Fortune Solidaire - Page 1 - Valentin Février Fortune Solidaire Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2624-6 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Un banal accident de la route un matin d’hiver va transformer la vie de Lucien et lui donner un pouvoir que chacun d’entre nous rêve de posséder. Après ce choc rien ne sera plus jamais pareil… 9 « Si l’on veut gagner sa vie, il suffit de travailler. Si l’on veut devenir riche, il faut trouver autre chose… » A. Karr. 11 1 Nous sommes au mois de janvier. L’hiver a marqué de son empreinte blanche les toits de cette belle ville de Nantes. Il fait du genre frisquet. Le petit appartement de Lucien est au 3ème étage d’un immeuble du début 19ème. Les marches de granit arrivent en fin de boucle à son palier. Le silence n’est perturbé que par les rafales de vent qui viennent faire du toboggan sur les ardoises abîmées. Il fait 11° chez Lucien. L’isolation des Velux et des fenêtres en bois ne fait plus son travail depuis bien longtemps, aussi, le locataire coupe les convecteurs la nuit pour faire des économies sur sa facture d’électricité. Il a bien raison car l’air froid qui s’engouffre passe son temps à capturer l’air chaud des radiateurs. Il est 06H10. Dans la chambre du fond une sonnerie électronique vient faire vibrer les oreilles de Rapidos, le jeune chien sans pédigrée avec une origine douteuse de bas 13 quartier. Il est gentil, fidèle, avec des yeux plein de reconnaissance vis-à-vis de son maître. Après tout c’est cela le plus important. Il est aimé. Il le rend bien en faisant don de la chaleur de son corps à travers la couette de son propriétaire. Lucien ouvre un œil pour attraper d’un geste rapide et efficace le réveil qui le sort de ses songes au meilleur moment de son sommeil. Il tourne la tête vers Rapidos qui s’étire en baillant au bout du lit. – Ohhhhh… (soupir)… Salut ! –… – Je vois que tu as l’air en forme. Aller, il faut se lever une fois de plus. « Le monde appartient à celui qui se lève tôt » mais c’est celui qui se couche tard qui en profite… Debout ! –… – Je te parle tous les jours de la même façon pourtant je sais très bien que tu ne peux pas me répondre en dehors de tes frétillements de queue. Lucien enfile une polaire et se fait un café pour apprécier sa première cigarette. Le tabac provoque une accoutumance toxique, physique et psychologique. Surtout ne commencez jamais ! Rapidos attaque ses croquettes d’une babine énergique. Au bord de la fenêtre ouverte de la cuisine la cigarette se consume entre deux gorgées de café indispensables pour lancer la journée. Il doit faire -1° dehors. 14 Le chien gigote déjà du coté de la porte d’entrée pour faire comprendre que lui aussi a une envie urgente. – Ok Rapidos ! Deux minutes. –… Notre homme porte toujours la même tenue pour accompagner son ami à quatre pattes aux toilettes du quartier. Un vieux jean, un vieux polo délavé, une vieille parka kaki, vestige de son début de carrière et toujours son vieux Stetson. En fait tout est vieux sauf son chien. Les étages sont descendus très vite pour se mettre en jambes. L’allure se calme en franchissant la porte qui donne sur la cour car le petit vent d’est pique la peau et la truffe. Une autre porte et Rapidos peut se défouler en courant vers les bords de la rivière. Il est toujours heureux de sniffer un grand coup le long des rives qui donnent sur l’île de Versailles. Il est 06H38, les rues commencent à s’animer. Le chien va un peu vite sur la gelée du matin et ses coussinets perdent l’adhérence au sol suite à un brusque changement de direction lié au repérage d’une odeur d’un copain du secteur. Lucien se marre et sent effectivement sous ses pieds une petite couche de verglas du genre à commencer la journée aux urgences. Au bout de cinq minutes Rapidos a marqué tous les endroits stratégiques de son urine. Vue la température la sortie est écourtée et les deux amis remontent. 15 2 Lucien se refait un café pendant que la touffe de poils attaque sa toilette du matin affalée sur sa couverture un peu usée. Un petit coup d’œil au journal télévisé de 07H00 avant de prendre une bonne douche bien chaude. – Tu sais Rapidos, c’est toujours la même chose. La télévision joue sur notre côté voyeur pour faire de l’audimat. Toutes les horreurs de ce monde sont bonnes à rentabiliser ! Le chien regarde son patron car il a entendu son nom mais pour le reste il ne comprend pas grandchose. La seule chose qu’il ressent est une forme de contrariété dans le ton de la voix. – Un jour, je n’allumerai plus cet accessoire de vie afin de ne plus être manipulé et pour me donner une chance de me faire ma propre idée sur ce qui m’entoure. Quand tu penses que beaucoup de monde rêve de devenir une star adulée et le jour où cela arrive enfin ils mettent des lunettes noires pour ne pas être reconnus… 17 – … (la langue va et vient au rythme de sa respiration) – Toi au moins tu ne te poses pas trop de question ! Allez, à la douche. Il est 07H20. La porte de la salle de bain libère un nuage de buée. Le chien n’a pas bougé de sa couverture et suit du regard son compagnon à deux pattes qui se dirige vers la chambre. Il est temps de s’habiller. Le journaliste du petit écran au look fabriqué raconte toujours les mêmes horreurs entre deux pages de pub. Lucien enfile un uniforme, une grosse ceinture, quelques accessoires autour de la taille, ses rangers, et pour terminer son arme de service. Il est brigadier au commissariat de la ville de Nantes. Brigadier après 27 ans de maison. Tu parles d’une carrière ! 07H38. Il est à 15 minutes de son lieu de travail aussi il est temps d’y aller. Le fonctionnaire attrape son képi suivi de Rapidos qui sait qu’ils vont au boulot. 18 3 La vieille Volvo 240 break couleur gris délavé est couverte d’une fine couche de givre. Lucien fait monter son ami. Sa place est réservée à l’arrière. Un manteau recouvert de poils rend plus confortable les voyages. D’un geste vif la raclette en plastique libère le pare brise de l’emprise de la glace pendant que le moteur diésel s’adapte à la température du jour. – Hoouuuu… il ne fait pas très froid mais ce petit vent est cinglant ! –… – Tu as la truffe bien humide. C’est un signe de bonne santé ! – …(le regard affectueux de Rapidos suffit comme réponse) La voiture s’engage sur la voie en légère pente qui donne sur le quai de Versailles. Lucien utilise un maximum le frein moteur car le poids de son « camion » ne facilite pas l’adhérence au bitume. 19
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