Virus Dieu Le Rapport Ponce Pilate Tome 1 - Page 2 - test Anna K. Dick Virus Dieu : Le rapport Ponce Pilate Tome I Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-304-0 Dépôt légal : août 2009 © Édilivre Éditions APARIS, 2009 Du même auteur aux éditions Edilivre : Virus Dieu, le rapport Ponce Pilate Tome 2 Virus Dieu, le rapport Ponce Pilate Tome 3 Sommaire 1 – Ni Dieu, Ni Maître… Seulement Deus. ............................................................................. 2 – M…........................................................................................... 3 – Nativité. .................................................................................... 4 – ΙΧΘΥΣ. ..................................................................................... 5 – Réminiscence............................................................................ 6 – 5. 4. 3. 2. 1. ............................................................................... 7 – Égypte 1829. Grande Pyramide de Kheops. ......................................................... 8 – Tentation. .................................................................................. 9 – Déesse....................................................................................... 10 – Cana. ....................................................................................... 11 – Acte notarié............................................................................. 12 – France 1970. Colombey-les-Deux-Églises. .......................................................... 13 – Démoniaque............................................................................ 11 13 25 39 55 71 85 91 107 123 137 155 163 9 14 – Plagiat. .................................................................................... 15 – Guérison. ................................................................................. 16 – Triunique................................................................................. 17 – États-Unis 1789. New York. ................................................... 18 – Transfiguration........................................................................ 19 – Géhenne. ................................................................................. 179 199 213 231 235 253 10 2 M… Camille pénétra dans l’église. Son doux regard vert fut immédiatement attiré par le bénitier. Dessous, un diable rouge hideux aux yeux bleus exorbités criait sa haine en guise d’accueil. À l’extérieur, la locution latine inscrite sur la façade l’avait laissée un instant songeuse. Terribilis est locus iste. Presque inconsciemment, elle avait remonté le col de son chemisier blanc comme pour se protéger de cette mise en garde. À présent, au cœur de ce lieu de terreur, une vague appréhension l’envahit comme si ce qu’elle allait y découvrir risquait de la foudroyer sur place. Un léger vertige brouilla sa vision et elle eut la certitude soudaine que son existence allait basculer dans un gouffre sans fond. Elle secoua sa longue crinière brune pour chasser cette idée saugrenue de son esprit. Elle plissa ses paupières sobrement fardées, tira un peu sur sa jupe courte et se signa d’un mouvement de la main. Passant à côté de trois touristes silencieux et contemplatifs, elle avança d’une démarche féline sur le carrelage noir et blanc en damier. Tel le son d’un glas, l’écho de ses chaussures à talon court résonna dans la nef. Elle finit par s’y immobiliser, balayant d’un rapide mouvement de la tête cet environnement captivant. Perdue dans le sud de la France, la petite église Sainte-Marie-Madeleine de Rennes-le-Château méritait amplement sa réputation sulfureuse de sanctuaire hors norme ; les statues des saints exposées au-devant des vitraux lumineux en étaient les exemples flagrants : ayant un chien un peu dément à ses pieds, la statue de saint Roch exhibait une cuisse portant une plaie visible, comme si le chien venait de lui mordre goulûment la jambe. Saint Antoine l’Ermite était lui aussi accompagné d’un curieux cochon : si 13 l’attribut canonique de ce saint était effectivement cet animal, celui-ci était cependant affublé de crocs menaçants. Ces singuliers détails n’étaient qu’une infime partie des étrangetés que l’on pouvait observer à l’intérieur de cet édifice religieux comme les quatorze gravures du chemin de croix du Christ qui occultaient totalement la résurrection du Fils de Dieu. L’hérétique qui avait commandé et ordonné tous ces ouvrages était l’abbé Saunière. Vers la fin du XIXe siècle, on prêtait à ce curé sans sou d’avoir trouvé