Hold-up - Page 1 - Du même auteur : Futura ou la superposition des mondes Éd. Du XX mars – 1997 – science-fiction Le passage Ed. des Ecrivains – 2001 – roman Carole, la Caladoise Ed. des Ecrivains – 2003 – thriller réédition – Ed. HDP / J.M. Monnot – 2007 Ils, hold-up à la Road International Bank manuscript.com – 2004 – policier Périls Ed. J. André – 2005 – roman catastrophe H5N1, le virus envahisseur Ed. HDP –/J.M. Monnot – 2006 – roman catastrophe Carole, qui es-tu ? Ed. HDP – J.M. Monnot – 2007 – thriller Le livre défendu Ed Edilivre – 2010 – humour 4 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3620-7 Dépôt légal : Juillet 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 1 Tout était calme à l’agence bancaire de la Road International Bank ; les clients patientaient, respectant la ligne jaune à ne pas franchir pour la file d’attente. Un homme entra, l’œil aux aguets. Sa main droite enfouie dans la poche de sa parka attira l’attention d’un agent de sécurité posté dans le PCS, local sécurisé réputé inviolable. L’agent déclencha une alarme silencieuse et aussitôt tous les caissons contenant des valeurs se refermèrent, provoquant une série de claquements secs. Les employés affichèrent un calme feint tandis que les clients sursautèrent et se demandèrent la raison de ce tumulte. Le dernier arrivant fit demi-tour et sortit de l’agence. Il se retrouva dans la ligne de mire de deux policiers ; un troisième représentant des forces de l’ordre l’approcha par la gauche, son arme de service à la main. L’homme leva les bras et se laissa fouiller sans rébellion. Le policier sortit un pistolet automatique de la parka ; l’homme reconnut son intention de braquer l’agence. Le directeur de la Road International Bank fut rapidement mis au courant de cette tentative avortée et il remercia les forces de l’ordre ainsi que son agent de sécurité qui avait su prendre la bonne décision pour 9 préserver ses collègues. A travers cet agent, le directeur rendit hommage à tout un corps de métier qui œuvrait pour assurer la tranquillité de chacun. En finale, ses remerciements allèrent à Dany Vizion, formateur et responsable des agents de sécurité. A la fin de cette même semaine, Vizion fut appelé en salle de conférences. Les responsables des différents services et les cadres étaient là pour l’accueillir. Le directeur de l’agence lui adressa un discours chaleureux et l’invita à se servir : un somptueux buffet attestait de la reconnaissance de la banque pour le responsable de la sécurité. – Mon cher Vizion, poursuivit le directeur, nous vous sommes tous redevables une nouvelle fois. Votre équipe a réussi à déjouer sa trentième tentative de hold-up depuis dix ans, date à laquelle vous avez pris en main une équipe d’agents peu motivés, livrés à eux-mêmes et sans consigne à appliquer. Depuis le banditisme a pris diverses formes et a justifié la création du poste que vous occupez aujourd’hui. De nos jours, toutes les banques et les établissements financiers possèdent des correspondants ou des coordinateurs de sécurité. Vous êtes un expert dans ce domaine et votre équipe a encore fait preuve de son efficacité ces derniers jours. Aussi la connaissance de votre grand professionnalisme est remontée jusqu’à notre siège central, qui vous réclame sans délai à Paris ! – Monsieur le Directeur, je vous remercie de la confiance que vous me faites, mais je ne peux pas accepter une telle offre ! L’efficacité de mon équipe réside sur une entière adhésion de mes agents, sur une parfaite connaissance des lieux, des clients réguliers et des procédures d’urgence. Ici, toute nouvelle tête 10 est observée avec beaucoup d’attention : nous travaillons dans une petite agence, de taille raisonnable. Mon équipe et moi ne serions pas aussi efficaces au siège central : le bâtiment est trop difficile à surveiller à partir de postes fixes. Comment voudriez-vous pouvoir surveiller efficacement un vieil édifice de cinq étages, divisé en d’innombrables bureaux reliés par d’interminables couloirs, qui sont de véritables labyrinthes ? Cela n’a aucune comparaison avec notre petite agence de plein pied ! – Ne vous en faites pas ! Nos dirigeants ne vous demandent pas d’arriver dans un bâtiment inconnu pour tout mettre en œuvre ; seulement les plans successifs de « Vigipirate » leur ont fait prendre conscience de la fragilité et de la vulnérabilité de leurs systèmes de sécurité. Il existe déjà une équipe sur place, formée pour protéger les biens et le personnel, mais le risque d’un hold-up existe et nos patrons souhaitent discuter avec vous de cette probabilité. Certes