Journal de déportation en Guyane - Page 1 - test André-Daniel Laffon de Ladebat Journal de déportation en Guyane (4 septembre 1797 – 10 mars 1800) Suivi de : Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies (Académie royale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux, le 26 août 1788) * Discours au Tiers État de Bordeaux (12 décembre 1788) * Déclaration des droits de l’homme (Discours dédié à l’Assemblée Nationale, le 13 août 1789) D’après les manuscrits et documents originaux Édition introduite et commentée par Philippe P. Laffon de Ladebat Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0687-3 Dépôt légal : Avril 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 AVANT-PROPOS « Aucune révolution dans l’histoire n’a plus contribué au bien être des générations qui la suivirent et plus démoralisé la génération qui l’a produite. » Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution (1856). Le journaliste américain Mark Twain observait en 1907 que l’histoire de la Révolution française avait ses hiérarchies particulières pour le classement des hommes politiques de l’époque : « En tête on trouve les plus célèbres : coupeurs de têtes et grands régénérateurs qui suivirent souvent à leur tour leurs victimes sur l’échafaud ; viennent ensuite les guillotineurs rescapés et, enfin les simples guillotinés sans gloire ». Les hommes politiques qui n’ont ni prescrit ni subi l’échafaud sont ainsi souvent restés dans l’ombre. Les uns sont taxés d’opportunisme ou qualifiés de girouettes, les autres sont seulement reconnus pour leur talent suspect d’avoir survécu, ce qui n’était pourtant pas une mince affaire. Pour avoir échappé de justesse à la guillotine sanglante et n’avoir goûté qu’à la « guillotine sèche » en Guyane, André-Daniel Laffon de Ladebat n’a donc pas eu les honneurs de la grande histoire, c’est pourquoi on présente en introduction de cet ouvrage des éléments biographiques permettant de replacer ses principaux écrits publiés ici dans leur contexte. Il s’agit tout d’abord de son « Journal depuis l’époque de mon arrestation le 18 fructidor an V » qui retrace au jour le jour les péripéties de sa déportation en Guyane avec quinze de ses compagnons d’infortune. La présente édition de ce journal a été complétée par ses correspondances avec les autorités locales de Guyane et avec sa famille. On trouvera en outre dans cet ouvrage son « Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies » prononcé à l’Académie royale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux le 26 août 1788, son Discours au Tiers-état de Bordeaux du 12 décembre 1788 ainsi que sa Déclaration des droits de l’homme, dédiée à l’Assemblée nationale le 13 août 1789. 9 VIE D’ANDRÉ-DANIEL LAFFON DE LADEBAT (1746 – 1829) « Je suis né le 30 novembre 1746 de Jacques Alexandre Laffon de Ladebat et d’Anne Boucherie. Mon père et ma mère étaient de la communion protestante ; les persécutions du règne de Louis XIV avaient dispersé presque toutes les familles du culte réformé. Les papiers antérieurs à mon père ont été perdus ou brûlés et je n’ai pu en recueillir aucun. » Ainsi se présente notre personnage dans les premières lignes de son mémorial, ne laissant que peu d’espoir de retrouver sa généalogie. La famille de sa mère, liée aux Luniman, était de Bergerac et celle de son père, liée aux Nairac, de Bordeaux. Les jeunes années de Laffon de Ladebat La vie d’André-Daniel avait donc commencé dans la maison familiale de Bordeaux entre la rue Rousselle et les Fossés de Bourgogne – aujourd’hui Cours Victor Hugo – à deux pas de la porte de Bourgogne ouverte sur la Garonne, et des bureaux et entrepôts de l’armement familial sur le quai des Salinières. Il écrira plus tard dans son « mémorial » : « Nous demeurions dans une immense maison dont le derrière avait une terrasse qui donnait sur le fleuve et où l’on avait en perspective les beaux coteaux de la rive opposée. Le spectacle était magnifique de tous les vaisseaux et les mouvements à chaque marée de toutes les barques qui partaient ou qui arrivaient pour descendre ou remonter le fleuve. » On est là au sein de la bourgeoisie bordelaise protestante, là où la fortune va se construire dans le