L'Arche oubliée - Page 1 - test Du même auteur : LA CERTITUDE D’ÉTERNITÉ, Témoignage (Éditions Lettres du Monde) 2002 RAYONS D’ÂME suivi D’UNE SAISON CHEZ LES WLURTZ, Poésie (Éditions des Écrivains) 2003 IDENTITÉS PERDUES, Roman (Éditions Harmonia) 2003 TRAJECTOIRES ONIRIQUES, Conte Poétique (Éditions des Écrivains) 2004 LA QUATRIÈME PYRAMIDE, Roman (Éditions Bénévent) 2006 AU-DELÀ DU MIROIR, Roman (Éditions Édilivre) 2008 AUX FRONTIÈRES DU TEMPS, Roman (Éditions Les Deux Encres) 2008 L’ÈRE DE LA SPIRITUALITÉ, Tome 1 (Éditions Édilivre) 2008 4 Angus L’arche oubliée Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2203-3 Dépôt légal : Décembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Ceci est une pure fiction, mais quiconque prétendrait avoir vécu une aventure similaire aurait de fortes chances d’être sain d’esprit. Angus 9 1 Six heures vingt du matin. Dix-huit degrés. Depuis l’aube, la température progressait inexorablement, et le soleil de mars pailletait la Méditerranée d’or et d’argent, de la côte à l’île de Djerba. Sous un vent de sud-est, une légère houle agitait les eaux du golfe de Gabès, et des vagues ourlées de mousse venaient lécher les roches sombres affleurant en amont de Prévaricum. Arrivant du Dahar, un vautour survola d’un coup d’ailes majestueux les dunes du Fedjellil, tandis qu’à quelques milles de là , un élégant yacht blanc et bleu pointait sa fine étrave vers le large, en direction de la Crète. À l’abri des longs tumulus de sable, le campement de la mission archéologique franco-canadienne demeurait silencieux. Il était composé de sept unités. Trois tentes longues d’une dizaine de mètres abritaient respectivement le matériel, la cantine, et la main-d’œuvre autochtone. De dimensions plus modestes, les quatre autres servaient de chambrées aux scientifiques travaillant sur l’ancien port romain. Une rafale de vent chaud chargée de sable tourbillonna entre les piquets. Un pan de la guitoune de base se souleva, puis se rabattit aussitôt, émettant un claquement sec. 11 – Oumpff !… Misère de criss de câlisse de… Bruit de gamelles renversées. Alex Gillard, alias le boss, gicla de sa retraite nocturne. Il était torse nu, et portait un short kaki défraîchi. C’était un grand gaillard, tout juste la quarantaine, un Canadien pur jus originaire de la Baie Saint-Paul, au nord-est de Québec. Responsable des opérations de fouilles, il œuvrait, depuis treize mois, pour le compte de la Société Royale Canadienne d’Archéologie. Il consulta sa montre d’un œil glauque, et se mit à brailler comme un âne. – Nom d’un caribou, six heures vingt !… Mamoud !… Mais qu’est-ce qu’il fout encore cet abruti… Mamoud ! Un Tunisien replet rappliqua au pas de charge. Il tenait sa chéchia et ses babouches dans la main droite. – J’arrive Sidi, ji souis là ! Ji réveille tô l’monde tôt’ souite… Le Canadien tenta une progression à cloche-pied en enfilant des sandales qui frisaient la fin de carrière. Chemin faisant, il buta sur un chameau qui rêvait de la croupe de sa dernière chamelle. La bête se releva en renâclant, puis profita de l’opportunité pour se soulager la vessie, et se délester les boyaux. L’Arabe se pointa à l’appel. – Pardon patron, ci ma faute, mais j’i pas entendi la soun’rie di riveil ! pardon patron, j’i pas entendi… Alex l’agrippa par le capuchon de sa djellaba, et le décolla du sol. – Ci ma faute ! pardon patron, ânonna l’autre. – Bloque donc une seconde ton moulin à paroles l’indigène. J’ai les amplis qui saturent. 12 Mamoud courba l’échine, et mit la baveuse en panne. Le boss lui rudoya le colback. – Rafraîchis-moi la mémoire gars… À quelle heure est fixé le réveil ? – Six hores patron ! – Bien ! Et l’en-cas ? – Six hores et la dimi, patron ! – Super ! Et à vue de nez, quelle heure est-il ? Le bronzé sélectionna le plus bel air ahuri de sa collection et bredouilla grave. – Ji sais patron, ji souis en ritard, mais ji n’ai qu’un vieux riveil. Alex se frappa le front du plat de la main. – Câlisse, c’est trop désespéré ! J’aurais dû embaucher un muezzin. Il lui recolla les semelles sur le sable, et lui tapota le crâne du bout de l’index. – Bon ! je n’ai pas l’temps d’aller terminer les connexions dans ton embryon de jugeote, alors déclenche le magnéto, je vais tâcher d’faire court. Si tu tiens vraiment à ton job, branche un klaxon sur ton antiquité, ou demande le service du réveil au téléphone arabe, mais plus jamais un poil de retard !