notre commune n’a pas la taille de la capitale, mais une attaque à main armée ou un chantage à l’explosif doit être traité de la même manière dans toutes nos agences ! Ici, nous sommes confiants dans votre équipe et nous ne voyons aucune raison de vous retenir : Paris vous réclame et nous ne pouvons qu’applaudir cette situation ! – Puis-je espérer que cette situation sera de durée limitée, tout comme un détachement ? Je n’aime pas Paris ou plutôt ses habitants qui ont la fâcheuse habitude de considérer les Provinciaux comme des arriérés, des analphabètes ! – Allons, comme vous y allez ! Paris abrite aussi des gens de tous les coins de l’hexagone, des immigrés, des touristes… Ne réagissez pas comme une 11 minorité des Franciliens qui vous donneraient généreusement un Q.I. nul, à défaut d’un nombre négatif ! J’aurais espéré plus d’enthousiasme de votre part pour accepter de sécuriser efficacement notre maison mère ! – Je monterai à Paris, puisque je le dois et je ferai de mon mieux. J’espère seulement que mon absence ne détruira pas tous les efforts que j’ai faits pour nouer le dialogue avec mes agents de sécurité. Ces hommes sont très fiers de leur travail et de leur efficacité ; ils attendent encore beaucoup de moi pour une amélioration pécuniaire de leur métier à peine plus rémunéré que le SMIC. Leur réussite est le résultat de mon travail de formation, de mon management ; je redoute que mon départ soit synonyme pour eux d’abandon de leur revendication salariale et qu’ils retombent au niveau où ils étaient avant mon arrivée ! – Ne vous en faites pas, le Comité de Direction et moi, nous serons là pour veiller à ce qu’ils poursuivent leurs tâches avec autant de zèle et d’efficacité ! De plus, nous allons leur offrir une liaison intranet avec Paris et vous pourrez ainsi continuer à dialoguer ensemble, via internet ! Votre prise de fonction au siège central peut-être repoussée de quelques jours, mais pensez que le temps travaille contre vous ! Croyez-vous que vos homologues parisiens voient votre arrivée d’un bon œil ? Plus ils auront du temps pour s’interroger sur le bien fondé de votre venue, plus ils pourront supposer que leur Direction les juge inefficaces ! Il ne faut pas leur laisser le temps d’instaurer un climat de suspicion, de révolte ou de rancœur. Vous allez prendre leurs équipes en main contre leur gré, vous devrez vous 12 montrer ferme et décidé ; cachez-vous au besoin derrière votre expertise reconnue et les résultats obtenus ici ! Quelques jours plus tard Vizion se rendit au siège central. Le grand bâtiment sombre, qui occupait à lui seul un pâté de maison tout entier, avait l’air sinistre. Un vigile était en faction à l’entrée principale. Sa présence était requise durant les heures de présence du personnel. La Road International Bank était entourée de bâtiments administratifs dont le siège social de la banque privée Investissements sur l’avenir qui faisait face à son entrée principale. La circulation routière était fortement ralentie par divers obstacles : voies rétrécies, passages surélevés, feux tricolores… Dany réalisa que l’agence centrale de la Road International Bank risquait peu de faire l’objet d’un hold-up avec fuite en voiture : les lieux n’étaient pas propices et la proximité d’un poste de police était assez dissuasive pour le petit braquage à l’arme de poing. Vizion estimait qu’il n’y avait pas plus de chance de pénétrer le bâtiment avec une voiture bélier : l’épaisseur des murs et la solidité des lourds battants en bois avaient démontré leur invulnérabilité par le passé, durant l’occupation allemande. Le Provincial comprenait pourquoi les responsables parisiens chargés de la sécurité ne s’inquiétaient pas trop de la protection de l’immeuble et du personnel. Vizion aurait voulu faire le tour du pâté de maisons pour découvrir le siège central sous toutes ses faces, mais le temps pressait et les grands patrons parisiens devaient déjà s’inquiéter de son retard. Il ne prolongea pas sa reconnaissance extérieure, de peur de pénaliser sa première entrevue avec les dirigeants de la Road International Bank. Il passa alors à côté du vigile en 13 faction et pénétra dans un grand hall. Là, un homme en uniforme marine lui demanda ce qu’il voulait et le pria d’attendre que quelqu’un vienne le chercher. L’agent à l’accueil ne lui accorda plus un regard, occupé à diriger d’autres personnes vers les guichets ou des services disséminés dans les étages. Les personnes devant accéder aux autres niveaux devaient toutes attendre que quelqu’un les dirige. Vizion profita de ce laps de temps