négoce du vin, la banque, l’armement naval pour les Indes Orientales et Occidentales, et la traite négrière. Fortune néanmoins très récente car la famille Laffon avait dû s’exiler aux Provinces Unies en raison de sa religion à la suite de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 et des persécutions du règne de Louis XIV. 11 C’est le grand-père d’André-Daniel, Daniel Laffon de Ladebat qui après son mariage avec Jeanne Nairac de Bordeaux, était revenu discrètement vivre en France en 1744 ; les mentalités avaient évolué vers beaucoup plus de tolérance et il parvient à créer une petite affaire de négoce et d’exportation de vin avec ses deux frères. L’un de ses fils, JacquesAlexandre Laffon de Ladebat né en 1719, fort des enseignements qu’il avait acquis pendant l’exil et du réseau de correspondants qu’il s’était constitué, homme volontaire, intrépide et à l’esprit d’entreprise, allait donner de plus grands développements aux affaires familiales. Dès 1755 il commence d’investir directement dans l’armement naval en droiture pour l’approvisionnement en vivres des colonies et, à partir de 1764, dans la traite négrière. Pendant la guerre des sept ans puis pendant la guerre d’Amérique, on relève aussi plusieurs armements en course de navires corsaires. Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat associera rapidement ses fils et, notamment l’ainé, André-Daniel, à ses affaires. En 1760 le jeune homme a quatorze ans ; il a commencé ses études avec des précepteurs à Bordeaux, puis on l’envoie parfaire son éducation aux Provinces Unies à l’université de Franeker dans la Frise hollandaise. C’est là qu’il va recevoir la pure doctrine des protestants et suivre un enseignement général ainsi que des cours commerciaux et financiers. Il passe ses jours de vacances chez les Nairac à Amsterdam et sera reçu chez des correspondants de son père à Utrecht et Rotterdam. La découverte du contexte républicain du pays contribuera sans doute à développer ses conceptions politiques libérales. Un stage chez un négociant anglais de Londres, correspondant de la famille, va parfaire sa formation. À son retour son père va le désigner comme son successeur à Bordeaux, alors que son frère, Philippe-Auguste, sera envoyé à Saint-Domingue avec son oncle maternel pour y créer une plantation sucrière. Un grand portrait au pastel (Voir image en première page de couverture) nous montre le jeune André-Daniel à cette époque : visage ovale percé de grands yeux bleu foncé surlignés de sourcils bruns. Le teint est clair, les traits sont réguliers avec un nez droit et fin et des lèvres bien dessinées. Il porte alors une perruque grise avec la cadenette à la mode du moment. Les affaires Laffon-Ladebat Rapidement André-Daniel va manifester des réticences à l’égard du développement des activités négrières qu’il va laisser conduire par son père en France et par son oncle et son frère à Saint-Domingue. Aussi va-t-on le voir plutôt diversifier les affaires familiales ; outre le négoce du vin et l’armement naval, il va investir des capitaux dans l’assainissement, le 12 défrichement et la mise en cultures des Landes. Mettant à profit un arrêté du Conseil du Roi du 16 avril 1761 instituant un dispositif d’appropriation des terres libres du royaume en vue d’encourager leur défrichement et leur mise en culture pour éviter la « disette du grain » la famille se porte acquéreur en 1769 de plusieurs centaines d’hectares de landes à l’ouest de Bordeaux, à cheval sur les paroisses de Pessac et de Mérignac. La propriété sera progressivement étendue par des achats successifs de terres contigües formant le domaine de Bellevue. Dès 1770 on voit ainsi commencer l’exploitation de la première « ferme expérimentale de la généralité de Bordeaux ». La ferme comprend une maison de maître, des bâtiments d’exploitation, des moulins à eau et à vent, des réservoirs à poissons et des magnaneries. Outre les cultures céréalières et la production de farines, on y voit des vignes, et des bois de pins. La ferme élevait aussi des vers à soie nourris avec ses mûriers et formait des valets de ferme dont les meilleurs étaient récompensés par l’attribution de lopins de terre. Ladebat va consacrer