Paul - Page 2 - test José-Luiz ROBLES-ORTEGA Paul Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1Per juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions l’Éditeur Indépendant – 2007 ISBN 13 : 978-2-35335-092-5 Dépôt légal : Août 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À ma bien-aimée France et nos enfants… Chapitre I L’Afrique du Sud, un pays magique baigné par le soleil, la vie ; pénétré par cette atmosphère si particulière qui en fait un lieu étrange et mystérieux depuis la nuit des temps… Dans l’état du Botswana, vaste contrée partagée entre le désert de Kalahari au sud et les étendues marécageuses de l’Okawanga au nord, se trouvait le petit et curieux village de Musawa. Musawa était une petite localité en partie indigène. Les autochtones restants essayaient tant bien que mal de s’adapter à un mode de vie plus civilisé. Toutefois, ce qui contrastait avec les maisons dans cet endroit, pas plus extraordinaire que les autres dans cette région, c’était cette église aux formes particulières, dressée en face de la place. 9 À première vue, cette église, dès qu’on l’apercevait de loin, faisait tout de suite penser aux paroisses européennes. Néanmoins, elle n’avait rien de comparable avec elles tant la pauvreté qui apparaissait dans ses murs, lorsqu’on s’en approchait de plus près, la démarquait nettement des autres. Cependant, les peintures, qui s’apparentaient au style des maisons ndébélé 1 dans le Zimbabwe, ajoutaient tout de même une certaine gaieté à son architecture. Sans faire un cours d’histoire, le Botswana est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec une espérance de vie de quarante ans en moyenne pour la population. La sécheresse sévissait souvent dans cette région et causait, la majeure partie du temps, la sousalimentation des enfants dans les contrées les plus éloignées des grands axes. C’était aussi pour cette unique raison que cet étrange missionnaire demeurait depuis quelques années déjà parmi les plus défavorisés, dans ce village très touché par la misère. C’était dimanche, et comme toujours à Musawa, une messe s’apprêtait à être célébrée en cette journée radieuse qui s’annonçait chaude et agréable. Devant la porte en bois, brossée par les multiples couleurs criardes de la petite et humble chapelle, se dressait fièrement le frère Paul, un Européen qui s’était installé ici depuis tout juste dix ans. 1 Peuple du Zimbabwe. 10 Le teint légèrement hâlé, le visage régulier et expressif, cet homme robuste dégageait beaucoup de sérénité et de gentillesse. Il n’y avait qu’à observer le regard des enfants qui l’embrassaient pour s’apercevoir bien vite, sans tromperie, combien ce prêtre était aimé d’eux, respecté, et surtout, accepté de tous ses frères noirs qui l’avaient accueilli comme l’un des leurs. Ce semblant d’église, sans cloches ni croix, recevait les fidèles de ce village et de toutes les cités voisines, préférant venir écouter les paroles puissantes et remarquables du frère Paul plutôt qu’entendre celles de leurs sorciers désuets et cantonnés dans leurs rituels incompréhensibles et leurs gris-gris mystiques. La langue parlée était le setwana, langue nationale la plus pratiquée dans ce pays, et comme le voulait la coutume, le frère Paul accueillait toutes les personnes qui désiraient entrer dans sa chapelle en leur serrant la main chaleureusement et en leur disant : – Dumela Rra… Dumela Mma ! Cela voulait dire « Bonjour Monsieur » et « Bonjour Madame ». Bien que toutes ces personnes fussent démunies et privées de l’essentiel, elles se trouvaient être pour l’occasion bien vêtues et surtout très heureuses d’être présentes. Elles avaient appris par la bouche du frère Paul qu’il fallait peu, parfois, pour paraître riche aux yeux du monde. Il suffisait 11 d’adopter une attitude propre et de savoir être digne dans le geste et le regard. Finalement, lorsque tout ce petit peuple pénétra dans son église, après les embrassades des enfants et les poignées de main des plus grands, le frère Paul remarqua, à quelques pas de lui, un petit oiseau mort étendu sur le sol poussiéreux. Son visage s’assombrit soudain. En s’approchant de ce volatile inanimé, il le ramassa délicatement sans éprouver aucun dégoût, bien au contraire, car une certaine affection se devinait à présent à travers son tendre regard. Avec douceur, il le caressa du bout de ses doigts élancés comme s’il s’agissait d’un petit animal de compagnie adoré et précieux. Soudain, comme par miracle, l’oiselet reprit