Kyrie eleison, L'enfant esclave Tome 3 - Page 1 - test Martine MAFFLY Kyrie Eleison (Seigneur prends pitié) Livre I : L’enfant esclave Tome 3 Éditions APARIS EDILIVRE Collection Éditeur Indépendant 75008 Paris – 2008 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Edilivre Aparis Éditeur Indépendant – 2008 ISBN : 978-2-35335-160-2 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. KYRIE ELEISON : DU GREC ‘Kurie eleeson’ ANTIENNE TYPIQUE DE LA LITURGIE ORTHODOXE signifiant ‘SEIGNEUR, PRENDS PITIE ‘SEIGNEUR AIE PITIE’ Du même auteur aux éditions APARIS collection Editeur Indépendant: Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 1 Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 2 Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 4 A paraître : Kyrie Eleison, L’Ange noir Chapitre seize « Le plus libre de tous les hommes est celui qui peut être libre dans l’esclavage même » (Fénelon) JOURNAL DE MIKHAÏL Vingt-deux juin : Hier soir, fête de l’été et tout le monde s’est retrouvé sur la petite place du village. Les musiciens ont joué, on a tous chanté, dansé, même Luva la sœur d’Aliocha a accepté de danser avec moi… sous le regard attentif de son tendre papa… de toute façon, je me suis tenu tranquille, le père Louka et maître Nagashi étaient là aussi et ils me foudroyaient du regard si je serrais une fille de trop près ou si je buvais trop (selon eux)… mon maître m’a fait lire des tas de trucs sur la pureté et la droiture du samouraï et le père Louka me traîne en confession dès qu’il me trouve un air bizarre. J’ai fini par inventer trois ou quatre gros péchés qui l’ont fait bondir de son banc comme s’il avait été piqué par une guêpe… j’ai éclaté de rire et il a compris que je me moquais de lui. 11 Je suis tranquille depuis plusieurs mois. L’été est là, ils pourraient bien rappliquer. Qu’est ce qu’ils me réservent cette fois-ci ? Aliocha et moi sommes devenus de bons amis. C’est un gars simple, direct, qui aime rigoler et qui frétille de bonheur au milieu de nos chevaux. Il adore sa sœur et il me parle parfois de sa mère qui leur manque beaucoup. Ils formaient une famille unie et très heureuse et ils ont vraiment senti qu’ils devaient changer de vie pour se reconstruire. Il m’a demandé si ma mère me manquait. Je lui ai répondu qu’elle m’avait terriblement manqué lorsque j’étais petit, mais que maintenant, ce serait plutôt mon père que je voudrais voir… bien sûr, cette amitié naissante m’a amené à lui faire quelques confidences sur ce que je sais de mes origines, mon enlèvement etc… c’est tellement bon d’avoir quelqu’un de mon âge à qui parler… les gars de l’écurie sont gentils, mais bon… ils sont un peu limités, ignares, pour eux je suis l’esclave du domaine et c’est tout. Lui, il me rappelle un peu Kolia, le côté aristo en moins… Je pense qu’il doit répéter mes confidences à son père et à sa sœur… tant pis. Je prends le risque. De toute façon, Fedorov ne va pas manquer de débarquer bientôt, il a dû me concocter quelques nouvelles saloperies pour me briser un peu plus. Le docteur va bien finir par le rencontrer. Ptit Loup semble prêt pour le pensionnat. Hier, je l’ai entendu dire « maman » à la comtesse. Qui a semblé trouver cela normal. Ce n’est sans doute pas la première fois. Je crois qu’elle aime maintenant Ptit Loup comme s’il était son enfant. Comme il a changé mon petit bâtard en quelques mois ! Oh il ressort toujours des conneries et il est toujours aussi émotif, mais il semble vraiment 12 heureux… et ce bonheur est plus le fait de la comtesse que de son cher père qui pourtant semble enfin accepter l’idée que son rejeton ne deviendra pas un chasseur sanguinaire ou un féroce guerrier. C’est qu’il prend mon avis le comte… et qu’il semble en tenir compte… pour m’aboyer dessus quelques minutes plus tard parce que telle ou telle corvée n’est pas terminée. J’ai vu que plusieurs fois, Aliocha a été choqué de la façon dont j’étais traité. Je suis le premier esclave qu’il fréquente… Dois-je préciser qu’il est en train de remettre totalement en cause les inepties sur l’esclavage qu’on lui a inculquées à l’école ? Vingt-trois juin De nouveaux bruits courent sur une bande de rôdeurs. Rien de précis. Le comte a eu la lumineuse idée d’envoyer Arkad aux nouvelles avant-hier… on a appris ce matin qu’il éclusait sa bibine depuis deux jours dans le boui-boui de sa distinguée « fiancée »… Il avait complètement oublié pourquoi le comte l’avait envoyé au dehors ! J’ai suggéré au comte que je pourrais aller aux nouvelles, moi. Il m’a rétorqué qu’il ne tenait pas à ce que j’aille démolir un autre village et qu’Arkad, tout idiot qu’il est, est beaucoup moins dangereux que moi, avec ma petite tête d’ange démolisseur… J’ai fait un rêve marrant cette nuit et je me suis réveillé en rigolant : je déclamais des poèmes, en pleine nature et je composais des odes à la « terre