. Se donner à soi cette valeur, et la donner au temps, c’est déjà pas mal. Crystal 8 a un problème d’identité, et ce problème vient de ce que le temps, celui qui passe sur elle, n’est qu’accélération, volatilisation. C’est un début d’intrigue passionnant. Le reste est narration, donc plaisir. Pour cela, laissez donc faire Natan Hercberg. Ariel WIZMAN 9 Crystal La caméra recule lentement pour cadrer Crystal assise au pupitre de plexi de “ 60 millions de Fans ”. Thierry Ardimat, glousse en regardant l’image sur son écran de contrôle. – Crystal, vous êtes le mannequin le mieux payé au monde, 35 millions d’euros ! Vous défilez sur les cinq continents, les marques s’arrachent votre image au prix fort… Chaque nouvelle apparition est l’occasion de faire grimper votre cote. Alors Crystal, parlez-nous de votre vie une fois les projecteurs éteints, et surtout que comptez vous faire dans 20 ans ? La caméra resserre sur le buste parfait de Crystal qui, filmé de profil, ressemble à une figure de proue idyllique. Déboussolée par l’entrée en matière de Thierry, les mots lui font défaut… Crystal se terre dans son silence, les secondes s’égrènent sur le moniteur et rien, pas un son ne sort de sa bouche. Thierry subit 15 secondes de blanc en prime time, une éternité… Crystal sait, en son for intérieur, que cette poignée de secondes représente du temps gagné sur son secret. Elle tente de ralentir son pouls, seule face au public acquis à l’animateur et elle explose. 11 – Mais dans 20 ans j’aurai disparu, en poussière, c’est ça que vous vouliez entendre pour gonfler vos parts d’audience ? Thierry réussissait l’exploit de manipuler en direct, un top modèle, comme une gamine de 5 ans. Il s’assurait une place d’honneur au zapping, et les félicitations de son directeur des programmes, lundi. Crystal se sent trahie. Son agent supervisait chacune de ses interviews et avait censuré, jusqu’à ce jour, les questions ou allusions sur son âge et son avenir. Elle veut en finir avec le fantasme de la blonde avec qui tout le monde rêve d’échanger sa vie. Elle crache le morceau : – Je n’ai que 5 ans, mais je suis condamnée. J’en parais 20, mais c’est un âge que je n’atteindrai jamais ! Je serai cramée, éteinte, mon mètre 79 et mon 90C tiendront dans une urne mortuaire et mes cendres seront froides ! Le secret de Crystal était un décalage horrible. Quand une seule année s’écoulait, Crystal vieillissait de 5 ans. Sa vie fuyait, emportée par le flux d’un sablier déréglé. Existait-il, à ce jour, un moyen de renverser le processus ? **** Tout avait commencé comme un conte de fées. Il était une fois, à l’ouest de Paris, un couple heureux qui vivait dans une charmante demeure cachée au fond d’une impasse. Un drôle de maison, avec une espèce de tour qui ne rimait à rien et un corps de bâtiment attenant, que Charles Dulong, le père de Crystal, avait acheté à époque de l’âge d’or de l’immobilier : une fin de siècle soldée pour cause de millénaire. Sa femme, Marianne, était enceinte pour la première fois. Il s’était endetté dangereusement pour cette 12 minuscule résidence entourée d’un petit parc égayé de massifs de fleurs. Entre la grille et la porte à double battant, passage obligatoire pour s’annoncer, un chemin de graviers serpentait. Cette maison à l’abri du temps, construite par un architecte un peu frapadingue, juste après la Deuxième Guerre, respirait la paix et la sérénité. Charles, architecte-décorateur aux multiples talents, parlait avec enthousiasme de sa « maison de poupée » avec ses deux corps de bâtiment distincts, aux chambres en L, au living en T et à la cuisine en U. Inspiré par la fantaisie créative de ce designer, il avait reconstitué le L, si cher à son créateur, pour la transformation de la troisième chambre à coucher. Les jours se suivaient au rythme tranquille des saisons, pour Charles et Marianne. Pareils à deux êtres qui auraient été conçus dans le but de se compléter l’un et l’autre, de vivre l’un pour l’autre, dans un parfait accord, ils éprouvaient un léger déchirement à la moindre séparation. L’improvisation servait de ciment au bonheur qu’ils bâtissaient jour après jour, dans le partage d’une vie commune sans tache, à l’abri de l’adversité, sans fausse note, dans les harmonies les plus complexes d’un quotidien élaboré de concert. De leur union libre scellée par la douceur que chacun apportait à l’autre, il n’y avait rien à conter ou cacher. Le bonheur ne s’écrit pas, il ne se raconte pas, on a peine à le partager. Il se renforce ou se fragilise avec le temps pour s’inscrire dans notre histoire. Il prend corps dans la conscience, devient palpable et acquiert tout son sens quand on le perd. **** 13 Douze années paisibles s’étaient écoulées depuis la naissance de Paloma, leur premier enfant. La grâce était au rendez-vous pour ce second heureux événement. Marianne Dulong, plaisantait épanouie et pleine de vie. D’excellente composition, elle s’efforçait de créer une atmosphère bon enfant. Sa grossesse avait été une constante source de joie. Comment envisager le futur sous de meilleurs auspices ? Rien ne laissait présager le moindre nuage dans ce ciel immaculé, pourtant le destin avait décidé de lui porter un coup meurtrier. Son cœur s’arrêta sans prévenir. Malgré tous les efforts déployés pour sauver cette femme qui venait d’enfanter, rien ne put y faire : elle avait perdu vingt et un grammes sur terre. Le jour où sonna le glas, Marianne se retira dans le silence et Crystal poussa son premier cri par delà la mort. Son épouse s’était éteinte sans crier gare, comme par l’opération d’un interrupteur : un simple déclic avait suffi pour oblitérer plus de quinze ans de félicité. Non, le bonheur ne s’efface pas. Il résiste à l’eau et au feu. Charles savait qu’il pourrait l’emporter contre vents et marées. Il s’initia au langage de la douleur et du refus. Conjuguant le refus d’accepter le présent, repoussant la douleur au lendemain. La douleur de l’absence se faisait de plus en plus poignante, difficile à cerner, à écarter, à nier. Elle s’ancrait, fourbe, elle se propageait à l’image d’une malédiction. **** Crystal avait trois mois à peine, quand Charles s’était décidé à consulter un pédiatre de grande renommée. Cette adorable enfant ne montrait aucun signe alarmant de maladie mis à part sa taille et son poids qui se 14
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