instantanément vie. En le caressant encore quelques instants, le frère Paul le jeta aussitôt dans les airs. Plein de vie, l’oiseau virevolta de bonheur, mais avant de repartir au loin vers une destination inconnue, le petit animal tourna plusieurs fois autour de ce prêtre mystérieux qui lui avait rendu la vie et poussa des chants mélodieux qui lui témoignaient toute sa gratitude. Finalement, le bel oiseau prit de la hauteur et il disparut dans le paysage lointain. Satisfait de ce qu’il avait accompli, le frère Paul se dit à voix basse, une émotion marquant son visage : 12 – Je n’ai rien apporté dans le monde et je ne peux non plus rien emporter. Si donc j’ai nourriture et vêtement, je me contenterai de cela. C’était un prêtre bien mystérieux que cet homme apparemment simple et égal aux autres prêtres, mais qui possédait cette faculté divine d’insuffler la vie à un petit oiseau au plumage ravissant qu’il avait trouvé inerte sur le sol. En repartant, il se dirigea vers son église où ses fidèles l’attendaient patiemment. Loin de là, en Italie, plus précisément aux portes de Rome, sur l’une des sept collines de la métropole, se dressait, depuis cinq siècles déjà, l’un des plus grands temples religieux dédiés au maître des forces du mal, l’ange de lumière aveuglant le monde, se faisant appeler plus communément Satan, roi des ténèbres. C’était un repaire sûr et bien gardé pour cet ange déchu, qui y séjournait indéfiniment, jusqu’à l’heure de son jugement. Au sein de ces murs, dans une immense pièce obscure et glaciale, se trouvait un personnage étrange qui priait avec ferveur, tête basse. Agenouillé sur les grandes dalles sombres de cette salle de prière ornée de représentations effroyables et morbides, cet homme invoquait son maître Lucifer dans cette atmosphère pesante et 13 lugubre. Gog était son nom, et il s’écria, avec puissance et majesté : – Ô mon maître ! Tu m’as convoqué, alors j’écoute et j’obéis humblement. – Alors sois attentif à ma voix qui descend jusqu’à toi mon dévoué serviteur, tonna Lucifer d’une voix profonde et ténébreuse. J’exige que tu me consacres en offrande la douce et fragile créature du nom de Rose, car c’est elle que j’ai choisie parmi toutes les femmes de ce royaume pour qu’elle me serve et m’adore. Conduis sans tarder cette pucelle vers ma demeure pour que je fasse d’elle… ma bienaimée. – Mais, maître, répondit Gog inquiet, pourquoi cette sainte… cette femme protégée sous l’aile bienfaitrice de son Dieu qui veille sur elle ? Il y a tant d’autres femmes qui… – Tais-toi ! l’interrompit Satan, sur un ton enflammé. Comment oses-tu inspirer une telle crainte dans ce sanctuaire, toi en qui j’ai placé toute ma confiance ? Aurais-tu oublié que je représente la guerre des nations et la folie des hommes ? J’égare le monde et les religions se brouillent à cause de moi. Aurais-tu peur ? Qui redouterais-tu en vérité ? Reprends tes esprits Gog car j’ai jeté mon dévolu sur elle, alors va et guide-la vers ma maison. – Pardonne mon blasphème, maître, fit ce dernier en se relevant aussitôt, car ta puissance est considérable et sans égal. Tu règnes sur toutes les créatures terrestres et ta justice force le respect. Oui, 14 maître, je m’en vais de ce pas m’acquitter de la mission que tu m’as assignée, car tu sais d’avance que j’accomplirai toutes les tâches, aussi difficiles soient-elles, pour te plaire davantage. Aussitôt, Gog quitta les lieux d’un pas solennel et majestueux. Il ne tarda pas à être rejoint par douze de ses disciples, tout aussi inquiétants que lui, qui le suivirent pour prendre part à cette charge troublante. Gog devait à présent s’acquitter d’une importante mission qu’il avait failli refuser, celle d’enlever une femme hors du commun, disait-on, pour la jeter corps et âme aux pieds de son maître Lucifer… Toujours en Italie, à des centaines de kilomètres de Rome, se dressait Naples la splendide, ville portuaire s’étirant jusqu’au pied du redoutable Vésuve. Le climat doux et la beauté du site en avaient fait autrefois le lieu de villégiature privilégié des Romains fortunés. L’ancien monastère dominicain où vécut et enseigna saint Thomas d’Aquin avait été converti en un paisible couvent. Le couvent Sainte-Térésa abritait plus de soixante dominicaines, et en particulier cette femme merveilleuse nommée Rose. Sœur Rose se trouvait parmi les nombreuses fleurs du magnifique jardin que renfermait ce charitable cloître. Elle arrosait et taillait avec 15
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