une grande part de son temps à cette exploitation agricole et s’y installer en 1777 après son mariage avec Julie de Bacalan d’une famille noble du Périgord. Leur fils, Émile observera que son père « s’y consacra tout entier et le fit défricher et planter ; ce domaine fut constamment l’objet de sa prédilection et, pendant quelques années, il y a joui de tout le bonheur qu’il lui a été donné de goûter sur la terre. » Toutes ces activités économiques avaient valu l’anoblissement de la famille, bien que protestante, en 1773 par le roi Louis XV, avec des armoiries symbolisant ses domaines de réussite dans l’agriculture et l’armement naval : « D’azur à une fontaine d’argent jaillissante surmontée d’un soleil d’or et accompagnée de deux ancres aussi d’argent », et frappées d’une devise : « Soyez utile ». Les affaires vont continuer de prospérer encore un temps avec le développement du négoce maritime vers les Indes et la Chine à la suite de la suppression du privilège de la Compagnie des Indes. Dès 1769 AndréDaniel avait publié et lu à la Chambre de commerce de Bordeaux un « Mémoire sur la liberté du commerce de l’Inde » qui sera publié dans les Éphémérides de Dupont de Nemours. Avec son père il va alors prendre l’initiative, associé à un petit groupe d’armateurs bordelais, de réclamer au ministre de la Marine la liberté d’armer et de désarmer en dehors de Lorient, les navires allant aux Indes ou en revenant. Sans attendre d’autorisation et pour tirer profit dès 1776 de l’ouverture totale des routes maritimes vers l’Asie, il fait armer un vaisseau, le Sartine, pour une expédition marchande vers les Indes et la Chine. 13 Suite de désastres financiers Le Sartine quitte Bordeaux en septembre 1776. Un aventurier qui se fait appeler Chevalier de Saint-Lubin – de son vrai nom Pallebot – a été embarqué à bord, sous couvert d’un faux ordre de mission du ministre de la Marine, pour une prétendue mission diplomatique secrète aux Indes. Faux noble mais vrai « chevalier d’industrie », ce personnage va détourner à son profit la plus grande partie de la cargaison, et l’expédition tourne rapidement au désastre financier. Pour couronner le tout le vaisseau est réquisitionné et armé en guerre sur place pour les batailles navales qu’on livre alors contre les Anglais au large de Pondichéry. Pour la petite histoire ce serait ce Sartine qui, revenant en France fort mal en point avec Paul Barras à son bord, se serait échoué, selon la galéjade, en bouchant le port de Marseille, l’accent local ayant transformé Sartine en sardine. Curieusement le blason de la famille Sartine porte : « d’or, à une bande d’azur chargée de trois sardines d’argent »… C’est André-Daniel qui va se rendre à Versailles faire le siège du ministre de la Marine pour demander réparation en produisant un volumineux mémoire justificatif en 1781 et un second en 1790. Bien que le prétendu Chevalier de Saint-Lubin ait été emprisonné à la Bastille et ses méfaits reconnus, et malgré des jugements qui sont favorables à l’armateur, il n’obtient que des remboursements très partiels et les finances révolutionnaires puis impériales seront peu enclines par la suite à régler les dettes royales. La perte est lourde mais les actifs de la maison Laffon de Ladebat dépassaient encore les trois millions de livres en 1780, constitués notamment à Saint-Domingue d’une « habitation » au camp de Louise et d’une maison de commerce à Cap Français, de vignes et de chais et d’une « maison noble » avec sa ferme à Pessac, d’une maison d’habitation, de bureaux et d’entrepôts à Bordeaux, de créances diverses et bien sûr de plusieurs navires avec leurs cargaisons. En 1781 pendant la guerre d’Indépendance des États-Unis les Laffon de Ladebat se lancent, en association avec les Gradis et les Beaumarchais, dans des expéditions d’armes aux insurgents américains. Quelques-unes vont réussir mais le bilan est finalement désastreux après la perte successive de quatre navires. Après le désastre du Sartine, et la perte de ces quatre bâtiments, le mauvais sort s’abat à nouveau sur la famille : le 22 août 1791 dès le début de la révolte des esclaves de Saint-Domingue, c’est la propriété des Laffon de Ladebat au nord-ouest du Cap