Une moitié d'elle - Page 1 - test Elisa Brown Une moitié d’elle Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-316-3 Dépôt légal : Juillet 2009 © Édilivre Éditions APARIS, 2009 6 La lumière du jour, aussi tamisée puisse-t-elle être parfois, nous illumine le cœur quand elle nous parle au fond de lui. 9 CHAPITRE 1 Elle s’éveilla ce matin-là , bercée par cette musique mélancolique qui vint chatouiller doucement le creux de ses oreilles. La première pensée qui illumina son esprit était ce rayon de soleil qui entrait dans la pièce, tel un chat miaulant, s’avançant pas à pas pour se blottir délicatement contre sa maîtresse. Natacha regarda sa montre et se dit qu’il était grandement temps de mettre un pied, même les deux, en dehors de son lit car elle était déjà en retard, chose inhabituelle pour elle… Le thé au jasmin qu’elle avala à la hâte lui resta sur l’estomac. Elle ne put manger son yaourt comme à l’accoutumée, ce qui l’arrangeait fortement, vu l’heure tardive qui tournait plus vite qu’un moulin hollandais. Arrivée à son bureau, elle salua Ludivine son amie, ainsi que toute l’équipe de la rédaction de son journal. Depuis 8 ans, rédactrice en chef, elle avait su se faire apprécier de tout ce petit monde qu’elle dirigeait dans une ambiance particulièrement sympathique et dynamique. On pouvait, en entrant dans les lieux, 13 y voir de jolies plantes colorées parsemer les locaux spacieux où la décoration étudiée avec subtilité et élégance ne manquait pas d’apporter une touche de gaieté et de couleurs lumineuses. Un fond de musique se déposait délicatement dans chaque pièce où l’on passait. Ludivine, la meilleure amie de Natacha s’occupait quant à elle de la rubrique des faits divers depuis bientôt 6 ans. Ces deux-là s’entendaient à merveille et Ludivine connaissait très bien son amie sur qui elle pouvait compter en toutes circonstances. On décrivait Natacha comme une femme élégante, très féminine, généreuse, intelligente et loyale ; quelqu’un sur qui on pouvait s’appuyer sans la moindre hésitation. Cette petite brune, bouillonnante de charme et d’énergie trouvait toujours de quoi mettre en valeur sa jolie silhouette et son visage attirant. Ses jolis yeux clairs encadraient une frimousse plutôt ovale, sertie de longs cheveux qui descendaient jusqu’au milieu de son dos. Elle avait toujours eu beaucoup de succès auprès des hommes et, même si Ludivine avait du mal à le reconnaître, elle en avait souvent été jalouse. Depuis leur plus tendre enfance il en avait été ainsi. Elle l’avait enfoui au fond d’elle comme on cache un terrible secret… Déjà à l’école secondaire, elle supportait mal le succès de son amie à qui tout semblait réussir mais elle avait toujours été près d’elle et avait suivi son sillage depuis toutes ces années. C’est par cette magnifique journée de juin 2002 que leur destin allait être à jamais lié. Dans la cohue de cet après-midi, Natacha courait à gauche et à droite pour régler les détails de dernière minute avant de boucler le numéro du journal pour lancer l’édition hebdomadaire. Regarder chaque page, 14 étudier chaque ligne, chaque image, corriger les fautes éventuelles, faisaient partie des tâches de Natacha. Elle n’aurait laissé le soin à personne de le faire à sa place. Elle était réputée tatillonne et ce travail lui seyait à merveille et pour elle c’était un plaisir, c’était son « truc »… Ce soir, il était prévu qu’elle sorte avec ses amies pour passer la soirée dans un très bon restaurant parisien dans une ambiance feutrée et musicale pour se détendre un peu de cette dure semaine. Ludivine serait bien sûr de la fête ainsi que Clara et Estelle, deux autres amies communes. Mais avant de baigner dans l’atmosphère de cette nuit de loisirs, Natacha avait quelque chose à régler : elle avait promis