L'Ingénieur, le Professeur et ses sous-fifres - Page 1 - test Gérard GUILLEC L’Ingénieur, le Professeur et ses «sous-fifres» Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-067-4 ISBN 13 : 978-2-35335-067-4 Dépôt légal : Mars 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Témoignage et essai sur la dissidence institutionnelle et sur le harcèlement moral au travail * *Ce récit est une pure fiction et toute ressemblance des faits avec la réalité qui sera remarquée par des lecteurs ne pourra qu’être une illusion. Si certains se reconnaissent, ils feront preuve d’une imagination sans bornes. 7 Ceux qui jouent avec des chats doivent s’attendre à être griffés. (Miguel De Cervantès Saavedra, Don Quichotte de la Manche) 8 Avant-propos L'ampleur des dégâts provoqués par le harcèlement psychologique n’est guère connue en France même si la publication de plusieurs ouvrages ou des émissions télévisées 1 en ont cerné les différents aspects en diffusant 1 Après un battage médiatique de quelques mois autour de ce véritable fléau social, un lourd silence s’abattit sur les victimes du harcèlement au travail qui n’empêcha pas cependant des associations et des syndicats d’essayer de soutenir certaines personnes devant les tribunaux. Ce n’est que dans la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 que des dispositions furent prises pour traiter ce douloureux problème social et qui furent reprises dans le code du travail (articles L. 122-49 à L. 122-55) et dans le statut des fonctionnaires par voie d’amendement. Ce ne fut qu’une étape importante certes, mais vite amendée au détriment des personnes harcelées lorsque la droite revint au pouvoir. Ainsi, nous renvoyons les lecteurs intéressés à l'émission de la Cinquième en mars 2000 et aux ouvrages de Philippe Bataille (1997), de Christophe Dejours (1998), d’Albert Durieux et Stéphéne Jourdain (1997), de Heinz Leymann (1996) qui a initié les recherches sur le harcèlement moral au travail, et de Grégoire Philonenko et Véronique Guienne (1997). 9 des témoignages accablants pour ceux qui en sont les auteurs, qu’ils soient patrons privés ou petits chefs administratifs. Ce phénomène, se traduisant dans la vie professionnelle par ce que Christophe Dejours (1998) a nommé la « souffrance au travail » a donné lieu à plusieurs débats médiatiques et à de nombreuses publications qui ont permis à de nombreuses personnes de prendre conscience de leur asservissement moral et d'essayer de s'en sortir. Chacun a pu découvrir alors que ce comportement est souvent celui d'un supérieur hiérarchique qui abuse de sa situation d’autorité conférée par son statut social ou administratif pour concrétiser ses ambitions personnelles et/ou résoudre ses propres problèmes. Un tel fait de société ne doit pas être confondu avec l’ensemble des relations humaines fondées sur des phénomènes d’influence, les comportements de chacun se trouvant modulés par les croyances, les stéréotypes propres aux différents groupes d’appartenance et aussi sur les sentiments que l’on peut éprouver pour un partenaire. Lorsque je rencontrai pour la première fois celui que je nommerai l’Ingénieur, je n'ignorais pas cette triste réalité mais, comme beaucoup de français mais je ne savais pas ce qu'elle recouvrait exactement car les descriptions qui en sont données ne sont qu’un pâle reflet de la souffrance qu’elle engendre et surtout j'étais loin de penser que cela pouvait me concerner un jour. Au seuil de sa vie professionnelle passée dans une université française que je ne connaissais pas, cet homme s'adressa à moi en effet à une période de sa trajectoire personnelle où il avait réussi à prendre conscience de ce qu’il avait ressenti sans pouvoir le comprendre. C’est à travers son récit que j’ai 10 découvert une partie de l'ampleur du mal que ce phénomène pouvait occasionner dans la vie professionnelle et dans l’intimité psychologique d'une personne. Découvrant ces pratiques dénoncées cependant par des chercheurs depuis une dizaine d’années dans la cité scientifique, je l'ai écouté attentivement sans l'interrompre une seule fois dans son récit et sans le questionner pour ne pas l’influencer comme le font trop souvent les psychologues, psychiatres et psychanalystes à leurs clients en détresse sans pouvoir évaluer l’impact de leur geste sur leur devenir intime. Pour ne pas rajouter mes propres analyses de ce fléau social qui existe depuis toujours, j’ai simplement retranscrit à sa demande ses propres réflexions ainsi que ce qu’il me raconta sur les événements de sa carrière durant une quinzaine d’années avant de pouvoir mettre des mots sur ce qu’il a vécu et avoir prise sur son destin 11 L’ingénieur Je l'ai reçu irrégulièrement au cours d’une série d’entretiens dont il a réglé lui-même le rythme ainsi que la durée et au cours desquels il m’exposa son vécu professionnel sans passion excessive comme s’il exorcisait au fur et à mesure de ses confidences cette période douloureuse de son existence. Il retombait parfois dans de longs silences que je n’osais pas interrompre