Français, gérée par le frère d’AndréDaniel, Philippe-Auguste, qui est pillée et détruite : maison de maître et 14 sucrerie avec son moulin, ses chaudières, étuves, tonnelleries et forges, et ses quatre cents hectares de canne à sucre partent en fumée. Cette branche de la famille se réfugie d’abord à la Jamaïque, puis à Baltimore et s’installe finalement à la Nouvelle-Orléans où l’on retrouve le fils ainé, Charles, colonel dans la French Brigade, côté Sudistes, pendant la guerre de Sécession. Pour couronner le tout c’est enfin la ferme expérimentale de Pessac qui va devoir cesser pratiquement toutes ses activités à la suite de pillages révolutionnaires et de la suppression des Académies d’agriculture par la Convention. À la mort de Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat en 1797, le domaine sera repris par le plus jeune frère d’André-Daniel qui la géra pendant l’Empire et la Restauration et le vendit en 1823 à l’« Association de la ferme expérimentale du duc de Bordeaux ». Après plusieurs démantèlements de la propriété, la plupart des bâtiments de la ferme furent démolis en 1970. On peut voir encore aujourd’hui, restauré récemment par la commune de Pessac, le seul édifice subsistant : un moulin à eau dénommé le « Moulin de Noès ». Engagements culturels et intellectuels Pendant toute cette période, André-Daniel va non seulement s’occuper ainsi des affaires familiales avec son père, mais aussi prendre une part active dans les mouvements intellectuels et artistiques des sociétés savantes de Bordeaux, et, bientôt s’engager dans la politique à l’occasion de la réunion annoncée des États Généraux à Versailles. En 1776 il entre à l’Académie royale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux avec un discours de réception sur : « L’amour du bien public ». Cette académie entretenait des correspondances et des échanges avec ses consœurs aussi bien en France qu’à l’étranger. Elle proposait au concours des sujets susceptibles de faire progresser la science, la médecine, les sciences naturelles et l’agriculture. Les travaux soumis étaient examinés en séance publique et valaient aux lauréats l’attribution de prix substantiels. Parmi les nombreux sujets traités on trouve de nombreuses communications de Ladebat sur des problèmes sociaux comme, notamment, « L’alimentation des enfants trouvés dans la ville de Bordeaux ». C’est dans le cadre de l’Académie et en séance publique du 26 août 1788 qu’il prononça son célèbre discours sur « La nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies » (Voir dans cet ouvrage). Dans cette communication qui va faire ensuite l’objet de publications et de lectures pour différentes audiences, Ladebat condamne explicitement l’esclavage et la traite négrière. Il expose en substance un système 15 d’émancipation progressive permettant d’éduquer les esclaves et de rémunérer leur travail avant de leur donner une liberté totale qui les rende utiles à la société. Dans ce texte, imprégné de valeurs chrétiennes optimistes présentant l’homme éclairé et éduqué comme la base d’une nation prospère et libertaire, notre homme parvient à ne pas accabler sa propre famille en soulignant la responsabilité de la loi du pays : « L’homme le plus juste peut être entraîné lui-même par le vice de la législation. » En 1779, Ladebat va être appelé pour prendre la direction de l’Académie de peinture, de sculpture et d’architecture civile et navale de Bordeaux qui vient d’être créée. Il va s’investir activement dans le développement de cette institution, notamment pour organiser des enseignements d’architecture navale appliquée à la construction marchande. Dans un discours inaugural il justifie cette création en affirmant que les constructeurs actuels « étaient asservis à d’anciennes méthodes et ignoraient presque tous les rudiments de leurs arts. » Cette académie, gratuite et ouverte à tous, va diffuser des cours et récompenser les meilleurs élèves par des prix remis en séances solennelles. Outre son implication active dans ces deux académies, on va le voir aussi prendre part aux activités du « Musée de Bordeaux » dont il va assurer le secrétariat à partir de 1783. Constitué par des membres progressistes de