à quelqu’un de très spécial à ses yeux de lui trouver le dernier album musical de l’artiste Eminem. Il n’était pas question de ne pas tenir cette promesse, car elle attachait une importance capitale aux valeurs morales et respectait toujours ses engagements. Elle partit donc directement en sortant du bureau en direction d’un des plus grands magasins parisiens de vente de disques. Elle se dirigea directement vers le rayon des nouveautés et trouva sans peine l’album en question. Quel bonheur pour elle à cet instant précis, car elle savait déjà qu’elle allait faire plaisir à Mathieu, son fils de 16 ans. Sa générosité n’avait aucune faille. Elle l’incarnait à merveille. Mathieu, ce prénom qu’elle prononça à voix haute, était pour elle son émerveillement. Ce petit être qu’elle avait porté en elle miraculeusement et qu’elle avait eu tant de mal à concevoir était dorénavant un solide gaillard qui la dépassait d’au moins une tête et demie et faisait l’admiration de tout son entourage. 15 CHAPITRE 2 C’était il y a 20 ans que Natacha, aujourd’hui âgée de 42 ans, avait fait la connaissance de Tom. Ils avaient respectivement 22 et 25 ans. Leur rencontre fut pour le moins troublante et insolite. Par une journée hivernale de novembre 1982, Natacha se rendait à son travail ; à l’époque, elle travaillait comme employée au service communication d’une très grande entreprise privée de la banlieue parisienne. Ce matin-là , elle allait sur Nanterre, siège social de son entreprise, où des activités annexes occasionnelles la conduisaient deux à trois fois par mois. Ce jour-là , elle déambulait dans les couloirs incessants du métro en direction du RER A qui devait la déposer sur Nanterre et c’est en descendant sur le quai, alors qu’elle se trouvait sur l’escalator qu’elle l’aperçut en bas, patientant, impassible parmi ces centaines de voyageurs qui grouillaient telle une fourmilière, tous ici pour une seule et unique raison : attendre le train. De là -haut, elle le scruta avec insistance, car dès la première seconde où elle avait vu ce visage et cette silhouette, une petite étincelle avait fait briller ses yeux. Comme s’il avait senti sur 17 lui ce regard, il se retourna à l’instant où elle arriva à sa hauteur sur le quai. Il portait un joli costume sombre sous un manteau trois quarts. Très élégamment vêtu, il l’avait séduite instantanément. Le brun de ses cheveux, l’intensité de son regard liée à la couleur marron olive de ses yeux, son teint hâlé avaient produit en elle une atmosphère si étrange qu’elle ne pouvait plus s’empêcher de le dévisager. Il avait, semble-t-il, été attiré par elle dès les premiers instants baignés par leurs échanges visuels communs. Elle se souvient qu’ils sont, quelques instants après, montés dans le RER, séparés ensuite par le flot de voyageurs hissés en même temps qu’eux dans le wagon. Ils tenaient chacun de leur côté l’immense barre centrale en métal gris où tout le monde s’appuie pour éviter de virevolter lors des divers soubresauts de ces machines roulantes. Comme il était grand, sa main était située assez haut sur la barre, tandis que celle de Natacha, petit bout de femme, était plutôt dans la partie basse, si bien qu’entre eux, plusieurs mains les séparaient. Entre leurs corps, cinq ou six personnes étaient là , absentes, mais pas eux, car parmi cette foule, ils ne se quittaient presque pas des yeux. Tom feignait de se concentrer sur le livre qu’il tenait pour faire parfois illusion et ne pas trop gêner Natacha par l’insistance de son regard mais celle-ci relevait la tête régulièrement pour retrouver le plaisir de ressentir l’émotion provoquée par la douceur de ses yeux. Au fur et à mesure que les stations défilaient, les gens descendaient et Tom se rapprochait instinctivement d’elle petit à petit