un immense trésor, d’une valeur telle qu’il n’avait pu le dépenser entièrement et ce malgré les millions de francs investis pour restaurer son église. Il avait fait aussi réaliser des terrassements et des constructions pharaoniques dans le modeste village abritant sa paroisse, des travaux onéreux pour l’époque, des sommes qui auraient pu permettre en ces temps-là l’édification de milliers d’églises à travers tout le pays. On prétendait également que les œuvres de Saunière dissimulaient des messages cachés, selon un puzzle complexe devant mener au fabuleux trésor que le curé de Rennes-le-Château avait dissimulé. À l’intérieur de l’église Sainte-Marie-Madeleine, les trois touristes étaient justement en train de considérer ce jeu de piste. À côté du diablebénitier, le confessionnal possédait une sculpture particulière : agenouillé près d’un mouton, un berger s’inquiétait de la patte de l’ovin, comme cassée et menaçant de se détacher. Au-dessus du confessionnal, une fresque en relief de grande dimension mettait en scène Jésus sur un monticule jonché de dix-sept roses, entouré d’hommes glabres et de jeunes femmes aux visages noyés d’amour. Au bas du monticule, un mystérieux sac percé laissait apparaître un indéfinissable contenu couleur or. Camille ne s’intéressa pas à l’ésotérisme des symboles qui l’entouraient. Son objectif était déjà là. Elle avait reconnu sa large silhouette : la description succincte qu’on lui avait faite de Thomas Anderson était exacte. Assis sur un des bancs en bois de la rangée de droite, ce solide quadragénaire au crâne rasé observait attentivement la station n°14 du chemin de croix du Christ où l’on voyait, éclairé par une pleine lune, le corps de Jésus porté vers son tombeau. Camille avança doucement et prit place derrière l’homme vêtu d’un polo blanc. Un instant plus tard, les trois touristes quittèrent l’église et Camille se retrouva seule avec sa cible. Comment devait-elle l’aborder ? Devait-elle entamer la conversation ici ou bien attendre qu’il sorte ? Pour ferrer ce poisson, était-il préférable de 14 jouer le charme ou l’indifférence ? Il fallait absolument qu’il croie que cette rencontre était fortuite et non pas manigancée. Camille s’interrogeait sur ce qu’elle allait faire lorsque Thomas Anderson, d’un mouvement lent, se retourna. Surmonté de sourcils clairs, son regard bleu acier scruta un instant la nef avant de se poser sur Camille. Le cœur de celle-ci se mit à battre très rapidement, ses mains devinrent moites et elle se sentit emporter par les flots d’un océan flamboyant. Comme s’il connaissait la véritable raison de la présence de la jeune femme, Thomas eut un sourire imperceptible. Camille n’y fit pas attention, envoûtée par le visage à la mâchoire carrée sillonné de fines rides. Pour Camille, ces stries ne représentaient pas les marques du temps mais plutôt celles de la sagesse. Elle s’imagina blottie contre lui, sur sa poitrine puissante et protectrice, lui susurrant son amour à ses délicates oreilles symétriquement parfaites, lui mordillant son nez droit et noble. Ses vingt-neuf années d’existence ne l’avaient-elles pas préparée à rencontrer enfin l’amour ? À cette pensée, Camille rougit légèrement. Pour cacher son émoi, elle détourna la tête et se mit à considérer la statue de sainte Germaine. Thomas Anderson suivit son regard. – Cette statue représente la première lettre du mot Graal, murmura-t-il de sa voix envoûtante et grave, à la légère consonance suisse-allemande. Passant une main nonchalante sur son épaisse chevelure brune, Camille fronça son petit nez. – Le Graal ? souffla-t-elle avec peine. – Oui, affirma Thomas à mi-voix. Si on prend la première lettre de chaque statue, le mot GRAAL apparaît. Sainte Germaine représente le G. Derrière vous, la statue de saint Roch le R. Puis saint Antoine l’Ermite pour le A. Ensuite, saint Antoine de Padoue pour de nouveau le A… Posant son bras musclé sur le dossier du banc, Thomas Anderson pencha son buste vers Camille. Comme s’il était à confesse, il prit un ton confidentiel et chuchota : – Saint Antoine de Padoue est le symbole des objets perdus et retrouvés… et en face de lui, au-dessus de la chaire, vous avez saint Luc pour le L du GRAAL. Si on trace un trait entre chaque statue et en suivant l’ordre du mot GRAAL, on obtient un M. D’un mouvement du doigt, Thomas dessina un M imaginaire. – Ces statues forment un M autour de la statue de Marie-Madeleine. Encore et toujours des M… 15 Camille tourna la tête vers la statue de celle qui, selon la Bible, était possédée par des démons et qui avait eu le privilège