… Understand ? L’Arabe opina vigoureusement du chef. – Ji ti promets Sidi, ji ti promets. Ma parole sur la tête… Alex libéra le bonhomme et lui fila une poignée d’élan. – Arrête tes jérémiades, nom d’un caribou ! fonce plutôt activer la cloche ! 13 L’autre s’éclipsa en sautillant comme un crapaud ventripotent. – Et pas de café à cent degrés, ni d’œufs bacon qui brassent dans l’huile ! Le boss exécrait les réveils en catastrophe. Ça amputait sa lucidité, et ça nuisait grave à son équilibre. Il décida de se fouetter les neurones, et pointa ses sandales en direction du puits. À deux pas de là , il s’immergea le pied droit dans les excréments de chameau, et jura comme un bûcheron. Alors qu’il atteignait le point d’eau, une jeune femme aux longs cheveux bruns passa le nez hors de sa tente, et l’apostropha. – Dites donc le mal embouché d’Outre-Atlantique, je sais bien qu’on n’est pas dans un salon littéraire, mais ça fait dix minutes que vous nous polluez les oreilles avec des mots fleuris, alors si vous pouviez la mettre en veilleuse, et aller cracher vos insanités plus loin, ça ferait des vacances… La responsable de l’équipe française avait du mordant. La journée promettait d’être passionnante. Alex grimaça un sourire, et la salua d’un geste, avant de plonger le seau. Il moulina pour le remonter en inspectant la margelle et ses environs immédiats. Anna Milcenti lui caressa l’omoplate avec une vieille louche bosselée comme un casque d’ancien combattant. – C’est cette relique que vous cherchez ? Il se retourna et la lui subtilisa sans mot dire. Elle tiqua. – Ça craint beaucoup ce matin. Vous êtes à peu près aussi aimable qu’un ours qui sort d’hibernation !… Vous m’en voulez pour l’engueulade ? 14 Le boss plongea la louche dans l’eau, et s’arrosa copieusement le cuir chevelu. – Ne vous frappez pas, le saut du lit était un peu foireux, mais je vais peaufiner l’humeur au fur et à mesure. Alex ratissa ses cheveux vers l’arrière. La jeune femme ricana. – Bein vous pouvez commencer maintenant. Y’a du boulot en perspective. Il changea de sujet. – Mamoud a eu du mal à décoincer du lit piquot… On est à la bourre. – J’avais remarqué, mais bon, la récupe devient de plus en plus difficile. Tout le monde est lessivé… Vous pensez que la douche est à nouveau opérationnelle ? – J’ai fait remplir la citerne hier soir. Vous pouvez aller astiquer l’emballage. Anna esquissa un demi-tour, puis se ravisa. – À propos, génial le nouveau look de votre sandale droite, avec la semelle débordante… Mais vous devriez utiliser un autre matériau… Question d’odeur. Alex empoigna le seau, mais la jeune femme se trouvait déjà hors de portée. Il l’accompagna un instant du regard, puis regagna ses quartiers. Un long gargouillis lui tordit l’estomac. Il se frappa le ventre du poing. – Toi, ne t’y mets pas non plus, sinon, j’te coupe les vivres pendant trois jours. Un ouvrier se pointa à l’entrée de la tente. – Chef ! une voiture arrive de Médenine. 15 Alex se frictionna les cheveux avec une serviette, et se passa un rapide coup de peigne avant d’aller aux nouvelles. D’après le nuage de poussière, le véhicule ne devait pas se trouver à plus de deux kilomètres. Dans cinq minutes, il serait là . Le Canadien s’enfonça un chapeau de brousse sur le crâne, et parcourut au pas de course les deux cents mètres qui le séparaient de la piste. À peine y parvenait-il que le Land arrivait déjà à sa hauteur. Le véhicule s’immobilisa. Une langouste à poils roux passa la tête à la portière. – Hello grand nettoyeur de fossiles ! comment va ? – Aujourd’hui moins qu’hier, et bien mieux que demain… Dis-moi rouquin, tu n’étais pas prévu au programme en fin d’après-midi ?… – Insomnies chroniques. C’était rouler non-stop, ou l’assommoir en tube… Mais attends voir, je gêne ou c’est une impression ? – Niaise donc pas 1 . C’est juste que c’matin, on est vraiment limite. Mon préposé au réveil avait des paupières de plomb. Faut s’grouiller. Tu m’embarques ? – Pas de problèmes… On verra plus tard pour les frais d’essence. Alex lui tortilla le croquant de l’oreille. – Ce type est un abruti ! – Pose tes fesses, ordonna la langouste, j’te f’rai un prix d’ami. Le Land redémarra sur les boulons de roues. Le boss se cala dos au siège, et rabattit son chapeau sur ses yeux. 1 Ne sois pas idiot 16
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