La course au Danube, Dardanelles 1918 - Page 1 - test Louis MARCON La course au Danube (Dardanelles 1918) Témoignage Éditions APARIS - Edilivre collectionÉditeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Les succès immenses remportés peu après sur le front occidental, ont rejeté dans l’ombre l’éblouissante Victoire de cette armée d’Orient si dédaignée. Jean De PIERREFEU (G.Q.G., Secteur 1.) Je dédie ces pages à tous mes Compagnons d’armes, qui ont pris part à cette mémorable campagne : à ceux ayant achevé la route si glorieusement frayée au départ, après les journées des 14, 15 et 16 septembre 1918, comme à ceux pour lesquels a sonné en vain l’heure de la Grande Relève, et dont les tombes jalonnent, toutes, la distance de Salonique au Danube, en passant par Istip, Igri-Palanka, Sofia, Kmadjevatch et Nich. Quatorze années se sont à peine écoulées et voici que tout ce qui se rapporte à cette mémorable odyssée a déjà pris, dans nos souvenirs, figure de légende, à cause de la grandeur de cette singulière épopée, qui ne laisse cependant après elle que quelques traces à peine sanglantes. Car il était dans notre destinée d’avoir à combattre, aussitôt après la rupture du front GERMANO-BULGARE, le géant qui s’appelait la Route, lequel trois mois durant se dressa devant nous, terrible et menaçant. Lutte combien émouvante et parfois tragique dont j’ai voulu simplement relater ici les principaux épisodes, aidé en cela par un témoin rigoureux : « Mes notes de Campagnes ». Louis MARCON – 1932 9 A la mémoire de mon grand-père que j’ai si peu connu. Poilu de la Grande Guerre, Combattant dans l’Armée d’Orient, décoré de la médaille des Dardanelles et par deux fois de la Croix de Guerre. J’ai voulu en proposant la réédition de cet ouvrage, faire revivre sa mémoire et son épopée dans ce terrible conflit mondial. Je dédie cette réédition à toute ma famille, pour ne pas qu’elle oublie. Fabienne Mai 2007 « C’est par la connaissance de son passé que l’on comprend son présent. » 11 PREFACE Orient ! Visions tragiques….. Visions magiques. Ce livre en est rempli. Par la lecture des émouvantes pages qui vont suivre, l’auteur nous fera revivre, étape par étape, le douloureux calvaire qui fut imposé à cette héroïque Armée d’Orient, au long de sa formidable course vers le Danube. Nous verrons se dérouler les épisodes de l’offensive victorieuse qui, depuis la très belle et décisive victoire du Dobropolje, les 15 et 16 septembre 1918, ouvrit aux troupes alliées la route vers la Serbie… Vers la Victoire, vers la Paix…. Nous suivrons, à l’aide de ce carnet de route bien vivant, dont la présentation révèle un travail consciencieux, respirant la sincérité, les péripéties douloureuses qui marquèrent la lutte gigantesque menée pendant plusieurs mois par ces magnifiques soldats, lutte qu’ils soutinrent opiniâtrement jusqu’aux extrêmes limites de la résistance humaine. Puis, les pires épreuves subies, nous apprendrons par quel miracle d’énergie s’opéra le redressement parmi ces 13 hommes qui, ayant été aux prises avec l’adversité, marchaient toujours.. Marchaient quand même….Nous partagerons aussi la joie, sans mélange, de ceux qui survécurent et parvinrent au terme du voyage. Nous admirerons les magnifiques pages où l’auteur, dans un style d’une belle forme classique égaiera son récit d’anecdotes parfois suggestives et édifiantes, tant sur les faits vécus que sur les personnages rencontrés, ou les superbes paysages entrevus. Toutes choses remarquables dans un cadre unique. Le détail amusant ou pittoresque soulignera l’attrait de l’exposé et l’intérêt ira croissant avec la lecture. Qu’il soit permis d’indiquer que l’auteur, qui est un dévoué et modeste militant d’un de nos meilleurs groupements locaux, a eu la délicatesse de dédier son livre, non seulement à ses compagnons d’armes survivants de cette légendaire épopée, mais encore et surtout, à ceux « dont les tombes jalonnent », tout au long, la route qu’ensemble ils ont parcourue. Devant tant de mérite, c’est avec un peu de confusion que j’exprime, pour ainsi dire, ma fierté d’avoir à apposer ici quelques lignes. Je veux à mon tour m’associer, dans cette courte préface, à l’hommage de profonde affection si légitimement rendu à nos vaillants camarades de l’Armée d’Orient. 14 Et maintenant, ami lecteur, savourez à loisir ces délicieuses pages ; leur lecture m’a profondément ému et ravi. JEAN BUCLON Secrétaire de la Commission de Contrôle de l’Union fédérale ; Président de la Fédération de la Drôme des Associations de Victimes de Guerre et Anciens Combattants 15 CHAPITRE I L’OFFENSIVE VICTORIEUSE L’autel des holocaustes – L’heure X – Tragiques péripéties – P.O. communique… – L’irréparable méprise – Le cortège des ombres – Le repaire de la mort – Dobro Serbo !... Grivitza, 11 septembre 1918. C’est la veille de l’attaque. La 17° division coloniale occupe, sur les pentes boisées du Dobropoldje, ses positions de combat définitives, en liaison avec la 122e, dont le front s’étend à gauche, jusqu’au-delà du Sokol. Nous avons derrière nous, un panorama splendide, qui va des monts d’Albanie au golfe de Salonique. Là s’offre à notre vue l’un des plus merveilleux cadres de l’Antiquité : au sud, le mont Olympe, dont le sommet, séjour des dieux, s’auréole chaque matin d’une nuée qui resplendit sous les feux du soleil levant ; à l’ouest, la cime azurée des monts Candaviens ; à nos pieds, la grande plaine où se 17 déployaient jadis les phalanges macédoniennes s’exerçant à de vastes conquêtes. L’emplacement de Pella, capitale de l’ancien royaume de Macédoine, est situé dans la région des grands tumulus. Quittant le secteur de Doiran pour aller dans la boucle de la Cerna, nous le traversâmes, un matin d’automne, sous un ciel gris qu’emplissait un vol de corneilles. Quelques vestiges de canalisation, de rares débris de construction émergeant à peine du sol, voilà tout ce qui subsiste de la ville d’Alexandre le Grand. Etiam periere ruinae. Même les ruines s’en vont en poussière. Plus à droite, sur la ligne de chemin de fer de Salonique à Bitolia, voici Verria, l’ancienne Bérée où Paul, Serviteur de Dieu et apôtre des nations, séjourna en compagnie de Silas et de Timothée. Devant nous, c’est la ruée des hêtres vers les sommets invisibles cachés par les hautes frondaisons. Là-haut, dans quelques heures, sera le champs de bataille, dressé comme un immense autel aux sanglants holocaustes, face à ces républiques et à ces royaumes déchus de leur splendeur pour avoir trop sacrifié, peut-être aux divinités de la guerre. Autour de nous, tout a perdu cet aspect de forêt vierge que nous admirâmes les premiers jours de notre arrivée. Glogott, nom d’une simple clairière à 3 km à l’arrière, désigne maintenant un vaste camp où d’innombrables trappeurs auraient planté leurs tentes. Bûcherons et pionniers ont pénétré partout, ouvrant des voies d’accès, créant des emplacements de batteries où s’accumulent les munitions. Le fer détrône le bois dans son empire même, mais le site reste grandiose avec ses hautes futaies et son 18
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