en faisant parfois des retours en arrière sur des faits déjà narrés pour préciser de petits événements dont l’importance ne lui était jamais apparue et qui surgirent des profondeurs de l’oubli et qui éclairèrent son vécu en lui donnant un sens au fil de nos entrevues. Je pus comprendre alors ce qu’était le harcèlement moral au travail à travers ce qu'il a subi durant la moitié de sa vie professionnelle et qu’il a combattu à sa façon lorsqu’il prit conscience du piège dont il était prisonnier pour dénoncer les collusions inavouées du Professeur qui chercha à le détruire pour avoir refusé de le servir dans son ascension sociale. Il me narra dans le détail les manœuvres que ce dernier déploya pour s’entourer d’un réseau de protections haut placées au sein de l’administration publique et jusque dans les rouages de l’état pour couvrir ses agissements au détriment de la collectivité et des personnes. Mon interlocuteur avait conscience cependant que ce triste personnage n’était malheureusement pas le seul représentant de ce type de comportements dans l’administration publique. Pour ne pas le trahir, j'ai donc conservé ses propos dont certains peuvent avoir été déformés par son implication encore récente dans les événements racontés. Son récit peut servir cependant à comprendre certains aspects du harcèlement 12 moral au travail qui peuvent paraître surprenants pour un non-initié, certaines explications qui en sont données actuellement n’éclairant pas ce fait sous tous ses différents aspects psychologiques ou sociologiques, loin s'en faut. Celui que j’appellerai désormais l'Ingénieur a occupé durant vingt-cinq ans un poste de technicien qui était sous qualifié par rapport à ses compétences avant d’obtenir une nomination comme tel dans le cadre d’une réforme des services universitaires. Il hésita longtemps avant de me confier les éléments les plus personnels de son vécu professionnel car il n’était pas une de ces personnes qui cherchent à se montrer à tout prix à leurs concitoyens pour exister socialement et il ne m'a confié que ce qu'il estimait nécessaire à la compréhension de son témoignage, son récit ne sacrifiant pas à la mode de transparence du siècle qui conduit nombre de personnes à se raconter dans les détails qui satisfont le voyeurisme ambiant. Arrivé au seuil de sa vie professionnelle, l’Ingénieur qui avait fréquenté de nombreux spécialistes de sa discipline au cours de sa carrière, ne nourrissait en effet pas un amour démesuré pour le genre humain au vu des différents spécimens de la « faune » affublés de labels officiels qu'il avait alors côtoyés. Il ne demeura pas indifférent aux petites lâchetés quotidiennes ainsi qu’aux compromissions les plus inattendues dans la vie privée, publique et professionnelle de ceux qui ont la responsabilité de donner des conseils ou d’orienter la vie de leurs concitoyens. Ce n’était pas un misanthrope que j'ai reçu durant plusieurs semaines même s'il avait tendance à s'isoler des manifestations populaires d'enthousiasme ou de révolte où communient la majorité de nos concitoyens qui suivent le troupeau sans réfléchir. Seulement, il n’aimait pas se faire valoir comme le font 13 ceux des hommes publics qui ne peuvent exister que par l'image tronquée qu'ils donnent d'eux dans les médias et il était aussi incapable de faire n'importe quoi pour défrayer « la une » des journaux. Ainsi, il s'était toujours montré méfiant, aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, des revirements spectaculaires individuels et collectifs de ses compatriotes portant régulièrement au pouvoir des élus qui promettent toujours une vie facile sans faire quoi que ce soit pour améliorer leur vie quotidienne une fois arrivés au pouvoir, la vox populi renversant de leur piédestal ceux qu’elle a adorés quelque temps durant. Refusant de se mettre en valeur sur le devant de la scène sociale, sa franchise ne lui avait pas permis de nouer des liens d’amitié profonds mais qu’il ne recherchait pas outre mesure car il savait que celle que celle que Montaigne célébrée n’était pas celle que se targuent d’avoir ceux qui se perdent dans l’agitation mondaine où une telle amitié n’existe pas. Il cherchait à comprendre les événements et les personnes. Il avait été confronté très tôt à l’injustice des classes sociales dès les bancs de la maternelle dans un collège provincial soumis à la règle tyrannique de l’élitisme de classe de quelques enseignants bornés, ce qui le conduisit à réagir viscéralement contre toutes les bassesses et contre tout ce qui pouvait représenter une injustice blâmable avilissant la dignité humaine. Après l’avoir entendu, un observateur non averti ou aveuglé par des œillères théoriques témoignant d’une étroitesse de pensée sclérosante comme il en existe trop souvent, aurait pu en conclure qu’il se complaisait dans une situation de victime et qu’il faisait partie de cette multitude plaintive qui se croit persécutée à tous les moments de son existence, mais il n’appartenait pas à la 14
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