Aétius, le dernier Romain - Page 1 - test Ilbéric de Féride Aétius, Le dernier Romain Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2244-6 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire L’enfance ............................................................... L’adieu au passé .................................................... Combat .................................................................. L’initiation ............................................................. La mission ............................................................. L’arrivée au camp des Huns .................................. La rencontre ........................................................... L’entrevue ............................................................. Nouvelle mission ................................................... Byzance ................................................................. Le Palais de Théodose ........................................... Rencontre avec Théodose ...................................... Retour chez les Huns ............................................. Le choix des armes ................................................ Les Quades ............................................................ Inquiétude .............................................................. Les éclaireurs ......................................................... Face à face ............................................................. 13 17 21 23 27 31 35 37 41 45 49 53 57 61 65 69 73 77 9 La mort................................................................... Une mer d’humains................................................ Combats ................................................................. Inquiétudes ............................................................. Le choix de Ravenne ............................................. Romanie ................................................................. Ravenne ................................................................. Alaric ..................................................................... Flavia ..................................................................... Nouvelle mission ................................................... Trahison ................................................................. Rome ...................................................................... La tombe d’Alaric .................................................. Wallia..................................................................... Nouvelle promotion ............................................... La courtisane .......................................................... Quarante années ..................................................... Le sacrifice............................................................. Flaetius ................................................................... Les Huns ................................................................ Le roi des Huns ...................................................... L’union sacrée ....................................................... Bolègue .................................................................. La couleur du sang ................................................. Putréfaction ............................................................ VENI VIDI VICI ................................................... Epilogue ................................................................. 10 79 83 85 89 93 97 101 105 109 113 117 119 123 125 129 133 137 141 145 147 151 155 159 161 163 165 167 L’enfance Aetius, tel est mon nom. Il faut que je me le répète à longueur de journée pour ne pas oublier, pour ne pas être oublié. Enfant j’ai été offert comme otage à Durwald un des chefs de guerre d’Alaric le Wisigoth. Cela aurait pu être pire. La cour d’Alaric est tellement éclectique. Ils aiment Rome mais haïssent les Romains. Ils aimeraient parler latin mais n’y arrivent pas. Les sons qui sortent de leur bouche sont à l’image de leurs armes en acier trempé : tout est dur, tranchant, acéré. Même nos esclaves parlaient mieux qu’eux, mais nous ne les achetions que lettrés. Mon père me disait toujours qu’un admirateur de Sénèque pourrait faire un bon jardinier, là où un barbare illettré ne pourrait jamais comprendre la subtilité de Sénèque. Savoir parler à une plante ou déclamer ses questions au lever du soleil, c’est aussi tenter de se comprendre, accéder aux pétales de sa sensibilité, un engagement vers un plus philosophique. Je ne pu m’empêcher d’avoir une pensée pour l’immense villa familiale, les allées bordées de cyprès, les champs si soigneusement entretenus. L’horizon 13 s’enrichissait au fil des saisons des couleurs contrastés des épis murs, des oliviers et des vignes. Partout les hommes et les femmes que mon père possédait s’activaient aux diverses tâches qui leur incombaient et l’équilibre fragile entre humains, nature et divinités semblait régner. Le confort de la maison avait été copié sur celui des habitations luxueuses de Bulla Régiae en Afrique. Mon père, étant originaire de cette ville, avait voulu innover dans cette région et ses amis enviaient l’architecture de sa demeure : la résidence d’hiver au rez-de-chaussée, était à l’identique reproduite dans le sous sol, permettant de profiter de la fraîcheur de la terre quand les hommes souffraient de la chaleur du soleil. Un grand bassin central aux mosaïques représentant Neptune régnant dans les flots égayait par la douce mélopée aquatique la salle de réception enrichie de colonnes aux chapiteaux Corinthiens. Tout était fait comme si la pierre voulait garder en son cœur l’eau si précieuse. Douze pièces, cuisine et chambres donnaient sur cette cour souterraine. La maisonnée se reproduisait au dessus dans les mêmes proportions mais l’absence de toit sur la partie centrale l’illuminait d’avantage encore. Ici encore quelques fontaines rafraîchissaient l’atmosphère. Les décors étaient purement symboliques avec poissons et scènes de la vie sauvage : c’était dans l’air du temps d’éviter de trop montrer les anciens Dieux. De nombreuses statues nous rappelaient quand même que bien que n’existant plus, ils habiteraient encore pour longtemps le cœur des hommes. 