Le déni - Page 2 - test Roland DELEU Le Déni Offensive allemande des Ardennes 1944 – le courage dénigré Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-142-8 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Du même auteur : Glanures, aux éditions Editeur Indépendant, Paris, 2006 5 AVANT PROPOS "Il y a des temps où la disgrâce est une manière de feu qui purifie toutes les mauvaises qualités et qui illumine toutes les bonnes…" Card. de Retz A Noël 1944, dans un petit village de la Famenne, à quelques kilomètres de Bastogne en pleine offensive von Runstedt s'est déroulée une tuerie sauvage et bestiale perpétrée par le "Stadgericht", la compagnie spéciale SS d'Himmler. Trente quatre jeunes hommes tués un par un, abattus comme des chiens dans la cave d'une maison incendiée et abandonnée le long de la nationale 4 reliant Bruxelles à Arlon . Ces jeunes n'avaient rien fait contre les Allemands, ils étaient des otages exécutés en représailles pour une action de résistance organisée en août 1944 avant la retraite des armées ennemies. 7 Au-delà de l'horreur de ce massacre, des questions se posent encore aujourd'hui sur le jeune homme courageux, le seul rescapé de la tuerie, qui parvint à s'évader de la file des condamnés. Pourquoi ? Comment ? … Ces questions déchirent les habitants du village et des environs …D'autant plus que ce jeune homme a toujours prétendu avoir sollicité ses compagnons d'infortune pour le suivre dans sa fuite en risquant le tout pour le tout. Chaque année, au cours des cérémonies de commémoration de ces tragiques évènements, des rivalités surgissent et des discussions violentes s'engagent sur la véracité de l'attitude et du comportement de cet" héros", seul survivant… Estce vraiment un homme audacieux ou un collaborateur que les SS ont laissé fuir pour tenter de ne pas révéler sa trahison durant la guerre … ou celle de son père ? Le récit que j'entreprends sous forme romancée essaye de remettre les témoins de l'époque en présence en tentant de comprendre leur point de vue, mais ce qui reste encore aujourd'hui : c'est un Déni de l'acte courageux entrepris par mon héros : Champon Valère. Déni, suspicion ou reproche ? L'analyse du nombre de victimes reste également troublante en comparant ce nombre avec les règles strictes des SS sur l'exécution des otages… Il 8 semblerait qu'il y avait un homme en trop dans la file des condamnés ? C'est le dilemme présenté à mes lecteurs avec tous les protagonistes d'une tragédie dont les années ne parviennent pas à effacer les traces néfastes. Roland DELEU 9 Chapitre I « Chez Louise » « Bonjour tout le monde !… Quel temps ! Quelle poisse ! Et avec ces travaux sur la nationale : c’est le bouquet !… Louise mettez-nous 2 blancs s’il vous plait ! » L’accent chantant du terroir adoucit quelque peu la voix forte de l’arrivant, Valère Champon. Bien emmitouflé dans sa veste en peau de mouton Valère s’assied en s’écroulant sur la chaise près de son père Hyppolite non loin du poêle placé au milieu du café. Il sort un mouchoir de poche et s’éponge le visage dégoulinant de pluie et de neige fine. La tenancière du bistrot, Louise Sampon, amène les deux verres de genièvre (le péquet) à la table, puis elle déplace machinalement la bouilloire d’eau vers le côté du feu. « Ne serait-il pas préférable qu’il gèle un peu au lieu de cette grisaille », dit-elle d’un ton désinvolte « Pas possible d’avoir une maison propre avec cette gadoue… C’est aussi une idée saugrenue de commencer les travaux de la route juste avant l’hiver ! 