pour observer les lieux : il découvrit aussitôt plusieurs caméras, dont certaines à vision directe, sans enregistrement possible. Il devina les emplacements des commandes de déclenchement d’alarme silencieuse qui étaient imposés aux mêmes endroits dans toutes les agences, par circulaire. Il lui suffit d’observer le manège des employés et de repérer les personnes statiques pour savoir sous quels bureaux se trouvaient les boutons d’alarme. Dans l’agence qui l’employait, Dany avait réussi à biaiser cette directive parisienne en plaçant des agents de logistique interne à proximité des déclencheurs durant l’ouverture des guichets. Sous prétexte de faire de la mise sous plis ou des photocopies, ce personnel gardait un œil rivé sur les mouvements des clients. Cette surveillance, doublée par celle du personnel de sécurité confiné dans un poste de commandement sécurisé, avait eu raison des trente dernières tentatives de hold-up. – Monsieur Vizion ? Celui-ci se retourna pour découvrir une femme d’une cinquantaine d’années ; sa tenue soignée et sa voix posée trahissaient son rôle de secrétaire de direction. – Oui, répondit l’homme peu enclin au bavardage inutile. 14 – Voulez-vous me suivre ? Poursuivit l’employée après s’être présentée. Elle s’appelait Virginie Noth et tenait le secrétariat des deux plus grands directeurs de la banque. Elle n’affichait aucune réaction à la venue de Dany ; pour elle, il n’existait ni Parisiens, ni Provinciaux, seulement son travail et son travail… Vizion pénétra dans la salle de conférences, réservée aux dirigeants et au conseil d’administration. Plusieurs personnes l’attendaient : une majorité d’hommes engoncés dans des complets marine, gris ou marron. Deux femmes tenaient compagnie aux cinq hommes ; leur tenue était tout aussi sévère que celle de leurs compagnons masculins. Avec sa veste prune, sa chemise bordeaux au col dégrafé et son jean, Vizion comprit qu’il pénétrait dans un autre monde. Il n’était plus en Province, fondu dans la foule : ici il devait afficher son appartenance au très respectueux établissement financier. Il devinait la moquerie des personnes présentes au comité d’accueil, il avait surpris leurs regards amusés. Cette première entrevue mettait le Provincial mal à l’aise, il se sentait à son désavantage face à un groupe muet et sournois. – Monsieur Vizion, s’écria un homme en costume marine, vous croyez-vous en vacances ? – Pas du tout, et je m’excuse pour mon retard, rétorqua ce dernier qui fit mine de ne pas comprendre l’allusion à sa tenue vestimentaire. Je n’ai pas l’habitude des transports parisiens, poursuivit-il, et les travaux de la gare Montparnasse rendent ses accès aux métros complètement impossibles pour une personne de transit ! – Vous verrez, poursuivit son interlocuteur, que Paris est la plus belle des capitales ! Ici, nous portons le sérieux de notre établissement aux yeux du monde 15 entier, aussi une certaine retenue est de rigueur, tant dans nos actes que dans notre… – Présentation… interrompit Vizion qui retira sa veste et la jeta sur le dossier d’un siège placé près de lui. Je n’ai pas accepté de bon cœur de venir travailler ici, seulement j’ai une conscience professionnelle et je demeure loyal envers mon employeur. Lui, vous ou quelqu’un d’autre a exigé ma présence ici, je ferai de mon mieux pour satisfaire sa marque de confiance, mais ne me demandez pas de changer mes habitudes, ma façon de vivre. Je ne pourrai pas réfléchir si je dois parader en même temps comme un boy’s band ! L’homme au complet marine allait répliquer lorsqu’un autre intervint : – Monsieur Vizion, votre expertise rachète votre insolence mais n’en abusez pas. Ne mettez pas dans la tête de notre personnel l’idée de banaliser sa tenue vestimentaire. Nous n’en sommes pas encore à licencier pour refus de port de cravate, mais nous saurions très bien trouver des erreurs professionnelles à nos agents trop excentriques ou marginaux. Vous semblez tout ignorer de notre façon de vivre à Paris ; je veux bien admettre que la civilisation ne soit pas encore parvenue jusque chez vous mais je vous prie, en temps que vice-président de la Road International Bank, de vous plier à l’avenir à nos consignes vestimentaires. Considérez ce sujet clos pour aujourd’hui et acceptez que les personnes ici présentes vous dévoilent leur fonction ! – Pierre Komme, responsable de la communication, tant externe qu’interne ! Enchaîna l’homme au complet marine. Il gardait les mains dans les poches et semblait ne pas vouloir se rapprocher de Vizion. 16
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