14 Enfin les communs où matériels, récoltes et esclaves prenaient place, traçaient un rectangle d’une centaine de mètres de long par soixante de large. Une porte et une seule surmontée d’une tour permettait de pénétrer dans ce vaste édifice. De vieux légionnaires en défendaient l’entrée et agrémentaient ainsi leur paisible retraite. La solde et la nourriture étaient bonnes, le maître exigeant, mais juste. Ils avaient le pilum flegmatique et passaient le plus clair de leur temps à regarder les formes athlétiques des belles servantes comme tous ceux, qui l’âge venu, commandent plus de plats qu’ils n’en consomment. Toutefois, ils pouvaient savoir se montrer suffisamment menaçants pour dissuader les rares bandes de pillards qui oseraient s’aventurer sur ces terres. Mon précepteur, Périclès, m’avait donné dès l’enfance le goût des langues et l’amour de la sagesse. Le Grec, le Latin et l’Hébreu pour comprendre les outils philosophiques et surtout Aristote pour apprendre à s’en servir. Combien d’heures s’étaient écoulées à parler de ce génie. Nous étions non loin de l’ancienne Pella, la capitale de Philippe le Borgne, père d’Alexandre, aussi, lui devions nous cet hommage. Les Romains voyaient en Alexandre un général inégalé, un César, mais quand même un Grec ! Mon père ne rêvait pas pour moi, son unique fils, d’un semblable destin. Il espérait me voir grandir, prospérer et fonder une grande famille dans le bonheur bucolique de la vie au grand air. – Fuis les puissants et les politiques et alors tu pourras sans entraves jouir des plaisirs de la vie dans la vraie liberté de Dieu, me disait-il. Mais que Dieu était loin. Les événements s’étaient enchaînés si vite… 15 L’adieu au passé La dernière vision de son paradis, s’élevait dans le ciel : une colonne de fumée noire dans laquelle l’âme de ses parents et de leurs serviteurs partaient à la rencontre du Tout Puissant. La déferlante des Barbares Wisigoths avait eu raison de ce havre de paix et de tranquillité. Périclès l’avait sauvé des flammes sacrifiant ainsi sa belle barbe blanche et amené à la cour de l’Empereur afin de demander réparation. Aetius était terrorisé, blessé, désespéré, mais surtout bien né, ruiné et sans attaches, ce qui en faisait une monnaie d’échange idéale par les temps qui courraient. Alors, le maître de Byzance en avait profité pour le confier comme otage à ses plus féroces ennemis. Garant bien malgré lui et comme de nombreux autres, d’une paix toute subtile et politique à laquelle il ne comprenait rien. Une trentaine de jeunes hommes et d’enfants avaient fait le même voyage que lui. Voir disparaître les murs de Byzance fut une déchirure. C’était comme perdre à nouveau ce ventre protecteur et chéri 17 à peine retrouvé. De nombreuses familles pleuraient du haut des remparts le départ d’un des leurs. Chaque larme, il la prenait pour lui, et progressivement ce ruisseau devenu torrent de tristesse l’entraînait au plus profond de l’inconnu dans les sombres forêts de la solitude. Arrivés au campement des vainqueurs, ils furent pris en mains par des Grecs déserteurs, non par couardise, mais par amour du prochain jour, préférant vivre sans avenir que mourir inutilement. Ainsi l’acclimatation d’Aetius se fit plus facilement. Ce jour là il se dit que le goût de la défaite était vraiment par trop amer et que ce serait sa dernière. Plus jamais faire confiance à quiconque, ne compter que sur soi et sur sa force de caractère, telle serait sa destinée, tel serait maintenant son combat permanent. Cette nouvelle vie ne lui permettait aucune des erreurs que l’on peut commettre en terre hostile. Aussi, tous les jours il apprendrait les coutumes, l’art de la guerre, les langues de ses geôliers. Il apprendrait surtout à baisser les yeux et à faire oublier ses origines romaines. L’armée d’Alaric était devenue au fil de l’exode un amalgame de bandes hétérogènes dont seule la marche en avant évitait la chute. Tributaires des Huns, l’Empire leur avait offert ce qu’il ne pouvait lui refuser : la Thrace. Mais forts mécontents de l’accueil hautain de leurs hôtes ; qu’y a-t-il de plus fourbe qu’un Grec, ils avaient tout brûlé, pillé et repartaient sur les chemins. L’Empereur Valens tenta bien de les punir, en leur envoyant sa plus belle armée espérant mater définitivement cette bande de va nus pieds mais il 18 faut croire que les Césars ne commandaient plus au monde des vivants : Andrinople, le site de la bataille, fut le tombeau de l’armée Impériale. Une boucherie sans nom, où les élégants Grecs avec leurs habits brodés et leurs bijoux se firent tailler en pièces par des hommes dont la seule fierté était de mourir au combat. Alors les Wisigoths regardèrent vers Byzance, mais le morceau était trop gros à avaler alors, ils reprirent la route de l’Ouest. La mythique Romanie leur ouvrait ses bras, ses temples, ses forums et les femmes y étaient soit disant les plus belles et les plus lascives du monde connu… 19
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