nourricière » d’un air inspiré ! Tout à fait mon genre ! Aliocha devient curieux au sujet de mes entraînements. Pas facile d’éluder la question ! Il voudrait venir, savoir ce que je fais… Seigneur, s’il nous voyait, mon maître et moi ! Je crois qu’il aurait le choc de sa vie ! J’ai croisé un 13 peu le fer avec lui pour m’amuser… il est aussi doué que Ptit Loup ! Par contre, il sait s’y prendre avec les chevaux ! J’ai pensé à Otaï et à toute l’équipe aujourd’hui… essayé d’imaginer ce que je ferais si j’étais avec eux… je n’aurais plus à m’inquiéter de ce maudit anneau… je serais libre de mes mouvements… je pourrais choisir la fille qui me plairait et surtout je ne tremblerais pas, comme je le fais en ce moment, en pensant à Fedorov et à ces terribles étés que je traverse… Ai-je bien fait de rester ? Est-ce que je cours après des chimères ? Ai-je raison d’espérer retrouver ma famille un jour ? Je me cramponne désespérément à la parole que m’a donnée le père Kirill avant de mourir. Et si ce n’était qu’un leurre ? Si Fedorov avait raison, s’ils m’avaient oublié ? Si je ne représentais rien pour eux ? J’y ai cru tellement fort, j’ai déjà tant espéré… serait-ce pour rien ? Il me faut appendre à lutter contre ce désespoir qui vient lentement me ronger. Jusqu’à maintenant, j’ai su donner le change, Mais les années passent et il ne m’arrive rien de bon. Je suis devenu un parfait tueur. J’ai appris tout ce que l’ordre voulait que j’apprenne. Ne suis que leur marionnette ? Ont-ils gagné leur pari sans que j’en sois conscient ? Seigneur ! Au secours ! Fin du journal LETTRE D’IVAN A SON FRERE MIKHAÏL 14 Le 22 juin Mon cher frère ! Si tu lis cette lettre, c’est que nous nous serons retrouvés car je ne puis te l’envoyer puisque j’ignore où tu es… je vais l’emmener avec moi et je te la donnerai pour que tu la lises… Mon frère, cela fait deux mois que je sais que tu es vivant. Dois-je te préciser que ma vie a complètement changé depuis ce jour… extérieurement je reste le même et je donne le change… intérieurement je passe par une multitude de sentiments qui vont de l’espoir le plus fou au plus sombre désespoir. Seule la musique m’aide à extérioriser tout ce qui me traverse… la musique et la poésie… Je n’ai qu’une hâte : partir vers l’est afin de te retrouver. Seulement, nous ne savons ni où aller, ni comment te rechercher. Mon frère, j’ai compris que tu m’envoyais des signaux et que tu communiquais avec nous au travers de ces étranges cauchemars qui me terrassent. Mais, est-ce que moi, je t’envoie des signaux ? Ou bien ma vie est-elle trop douce, trop paisible pour que tu captes quelque chose de moi ? Ces rêves, ces appels que tu envoies, nous les espérons et les redoutons à la fois. Ils nous signifient que tu es vivant, mais ils nous disent aussi que tu souffres et cette souffrance doit être terrible pour traverser ainsi l’espace jusqu’à nous… J’en ai le cœur déchiré, quant à papa, il n’est plus le même depuis notre rencontre avec Golotsyne, je crois qu’il se torture en imaginant ce que tu as traversé avec cet homme… il se répète chacune des paroles que le 15 duc a prononcées, essayant d’imaginer ta vie… comment fait-il pour que maman ne se doute de rien ? Je t’écris depuis la Pologne, pays de maman ; Nous avons donné notre premier concert hier soir, pour la SaintJean devant un digne parterre de nobles polonais et dignités diverses… sur la grande place devant la cathédrale. J’ai cru me liquéfier avant mon solo… puis lorsque mon tour est venu, je n’ai plus rien vu, plus rien pensé et j’ai laissé la musique couler… un vrai moment de grâce pour moi… j’avais le sentiment de communiquer un peu de beauté et de profondeur à tous ces gens assis face à moi. Maman en a été toute retournée. Elle n’a pas fini, il y a encore dix concerts de prévus dans toute la Pologne. Je vais voyager avec l’orchestre et je rejoindrai les parents chez grand-mère après la tournée. Après l’été, je resterai au domaine. J’ai renoncé à faire carrière en Russie pour l’instant. Papa craint que je ne rencontre d’autres Golotsyne et consorts. Par contre, nous épluchons les journaux, nous tenant à l’affût de tout ce qui pourrait concerner l’Ordre Noir, dans tous les domaines. Papa m’a fait lire leurs thèses raciales en faveur de l’esclavage. J’y ai gagné en connaissance et perdu en insouciance. Tante Vika vit avec nous pour l’instant. La réaction qu’elle a eue lorsque nous lui avons parlé de toi nous a fourni un aperçu de ce que sera la réaction de maman quand elle saura. J’ai suggéré à papa de prévoir déjà une grosse réserve de sels de réanimation. En attendant, tante Vika a lancé son artillerie lourde pour aller aux renseignements… elle connaît à peu près tout le monde, enfin tous les gens intéressants. Je la soupçonne d’avoir joué quelque peu les espionnes pour 16
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