Une heureuse enfance - Page 1 - 3 LOUIS SANSON Une heureuse enfance Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2010 4 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 41 62 14 42 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-5438-6 Dépôt légal : Août 2010 © Loui Sanson L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 5 À mes enfants Dominique, Bruno, Sabine et Frédéric. À mes petits-fils Matthieu et Marc- Alexis. 6 PROLOGUE Je suis persuadé qu’un titre aussi optimiste attirera l’attention de très peu de personnes, le sujet lui-même allant à l’encontre aujourd‘hui de ce qui s’écrit, se dit, s’entend sinon s’écoute, se voit sinon se regarde. Pourquoi raconter une tranche de vie si celle-ci ne regorge pas de coups et de blessures moraux ou physiques, d’insultes caractérisées, de déviances certaines. En un mot, si le prosateur n’étale pas au fil des pages les turpitudes dont il aura été la victime, ou bien et cela plait beaucoup, l’auteur. Le monde est rempli de personnages en besoin de confession mais parfois, ce qui est plus rare, de repentance. Ici l’enfant maltraité ou mal compris, là le père ou le beau-père, la mère ou la belle-mère en mal de reconnaissance, ne supportant pas la situation créée par leur volonté ou leur passivité sinon leur lâcheté. Tous se doivent d’étaler sur la place publique, plus particulièrement sur les présentoirs des librairies ou en utilisant les écrans de la télévision, leurs difficultés à ETRE, souvent leur manque d’AVOIR. Pour moi, fils unique au demeurant, rien de tout çà. J’ai vécu heureux les premières années de ma vie et dans leur ensemble les suivantes aussi. Si à l’occasion, tout n’a pas marché comme je l’espérais, si parfois du sable a grippé le bon fonctionnement de la « machine », je ne m’en suis pris qu’à moi-même sans chercher à trouver la moindre faute chez d’autres, grands ou petits, jeunes ou vieux, hommes 7 ou femmes, parents ou non. A partir de là, quelle idée de vouloir coucher sur le papier donc d’écrire « son » histoire, si histoire, dans la perception actuelle de ce mot, il n’y a pas ? Je vais le faire quand même, ne serait-ce que pour rendre un peu à mes parents et à tous ceux qui ont accompagné la première partie de ma vie, à toutes ces personnes qui sans intérêt aucun pour elles- mêmes, mais avec leur disponibilité et leur gentillesse, ont su me préserver « une heureuse enfance ». Et transmettre si possible aux générations familiales, ou non, actuelles et peut être à venir, les traces d’un passé pour certains peu connu sinon oublié, pour d’autres, avec le temps, inconcevable. « En ces temps-là » les instituteurs tout comme les professeurs enseignaient, instruisaient même, puisqu’ils appartenaient à l’instruction publique. Les parents se réservaient la mission éducative. Foin de cellules « d’accompagnement », de « psys » de toute nature, de pédopsychiatres notamment, puisque Françoise Dolto n’était pas encore passée par là. Les gens arrivaient à assumer, c'est-à-dire à prendre sur eux. Ils ne se posaient guère de questions, par manque de temps peut être et ils se débrouillaient sans pour autant livrer à la rue des monstres dénués de tant de choses faute d’ encadrement extérieur considéré aujourd’hui, comme indispensable. Je viens d’écrire « en ces temps-là » sans précision aucune. Il s’agit me concernant donc, de la période s’étalant de 1929, année de ma naissance, 8 jusqu’au milieu de la dernière guerre mondiale, 1943, moment ou j’ai basculé de l’enfance à l’adolescence. Je ne peux m’empêcher de penser sans sortir totalement du sujet de cet écrit, au cours duquel ils apparaîtront épisodiquement - certains je les ai personnellement côtoyés - à tous ces nombreux réfugiés, Sarrois, Espagnols, Français du Nord et de l’Est, « Parisiens »,,,, démobilisés, prisonniers, déportés. Certains retrouveront leur pays, une grande partie de ceux-ci aura recouvré la liberté mais la majorité ne devra compter que sur peu de personnes sinon sur la seule famille, dans la mesure ou elle existait encore, et, à défaut sur de bien modestes comités d’accueil ou d‘aide. Ils ont pour la plupart repris leurs activités antérieures sans amertume et surtout sans désir de monnayer sous une forme ou autre la période de plusieurs années « de danger et de misère » ayant mis leur trajectoire d’êtres humains entre parenthèses. En plaçant au dessus de tout cela, ces parents, ces épouses, ces enfants, qui trop souvent ont attendu vainement pendant de longs mois, des années aussi, le retour d’êtres chers hélas définitivement disparus. Qui était là pour les consoler, pour les assister ? Tous ou presque en leur