d’être guérie par le Christ en personne. – Marie-Madeleine est donc le Graal ? demanda-t-elle. – Non. Comme les autres statues, elle symbolise uniquement la première lettre de son nom : le M. L’abbé Saunière a voulu mettre en valeur ce M. D’ailleurs, Saunière en avait également fait broder un sur son habit de prêtre. Un M sur une croix en forme de T. – Alors, Marie-Madeleine n’incarne pas la quête du Graal ? – Non, je suis formel là-dessus. Le Graal n’est ni une coupe ni un vase ayant contenu le sang du Christ, ni même une quête pour dissimuler un mariage secret avec Marie-Madeleine ou un enfant caché de Jésus. Le Graal n’est rien de tout ça. En fait, le Graal est le rapport Pilate. – Le rapport Pilate ? Thomas sourit et murmura : – L’endroit ne se prête pas trop à la conversation… voulez-vous continuer dehors ? Camille accepta la proposition. Dans un parfait ensemble, ils se levèrent simultanément. De son mètre soixante-cinq, la svelte silhouette de Camille fut étourdie par la vertigineuse carrure de Thomas. Son pouls se mit à battre de nouveau très vite, faisant naître une pointe douloureuse dans son cœur écorché. Les yeux émeraude de Camille voguèrent sur ceux océan de Thomas. Telle une folle farandole, elle eut l’impression que tout tournait autour d’elle. Portant chacun dans leurs bras un enfant Jésus identique, se faisant face de part et d’autre de l’autel, la statue de la Vierge Marie au manteau bleu constellé d’étoiles et celle de Joseph éclatant d’or semblèrent suivre du coin de l’œil le départ des deux visiteurs. Silencieusement, ces derniers sortirent de l’église. À l’extérieur, sous le chant des cigales, le soleil de juin surchauffait l’atmosphère du modeste village perdu au pied des Pyrénées. À l’heure du déjeuner, les sobres rues de Rennes-le-Château étaient quasiment désertes. Marchant côte à côte, Camille et Thomas longèrent une ruelle avant de tourner sur leur droite. Ils passèrent à la hauteur de la villa Béthanie, resplendissante bâtisse de feu l’abbé Saunière. – Je m’appelle Thomas Anderson mais tout le monde m’appelle Tom. – Je suis Camille. – Enchanté de faire votre connaissance, Camille. Elle lui sourit. 16 – Êtes-vous un chasseur de trésor ? – Qui sait ? répondit le quadragénaire. Il laissa échapper un rire grave. – Allons vers la tour Magdala, voulez-vous ? Camille acquiesça. Surplombant la vallée aux terres fertiles, aux confins des jardins de la villa Béthanie, la petite tour de style gothique se dressait orgueilleuse et fière avec ses lourdes pierres unies, brillant d’une couleur ocre sous le soleil de midi. Des parfums de lavande et de résineux ceinturaient l’édifice carré ainsi que sa mince et haute tourelle circulaire qui s’érigeait semblable à une excroissance sur l’arête sud. Voulue par Saunière, la base de la tour s’inscrivait dans l’angle d’un échiquier imaginaire, invisible et immense. À une cinquantaine de mètres de là, diamétralement opposé à cette tour de pierre, l’autre angle de l’échiquier était occupé par une lumineuse tour de verre : la tour de l’Orangeraie. À son époque, l’abbé Saunière y expérimentait toutes sortes de plantes rares ayant besoin de chaleur pour croître. Les entrées des deux tours étaient accessibles par un belvédère dominant les jardins de la propriété Béthanie, une belle et grande terrasse aux 22 marches réparties sur deux escaliers. Les tours possédaient également leur propre escalier intérieur de 22 marches. Si celui de l’Orangeraie s’enfonçait dans les affres de la terre, celui de Magdala s’élevait vers le ciel où les 22 créneaux de sa tour contemplaient, les nuits claires, le paradisiaque firmament étoilé. Sous l’ombre salvatrice d’un pin, Camille et Tom s’assirent sur un banc public et considérèrent la tour Magdala. – Cette tour rend hommage à Marie-Madeleine, affirma Tom de son accent grave et suisse-allemand. Normalement, Saunière aurait dû l’appeler la tour « Magdalena ». Mais il a préféré faire un jeu de mot en prenant la racine « Magdale » qui signifie « tour » en hébreu ancien. Magdala, Maria Magdalena ou Marie-Madeleine dans la langue de Molière… toujours des M… Il eut un petit rire. – Vous disiez que le Graal est le rapport Pilate, dit Camille. Qu’est-ce que c’est ? – Ponce Pilate était le procurateur romain au pays d’Israël. Il était en charge de la province romaine de Judée et de la ville de Jérusalem, de l’an 26 à 36. Selon la Bible, c’est lui qui a fait condamner Jésus de Nazareth à mort par la crucifixion. Vers l’an 36, il a été convoqué à Rome devant 17
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