11 Enfin, il faut y passer » Puis s’adressant au vieil homme « Alors Hyppolite vous avez été à messe cet après-midi ? Il y avait beaucoup de monde cette année, hein ? Ben oui, c’est déjà le quarantième anniversaire de la tuerie… mon Dieu ! On dirait que c’était l’an dernier… » Louise conclut son monologue et Hyppolite acquiesce de la tête en souriant. Ensuite, elle retourne vers le bar pour y prendre un chiffon et elle se met à frotter les tables et les cendriers. Accoudés au comptoir, trois clients discutent tranquillement. Sur le côté, devant une tasse de café, deux dames chuchotent à voix basse. Un homme tout recroquevillé semblant endormi est affalé sur sa chaise près d’elles. C’est la famille Chavron, mère, fille et petit-fils très handicapé. Dehors, de minuscules gouttelettes de pluie mêlée de neige tombent sur l’asphalte de la route. D’immenses tuyaux de canalisation jonchent les bascôtés entre des monticules de terre et de grenailles de pierre. De lourds nuages gris alternent avec quelques pans de ciel bleu-acier permettant à la pâle lueur du soleil d’éclaircir quelques secondes l’atmosphère cafardeuse de ce jour de décembre 1984. Au loin, dominant les accords d’une fanfare dans la rue principale, un chien aboie méchamment, attaché à l’angle d’une villa. 12 A travers la grande baie vitrée du café, on distingue à peine le clocher de l’église de Dabenne, située au sommet de la crête enjambée par la grande rue traversant le village. Oui, le temps est d’un gris hargneux annonciateur des frimas de l’hiver parfois très rude dans la région. « Alors parrain, je ne vous ai pas fait attendre trop longtemps ? » demande Valère à son père. Hyppolite se contente de répondre par un signe de la tête avant de porter son verre de péquet à ses lèvres. « Ben non ! Parrain aime bien venir près de moi… Pas vrai Hyppolite ? » enchaîne Louise. Le vieil homme sourit un peu en frottant sa bouche avec la manche de sa veste de velours noir… puis il enchaîne : « Dommage que je sois trop vieux sinon je pourrais vous répondre de meilleure façon, si vous devinez ce que je veux dire ? » « Vous n’êtes qu’un petit vagabond » lui rétorque aussitôt la patronne « Mais je vous aime bien quand même ! D’autant plus que vous êtes tout beau aujourd’hui ! C’est la Nelly qui vous a fringué ainsi ? Elle vous soigne bien, hein, votre belle-fille, vous êtes un gâté, allez ! » Un sourire bien commercial s’imprègne sur le visage de Louise. Elle est vêtue d’un grand tablier blanc plus ou moins immaculé, bien en chair, les cheveux teintés d’un roux acajou… elle doit avoir la soixantaine. 13 En Ardenne, comme en Famenne, on se tutoie très rarement et le vous –prononcé « vôs »- est utilisé lors de toute conversation, à l’exception des parents vis-à-vis des enfants et des couples. Un des trois personnages accoudés au comptoir se retourne vers Hyppolite avec un regard malicieux et tendre en lui disant « Les femmes, hein, les femmes elles sont toutes les mêmes n’est-ce pas Monsieur… beaucoup de bla-bla ! ». Un air de satisfaction traverse les yeux du vieillard, Hyppolite aime que l’on s’intéresse à lui ! « Vous n’êtes pas de la région ? » demande-t-il. « Non répondit l’individu, je viens de Gand, je ne suis pas du coin. » Un fort accent flamand enchevêtre ces paroles, puis s’adressant à Louise, il crie « Patronne remettez-nous deux pintes et un coca… Qu’est-ce qu’il y a donc de spécial aujourd’hui dans ce patelin ? » « C’est l’anniversaire du massacre de Noël 1944… » répond Hyppolite « Ces boches ! Ils en ont fait des saloperies, savez-vous ! Ah, Monsieur, j’ai 84 ans et j’en ai vu des vilenies pendant les deux guerres ! Maintenant, on me dit que je radote, alors je ne dis plus rien » il se tait un instant puis il poursuit « Valère, c’est mon fils… Lui, aussi en a vu ! Enfin, c’est du passé et pour moi le passage dans la fournaise se termine. La pire espèce animale ; c’est l’homme, croyez-moi, Monsieur. » Puis le vieillard reprend son verre et après un nouveau silence, il ajoute « Aujourd’hui, la guerre 14
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