Vicky et les Portes du Ciel - Page 1 - test Vicky et les Portes du Ciel Le Livre des Morts et le drame de Diamond Head 3 Pierre Dane Vicky et les Portes du Ciel Le Livre des Morts et le drame de Diamond Head Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1942-2 Dépôt légal : Novembre 2009 © Pierre Dane L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 Sommaire LE TUNNEL DE LUMIÈRE ................................ 11 LA SECTE DES JUDAÏTES ................................ 31 LA BIBLIOTHÈQUE COPTE.............................. 51 LE PAPYRUS DONNÉ À JUDAS....................... 71 LE MAÎTRE DE JUSTICE ................................... 91 LE CÉNACLE....................................................... 111 DANIEL ET LES PAPARAZZI ........................... 129 LE SOUTERRAIN VERS LE TIBRE .................. 147 WAIKIKI ET DIAMOND HEAD ........................ 165 LE SACRIFICE DANS LE VOLCAN ................. 183 VIKTOR EN SURSIS ........................................... 201 FESTIVAL DE MORT ......................................... 219 LA FIN DE GORDON HOGGARD..................... 237 9 LE TUNNEL DE LUMIÈRE C’était une sensation étrange : Daniel se rendait compte qu’il flottait dans l’espace. Il semblait s’éveiller du néant. Mais le plus curieux c’est qu’il lui semblait voir son environnement sans ouvrir les yeux. Au-dessous de lui, un corps gisait sur un lit, un corps inanimé qu’il savait être le sien, recouvert d’un drap blanc. À la tête du lit, des poches remplies d’un liquide et d’où pendaient des tuyaux transparents reliaient ce corps à des supports d’acier. À la tête du lit, sur un écran lumineux, une ligne verte horizontale scintillait. Daniel avait une impression de déjà-vu et que cela présageait quelque chose de terrible. Et soudain, il se souvint. Il était dans la rue, attendant que Vicky ait fait ses emplettes. Elle voulait rapporter à sa mère un souvenir de Jérusalem. Dans la vitrine, plus que de simples souvenirs, c’était des chandeliers à sept branches, d’autres à neuf branches et autres objets bien plus de culte que de souvenirs. Vicky voulait surtout ramener une mezouza afin que sa mère l’appliquât sur le chambranle de la porte d’entrée. Sa mère était d’origine juive, mais depuis longtemps ne pratiquant plus ou sans conviction sa 11 religion d’origine. Mais un petit souvenir d’Israël lui ferait plaisir. Daniel tournait le dos à la vitrine, curieux de la scène qui se jouait à ce moment en face lui. Un groupe de jeunes hassidim avait croisé un autre groupe de ceux-ci et ils échangeaient des propos dont il était bien incapable de comprendre le sens. De telles rencontres sont fréquentes dans ce coin de Mea She’arim, un lieu où il ne fait pas bon allumer son briquet un jour de shabbat, ni même d’y passer en voiture sans risquer de la faire caillasser. Car tout feu est interdit un jour de shabbat, or qui dit moteur dit combustion. C’est pourquoi les autobus ne desservent pas le quartier à cette période-là. Il y a toujours plaisir des yeux à croiser de jeunes hassidim avec leurs habits noirs d’un autre âge, le feutre également noir bien enfoncé sur les cheveux d’où pendent les longues mèches fines et tirebouchonnantes de part et d’autre du visage : les peots, plus communément appelés papillotes. Noire aussi la veste qui recouvre le tallith qatane, cette sorte de chasuble portant les franges rituelles aux quatre coins et dépassant le bas de la veste. Ce soir-là ils étaient cinq ou six devisant non loin de Daniel. Un jeune garçon passa entre eux. Il le remarqua d’autant mieux qu’il faisait tache parmi ces jeunes pieux avec sa veste beige trop ample et son bonnet crasseux. Un campagnard palestinien sans doute. Il s’arrêta à leur hauteur. Il semblait hésitant et son visage était crispé. Tout à coup il écarta un pan de sa veste, trifouilla un moment sur sa ceinture et soudain Daniel comprit, mais trop tard. La déflagration fit un bruit énorme et une flamme intense enveloppa le groupe. Dans le même temps 12 qu’il était projeté en arrière, un détail lui restait en mémoire : la face crispée du kamikaze et le chapeau noir de l’un des jeunes hassidim voltigeant dans l’espace. Et aussi le fracas de verre brisé de la vitrine, derrière lui. Puis ç’avait été le néant. C’était bien lui-même qui planait en ce moment au-dessus de son corps, car cela ne faisait plus de doute pour Daniel : c’était son corps inerte, là, audessous de lui. À ce moment deux hommes vêtus d’une blouse blanche entraient dans la pièce, vraisemblablement des internes. Ils venaient vérifier les flacons. Il lui sembla, par un geste, que l’un d’eux se demandait s’il ne fallait pas débrancher tous les tubes. Il rejoignit son collègue près de l’écran. Leurs commentaires étant sans doute en hébreu, il n’en put même pas interpréter le sens par leur intonation. Les deux hommes sortirent sans plus de précautions. Il lui sembla s’élever encore. Le corps inerte, audessous des draps, lui était indifférent. Soudain une pensée vrilla son esprit : et Vicky, qu’était-elle devenue ? Avait-elle été frappée, elle aussi, par la ferraille dont était chargée la bombe humaine ? Étaitelle morte comme ce corps allongé au-dessous de lui ? Il se remémora son image. Il l’avait aimée tout de suite et simplement parce qu’elle était belle, du moins selon son sentiment personnel de la beauté. Daniel était un