Mauvais sang - Page 1 - test Stéphanie de Mecquenem Mauvais sang Roman Policier Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-313-2 Dépôt légal : Juillet 2009 © Édilivre Éditions APARIS, 2009 6 À ma mère et mon grand-père, tous deux fervents lecteurs, trop tôt disparus… 9 « Le monde maya est mort, bien avant l’arrivée des Espagnols sur le continent américain. La beauté, l’harmonie, la science se sont éteintes avec lui. Mais la parole de ce peuple n’a pas tout à fait disparu. Elle a laissé sa trace sur cette terre, dans le corps des hommes, génération après génération, et sa force vibre encore. » J.M.G. Le Clézio Les prophéties du Chilam Balam 11 Prologue Extrait du journal de Tiphaine, juin 2006 : Il n’y a pas de bons chemins, il en existe seulement de moins accidentés que d’autres… Par où commencer… Peut-être par le choc. Je m’étais alors sentie tellement étourdie que plus rien de ce qui m’entourait ne me semblait réel. C’est d’ailleurs ce que j’espérais, que rien ne soit réel. Je m’étais dit non, ce n’est pas possible, cela ne peut pas m’arriver à moi. Cela n’arrive que dans les films ou les mauvais romans. Je me souviens qu’un vide immense m’avait envahie tout entière. Je me revois au bureau, assommée, tenant encore le combiné du téléphone collé contre mon oreille gauche, m’étonnant d’arriver à commander mon bras. J’avais eu la sensation d’être détachée de mon corps, comme si j’observais la main de quelqu’un d’autre. Et là je m’étais dit bon, je vais rentrer à la maison et tout cela n’aura été qu’un mauvais rêve, une mauvaise plaisanterie. J’avais marché comme un automate, surprise de me rappeler du chemin ; mon cerveau ne venait-il pas d’être vidé 13 de son contenu ? Sans doute avons-nous comme les éléphants un pan de notre mémoire programmé pour nous ramener à bon port… Aujourd’hui, j’ai posé sur mon bureau la statue de « Chacmool » rapportée de Chichen Itza : un homme à demi allongé tient sur son ventre un plateau à offrandes. D’une certaine façon, il me fait penser à mon Gaby, sans qui tout cela ne serait sans doute jamais arrivé. Mais je me sens forte maintenant. Comme si cela m’avait permis d’exorciser les démons qui me paralysaient depuis si longtemps… 14 Extrait du journal de l’évêque Diego de Landa. Mexique, Péninsule du Yucatan, juin 1562 : « Comme il n’y avait aucun manuscrit dans lequel il n’y eut de la superstition et des mensonges, nous les brûlâmes tous ». (Diego de Landa ; Relation des choses du Yucatan) J’ai échoué dans la mission suprême qui m’avait été confiée. Je n’ai pas réussi à les convertir au catholicisme et à les faire renoncer à leurs sacrifices barbares. Pour extirper l’œuvre du Malin encore fautil la connaître. Aussi, ai-je mis tout mon soin à étudier les coutumes et la religion mayas. Je dois avouer que, contrairement à ce à quoi je m’attendais, j’ai pu constater que ce ne sont pas des sauvages mais des civilisés, qui soignent bien leurs champs, plantent des arbres, construisent des maisons. Mais la crucifixion de deux fillettes qu’ils ont pratiquée il y a deux semaines de cela a été plus que ce qu’un évêque comme moi ne peut supporter. Cela soi-disant pour honorer l’un de leurs dieux. Je ne peux me résoudre à comprendre qu’un dieu puisse être honoré par l’assassinat de victimes innocentes ? Je ne pouvais pas ne pas réagir. J’ai donné ordre de rassembler et brûler toutes leurs idoles sataniques et leurs livres de 15 rituels. L’air ambiant est encore imprégné de l’odeur âcre du feu. Les Mayas ont beau être un peuple de traditions orales j’ai bon espoir que le passage du temps et la destruction de leurs livres et idoles auront raison de celles-ci. Tout comme leur grande civilisation, qui est d’ores et déjà loin de son apogée. Bien que ce pays soit un bon pays, il n’est plus maintenant ce qu’il était au temps de sa prospérité, quand tant de remarquables édifices étaient construits. Peu de temps après notre arrivée sur leur sol, nous fûmes à même de constater que la plupart de leurs grandes villes avaient été désertées et étaient déjà en ruine. J’ai, depuis lors, interrogé nombre de Mayas sur la question. Mais aucun ne fut en mesure de me fournir une explication valable. Force m’est donc de constater que les raisons du déclin de cette civilisation demeurent un mystère… Il est à présent temps pour moi de regagner la mère-patrie afin d’y répondre de mes actions. Mani fera partie du voyage la semaine prochaine. Elle a déjà appris quelques rudiments d’espagnol et je suis persuadé qu’elle fera une excellente gouvernante. Je dois confier ici que j’ai eu un moment de faiblesse et l’ai autorisée à sauver un de leurs manuscrits des flammes du bûcher. J’ai lâchement cédé à ses suppliques de ne pas le mettre au feu avec les autres. Elle tenait cette longue bande de papier d’écorce serrée si fort contre son cœur comme si c’était son enfant à venir que je n’ai pu me résoudre à le lui arracher des mains. Elle disait qu’il s’agissait d’une question de survie de son peuple et qu’il devait rester en ces terres. Au vu de ce que je suis parvenu à en déchiffrer, j’ai finalement accepté qu’il soit épargné 16 mais à condition de le dissimuler en un lieu sûr, dont moi seul connaîtrait l’emplacement. J’avais donné ma parole à Mani et il fut fait tel que promis. Las, je ne peux m’empêcher de me questionner sur mon action. Se peut-il que j’ai tenu entre mes mains la réponse à toutes mes interrogations ? L’avenir seul nous dira si j’ai eu raison… 17 CHAPITRE 1 Canada, centre-ville de Montréal 5 décembre 2005 Tiphaine, assise dans un confortable fauteuil en cuir noir, posa son crayon d’un air satisfait, pivota afin de faire dos à son bureau et s’abandonna au spectacle du reflet du soleil qui scintillait sur les vitres du building d’en face. « Bien, il ne me reste plus qu’à attendre », songea-t-elle. Elle enleva la pince qui maintenait attachés ses longs cheveux acajou, appuya sa tête contre le dossier du fauteuil et profita de la vue du ciel bleu azur et du centre-ville enneigé de Montréal que lui offraient les grandes baies vitrées de son bureau du 22è étage. Machinalement, elle enroulait une mèche de ses cheveux dans son index gauche et oscillait d’avant en arrière grâce aux ressorts cachés de son fauteuil. Il n’y avait pas un nuage pour obscurcir l’horizon. « Cela me change des Yvelines », pensa-t-elle au souvenir des hivers sombres et pluvieux caractéristiques de cette région française, près de Paris. Ici l’hiver était froid mais au moins il y faisait presque toujours beau. La réflexion du soleil sur l’épaisse couche de neige au sol créait une luminosité incomparable qui avait le don de vous mettre de bonne humeur. Tiphaine se disait que 19
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