l’élite bordelaise, ce « musée » affichait déjà à l’époque la devise « Liberté, Égalité » ; il dispensait aussi des enseignements ouverts à tous et attribuait des prix aux lauréats des concours. Les matières enseignées révèlent un éclectisme qui surprendrait aujourd’hui puisqu’elles vont de la littérature aux mathématiques, de l’anatomie à l’optique, en passant par la géographie, la chimie, la physique et la musique. Toutes ses activités, comme celle de correspondant régnicole de l’Académie d’agriculture de Paris au titre de sa ferme expérimentale, permettent à Ladebat d’entretenir un réseau efficace de relations avec le milieu des notables de Bordeaux qui, dès l’annonce de la préparation des États Généraux, vont se préoccuper de se faire entendre et représenter à Versailles. Engagements politiques Le 27 décembre 1788 le Roi avait en effet annoncé la convocation des États Généraux. Quelques jours avant et malgré son appartenance à l’Ordre de la noblesse, Ladebat présente ses « Observations lues à Messieurs les représentants du Tiers-état de la ville de Bordeaux » (Voir dans cet ouvrage) ; ce discours réclame notamment le droit de suffrage pour tout contribuable et réfute la division de la société en trois Ordres. Début 1789 et devant la même audience, il va jusqu’à préconiser une forme de suffrage 16 universel. Voulant se présenter à la députation du Tiers, la Sénéchaussée de Bordeaux la lui refuse en raison de son appartenance à la Noblesse. Ladebat s’incline et rejoint son Ordre. Mais ses positions libérales s’opposant sur bien des points au cahier de doléances de la noblesse de Bordeaux, il va créer avec le Duc de Duras un petit groupe de nobles dissidents. Désigné à l’unanimité comme député aux États Généraux par ce groupe, il se rend à Versailles où il assiste à l’Assemblée des Trois Ordres le 22 juin 1789. Cependant, lors de la vérification des pouvoirs, sa désignation est réfutée par le groupe majoritaire de la noblesse bordelaise et son élection est finalement invalidée. En dépit de cet échec relatif, Ladebat persiste à vouloir faire avancer les idées auxquelles il est attaché ; le 13 août 1789, il adresse à l’Assemblée constituante un projet de déclaration des droits de l’homme parfois qualifié de « modèle de déclaration à la fois libérale et modérée » parmi les vingtsept qui ont été recensées à l’époque (Voir dans cet ouvrage). Après quoi Ladebat rentre à Bordeaux ; il est élu le 6 juillet 1790 membre du Directoire du nouveau département de Gironde où il est chargé de la direction des finances. Un an plus tard, le 24 août 1791, il est élu à l’Assemblée législative. Il observe dans son mémorial : « Je quittai un Département où j’étais entouré d’estime et de confiance. Si je n’avais écouté que ce que me dictait la leçon de la prudence, j’aurai refusé ; mais l’espoir d’être plus utile m’entraînait ou plutôt l’emprise de ma destinée me commandait. » Il s’installe à Paris avec sa famille au N° 142 de la rue Neuve du Luxembourg, rue Cambon aujourd’hui. Noble libéral, Ladebat siège parmi les modérés qu’on désignera comme « Feuillants ». Il remarque : « L’assemblée était divisée en deux parties : l’une qui voulait la révision de la constitution à laquelle on venait de jurer d’être fidèle, l’autre qui voulait maintenir la constitution et la monarchie. Ma position devint extrêmement difficile et je fus l’objet de la haine la plus violente. J’avais à la fois à combattre le parti monarchique et ma députation, la plus haineuse, qui comprenait Vergniaud, Geraudet et Gensonné et dont l’influence était prouvée. » Il est cependant élu président du Comité des finances à raison de ses compétences financières et le restera pendant toute la législature. Ses principales interventions et rapports concernent le budget de l’État et les finances publiques. Il va notamment s’opposer vigoureusement à Cambon sur un projet de liquidation de la dette publique. Bien que demeurant fidèle au Roi on le voit, fin novembre 1791, prendre clairement parti dans un projet de décret contre les émigrés et instaurant des sanctions contre ceux d’entre eux qui avaient abandonné des fonctions publiques. 17
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