esthète. Il était venu en Israël par dilettantisme, par besoin de connaître ce pays dont les journaux ne cessaient de parler. Peut-être lui inspirerait-il son prochain roman. Pour cela il avait bravé la course aux visas et rempli des interrogatoires ; il avait subi l’attente interminable et la fouille des valises et des sacs personnels à Orly 13 pour gagner le siège dans l’avion et le repas kasher sous blister, estampillé par le Grand Rabbin de Paris. L’avion avait décollé avec plus de deux heures de retard, si bien qu’il avait atterri à Tel Aviv passé minuit et le guide de l’agence n’était pas là. Il – ou plutôt elle – était arrivée avec près d’une demi-heure de retard et avait transbordé les cinq touristes (deux couples âgés et Daniel) dans un hôtel de Netanya pour une nuit écourtée. Elle, souriante, s’était présentée : Vicky ! et Daniel avait été ébloui par sa beauté et sa grâce. Il lui avait attribué guère plus de vingt-cinq ans. Elle l’avait accompagné, comme les autres, jusqu’à la porte de sa chambre. C’est là qu’il avait remarqué, pour la première fois, à droite sur le chambranle, à hauteur de tête, une mezouza, cette sorte de petite boîte contenant une prière et qu’on touche avec la main ou le front avant d’entrer dans la maison ou la pièce. Ç’avait été pour acheter une mezouza de cette sorte, mais plus ornée, que Vicky l’avait entraîné dans ce quartier de Mea She’arim, et au mauvais moment. Mais il n’avait aucun reproche à lui faire, il s’était trouvé là parce que le hasard l’y attendait. Mais elle ? Où se trouvait-elle maintenant ? Elle n’avait pas dû dormir beaucoup avant de les rejoindre à l’aéroport et pourtant son visage était frais sous sa chevelure brune à reflets roux, peignée en arrière, dégageant un ovale parfait rappelant à Daniel un portrait autrefois admiré à Florence. Il s’était même agacé de ne pas se souvenir de son auteur. Oui, vraiment, Vicky lui avait beaucoup plu, mais il se tint sur sa réserve d’autant que les autres passagers étaient d’un âge mûr (des retraités aisés, pensait-il) et qu’il se devait de ne pas accaparer leur guide. 14 Le circuit n’avait rien d’original. Il avait débuté dans une officine de diamantaire avec une démonstration de la taille des pierres et, comme de juste, le groupe avait été remis aux mains d’un vendeur fort déçu de son peu d’enthousiasme, ce qui lui confirmait que les touristes Français, pragmatiques, ne se lancent pas ainsi en des achats inconsidérés. Sur le thème du circuit chrétien, le groupe n’avait échappé ni à Capharnaüm ni à Nazareth, à Qumran et à Massada, y compris le bain dans l’eau ultra-salée de la Mer Morte qui vous met en apesanteur. À Jérusalem, ni le Mur des Lamentations, ni la visite du Sanctuaire du Livre, ni celle du Mémorial de l’Holocauste, n’avaient fait manifester de sentiments chez les quatre retraités vite fatigués. Au Mémorial des Enfants, cependant, Daniel avait été impressionné et ému par le rappel de ces milliers de jeunes juifs dont les noms sont égrenés à voix basse dans une chambre à peine éclairée et qu’il faut atteindre par un long couloir sans lumière figurant le corridor de la mort. Là, et parce que les pas de Daniel étaient hésitants, Vicky lui avait saisi la main pour le guider et il la lui avait serrée tant par son émotion du lieu que par le plaisir de ce contact. Comme c’était leur dernier jour avant leur retour en France, Vicky avait lâché les deux couples dans le dédale des rues commerçantes et le Cardo. Daniel n’avait eu garde de les suivre et avait demandé à Vicky de le conduire au Mur de l’Ouest, celui dit des Lamentations. Mais elle n’y entra pas et l’attendit à l’entrée de l’Esplanade. Daniel se coiffa d’un de ces chapeaux de carton mis à la disposition des visiteurs avant d’avancer vers le mur dont les pierres énormes, 15 lorsqu’il fut auprès de l’une d’elles, lui arrivaient à hauteur des épaules. Bien que parfaitement ajustées, leurs joints présentaient néanmoins une fente suffisante pour y glisser des prières ou tout autre message. Là, devant le mur, la tête et les épaules couvertes du châle de prière, le tallith, quelques dévots priaient, se balançant d’avant en arrière comme pour assurer une dynamique à la prière. Daniel, un peu gêné, s’était retiré, s’avançant vers l’extrémité du mur. Là, un muret séparait un groupe de femmes de celui des hommes bien que fêtant tous ensemble un même événement, une bar mitsva, comme le lui apprit plus tard Vicky : une sorte de communion solennelle comme celle des Chrétiens lorsque l’enfant a atteint ses treize ans, marquant sa majorité religieuse. Ayant assouvi sa curiosité, il était revenu vers Vicky. Elle n’était pas seule. Deux jeunes gens correctement vêtus, à l’allure de jeunes cadres supérieurs étaient en grande conversation avec elle. Il attendit, ne voulant pas interférer dans la conversation qui semblait des plus sérieuse et animée. Il s’était demandé s’il ne ferait pas mieux de s’éloigner, mais elle le vit et lui fit signe qu’il pouvait la rejoindre. – Deux amis, lui dit-elle. Ils sont Américains, mais ils peuvent comprendre le Français. Voici Thomas et voici Peter, et… – … et je suis Daniel. – Hi, Daniel ! – Désolée, mais il me faut rejoindre mes autres touristes et les ramener à l’hôtel. Venez ! Déjà les deux Américains leur tournaient le dos. 16
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