temps, ont assumé. Ils ont su rapidement, pour faire face - expression à la mode - retenir la moitié du verre plein et non, comme maintenant le plus souvent, ne considérer que la moitié vide du contenant. Ils ont laissé aux générations suivantes, pas immédiates en général, sans surement l’avoir souhaité, la tentation de revenir sur ce passé. Devoirs de mémoire dit-on ou écrit-on. Souvent leurs auteurs ne sont guidés que par le lucre, bien peu prenant en charge la peine et la souffrance de leurs aînés. Quant ils ne substituent pas 9 leurs ressentiments ou leurs amertumes, aux sentiments de ces derniers, les ayant peu ou pas connus. Après une telle digression que j‘estime nécessaire pour avoir été marqué par cette période de mon enfance que nous, les anciens, ne voudrions pas voir ressurgir, je vais en venir au sujet lui-même. A mon sujet : « une heureuse enfance ». 10 MES PARENTS J’ai vu le jour le 6 mars 1929, à Bagnères- de-Luchon, Luchon plus simplement - station de tourisme été comme hiver et ville thermale (le Petit Larousse) - premier et seul enfant de parents relativement âgés à l’époque, ceux-ci ayant respectivement trente six et trente cinq ans. Ils s’étaient mariés près de six ans plus tôt, le 16 juin 1923. Ayant trois prénoms, Louis, Joseph, Jean je me surnommais Lili dés mes premières phrases prononcées parait-il, ce qui convenait à la famille, puisque deux cousins germains portant aussi le prénom Louis s’étaient vu attribués comme diminutifs Petit-Louis et Loulou. Mon père avait des activités saisonnières en ce sens qu’il travaillait durant la période estivale au casino municipal local et en hiver à la station de ski de Superbagnères. Entre ces deux saisons plus ou moins longues, puisque tributaires de la fréquentation touristique et thermale comme de la climatologie, il s’adonnait à deux disciplines très prisées dans ce coin des Pyrénées, la pêche à la truite au printemps et la chasse en montagne en automne. Ma mère, institutrice, obtenait trois ans avant ma naissance le poste qu’elle souhaitait, parait-il, depuis sa sortie de l’Ecole Normale de Toulouse qui devait lui permettre d’enseigner en école maternelle à….Luchon ! En attendant cette affectation de choix, elle avait connu différentes classes « unique et mixte », selon la formule qui leur était réservée, dans quelques villages de ce canton de montagne. C’est 11 sans doute cette mobilité forcée qui pouvait empêcher mes parents de me concevoir plus tôt ! Mariage de mes parents le 16 juin 1923. Mon émergence en ce monde n’avait guère posé la moindre difficulté, puisque m’ayant remis entre les mains de ma mère et de ma grand-mère maternelle, la sage-femme, madame Bielsa, allait faire naître moins d’une heure après, sans traverser l’avenue (de la Gare) à quelques mètres de chez nous - dans la maison voisine pour plus de précision - un autre bébé, Jean Jouannès, un jumeau en somme. J’en reviens à mes parents, après cette parenthèse. Prénommé Louis - comme son propre père et son grand-père - mais appelé durant toute sa longue vie (il est mort nonagénaire) Matthieu son deuxième prénom, mon père naissait le 11 mai 1893, au sein d’une vieille famille Luchonnaise. Troisième de six enfants - Jeanne, Gaston, Louis, Matthieu (mon père), Jean, Marie et Charles. - il a vécu toute sa jeunesse au 12 milieu de nombreux chevaux de louage et de divers véhicules hippomobiles, avec tout ce que le bon fonctionnement d’une telle activité pouvait demander à l’époque comme personnels spécialisés. Je me souviens encore avoir vu mangeant à la table familiale, une dizaine de « guides », de cochers et de garçons d’écurie. Aux dires de mes grands-parents et aussi de ses trois frères et deux sœurs, mon père a été jusqu’à l’adolescence, le plus téméraire et le plus polisson de la fratrie. Il ne reculait devant rien, sans peur…s, mais non sans reproche…s. Lors de la vente de la maison familiale, en 1975, était resté suspendu à un clou au niveau du porche des écuries, un fouet équipé d’une longue et solide cordelette. Cet objet, réservé à ma grand-mère, était utilisé chaque fois que l’un de ses enfants avait fait une bêtise. Les présents, coupables ou non, se tenaient de dos, au niveau de l’entrée et leur mère fouettait énergiquement les arrière-trains présentés. Jusqu’à leur disparition, frères et sœurs ne cessaient de me confier ou de me confirmer que le plus souvent mon père était à l’origine de la correction collective. Je sentais chez lui, lorsqu’il était là au moment de telles évocations, un certain contentement, d’autant que ces rappels d’un passé assez tumultueux,
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