et l’écart entre leurs mains sur la barre centrale s’amenuisait tout autant, si bien qu’à un moment donné, ils furent côte à côte et l’auriculaire de la main 18 gauche de Tom effleurait délicatement le pouce de Natacha. L’émotion qu’ils ressentaient en commun à cet instant était surréaliste mais magique. Il fallait l’avoir vécu pour le comprendre. Ce charme aurait pu se rompre à l’instant où Tom rejoignit le quai, arrivé à sa station « La Défense », car ils n’avaient jusqu’alors, ni l’un ni l’autre, prononcé un mot et Tom continua dans son élan à rester bouche bée juste avant de quitter le wagon. Sur le moment, Natacha sentit son cœur s’emballer, se demandant bien ce qui se passait dans la tête de ce bel inconnu… Elle le vit qui s’éloignait du train, elle le regarda partir quand tout à coup, celui-ci se retourna, s’arrêta net pour ne plus cesser de la regarder… Ils savaient tous deux à cet instant précis que quelque chose de rare et féerique venait de se produire. Natacha à ce momentlà fut envahie par deux émotions très différentes. D’un côté, elle était irrésistiblement attirée par cet homme et rêvait de se retrouver à nouveau très vite près de lui, mais de l’autre, la raison compensait, lui dictant qu’elle ne le connaissait pas et que peut-être, tout simplement, il n’était pas libre dans sa vie… Elle avait aussi besoin d’un signe supplémentaire de lui un peu plus clair. Tout se chamboulait dans sa tête ; elle savait aussi qu’il ne restait que quelques secondes avant que les portes du train ne se referment. Alors en regardant une fois encore ses jolis yeux au loin qui la dévoraient, elle prit sa décision en une fraction de seconde, juste avant qu’il ne soit trop tard et descendit le rejoindre. Elle marcha quelques mètres dans la foule pour arriver à sa hauteur et lui décrocha un merveilleux sourire. Il lui rendit la pareille et la remercia d’avoir eu cette initiative. Leur premier contact fut doux et délicat, il mit son bras doucement 19 autour de sa taille pour l’amener plus près de lui et déposa un baiser sur sa joue qui s’enflamma d’une couleur rosâtre. Après ces premiers instants partagés avec émotion, ils se présentèrent mutuellement, échangèrent quelques mots sobres et concis, se scrutant au fond des yeux pour profiter de ces sensations entières et, avant de se quitter, ils décidèrent de se retrouver dès le soir même autour d’un verre. Avant de s’éloigner, il lui effleura une dernière fois la joue avec ses lèvres ce qui la fit frissonner… Elle tressaillit avant de remonter dans le wagon pour se rendre cette fois-ci, pour de bon, en direction de son travail. Cette journée lui parut à la fois merveilleuse mais terriblement longue. Elle avait un mal certain à contenir ses émotions tout au long de cette journée. Elle ne cessait de penser à lui. Le soir venu, comme convenu, il l’appela pour convenir du lieu exact du rendez-vous. Ils choisirent de se retrouver à la terrasse d’un café parisien, près de Montmartre, un endroit qu’elle affectionnait particulièrement. Il voulait que tout soit pour le mieux pour leur premier rendez-vous car pour rien au monde il n’aurait voulu qu’elle soit déçue. C’est donc vers vingt heures qu’il la vit arriver devant lui, plus belle que jamais. Elle avait remonté ses cheveux en chignon, laissant retomber quelques petites mèches le long de son visage. Son maquillage léger faisait ressortir la couleur sauvage de ses yeux. Il la trouva encore plus sublime que ce matin. De son côté, Natacha put admirer la tenue décontractée mais élégante que portait Tom ; sa chemise et son pantalon en lin de couleur crème lui seyaient à merveille, le tout accompagné de jolies chaussures de couleur marron foncé qui donnaient une note plus vive à sa 20
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