Kyrie Eleison l'enfant esclave tome 4 - Page 2 - dernier tome de la saga de Martine MAFFLY aux éditions EDILIVRE Martine MAFFLY Kyrie Eleison (Seigneur prends pitié) Livre I : L’enfant esclave Tome 4 Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-178-7 Dépôt légal : Avril 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays KYRIE ELEISON : DU GREC ‘Kurie eleeson’ ANTIENNE TYPIQUE DE LA LITURGIE ORTHODOXE signifiant ‘SEIGNEUR, PRENDS PITIE ‘SEIGNEUR AIE PITIE’ Du même auteur Editions EDILIVRE APARIS Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 1 Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 2 Kyrie Eleison, L’enfant esclave, Tome 3 A paraître : Kyrie Eleison, L’Ange noir Chapitre dix-neuf « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » (Montaigne, Essais) JOURNAL DE MIKHAÏL Quinze décembre Un mois déjà qu’il est là. Un mois déjà que Sacha et moi nous nous contentons de nous effleurer lorsque nous nous croisons dans les couloirs, d’échanger quelques regards ou sourires discrets. Notre temps de bonheur a été très court. Intense et inoubliable. Mais si rapide. Je n’arrive pas à détester le marquis. Lui non plus ne me hait pas. Il doit se douter pourtant qu’il y a eu quelque chose entre elle et moi. Il existe entre lui et moi quelque chose d’ambigu, de pas clair, que je ne parviens pas à déchiffrer. Toujours est-il que le marquis s’adresse à moi sans mépris, sans me rabaisser, avec une sorte de respect que je ne m’explique pas. Ptit Loup va bientôt rentrer : Avant la fête du solstice du 25 décembre et il restera parmi nous jusqu’à la fête de Noël du 6 et 7 janvier ; il repartira juste après. Ce sont le marquis, Sacha et la comtesse qui vont aller le chercher… avec la troïka bien sûr. Je pensais être du voyage, mais le comte a déclaré qu’en raison de mon impertinence perpétuelle, il était hors de question que j’aille me balader et qu’il m’avait concocté quelques petites corvées enrichissantes (pour lui surtout) pour me passer le temps ! Dix-neuf décembre Piotr est venu m’annoncer que sa chère cousine Nika vient de donner naissance à une petite fille. Qui est venue avec de l’avance car elle n’est pas bien grosse. La mère de Maroun, promue grand-mère, est en train de parcourir le village en clamant que la petite est tout le portrait de son père… enfin j’espère que quand elle dit « son père », elle pense à Maroun… et non à moi. J’ai consulté Piotr pour savoir si je devais faire une visite de courtoisie mais il m’a rétorqué que ce n’est pas ce qu’il y avait de plus intelligent comme idée… surtout si je tombe sur la grand-mère qui m’en veut toujours. Donc, j’ai chargé Piotr, mais aussi Slava et Vania, d’aller en visite, d’examiner le bébé et de me donner leur opinion sur le père présumé. Deux heures plus tard : Mon équipe d’espionnage infantile est revenue : ils sont unanimes : la petite est de Maroun. Même yeux, même menton, et une petite tâche de naissance sur le haut du front qui ne trompent pas. En outre, Maroun, qui n’a jamais fait d’étincelles, est fier comme un paon et il trône à l’entrée de son isba en interpellant tous ceux qui passent pour qu’ils viennent voir la petite merveille que lui a donnée sa femme et qu’il a réussi, lui Maroun, dit « le simplet ». Je suis content pour lui. Et pour moi surtout. Extrêmement soulagé. L’épisode Nika est bouclé. Fin du journal 20 décembre Ils étaient tous deux installés au chaud dans le fenil, Ptit Loup lové contre Mikhaïl, comme à son habitude. Ils croquaient des biscuits au pavot, préparés par Maria et Dora pour les fêtes à venir, qu’ils avaient chipé dans la cuisine avec une cruche de kvas tout frais. – Alors, reprit Ptit Loup enthousiaste, si tu avais vu la tête des autres garçons lorsque la troïka est arrivée et qu’ils ont aperçu Sacha avec son manteau de princesse et puis le marquis et la comtesse et qu’ensuite Sacha m’a appelé bien fort « ptit frère » ! Ils en étaient tout verts ! Je crois qu’ils vont se poser des questions ! – Pourquoi ? Ils ne t’acceptent pas ? – Certains si. Mais ils ont bien vu que je n’ai pas leur niveau d’éducation et que je suis encore ignorant de beaucoup de choses. Ils se demandaient quelles étaient mes origines et ils doutaient que je sois réellement le fils d’un comte. Maintenant, ils vont me croire. Mais j’ai dû me battre deux ou trois fois tu sais. Heureusement que tu m’as appris quelques passes, je ne m’en suis pas si mal sorti. – Et avec le fils de l’apothicaire ça va bien ? – Nikita ? Oh oui ! Tu aurais vu la tête qu’il a faite quand il m’a vu au collège ! J’ai dû lui raconter un peu mon histoire et il n’a jamais rien révélé à personne. Tu sais que je vais chez eux le dimanche ? Son père a un petit laboratoire, dimanche dernier, il nous a montré comment on fabriquait des pilules. J’aime bien aller chez eux, je me sens moins seul le dimanche, sinon, je suis un peu triste, j’ai l’ennui de Kosva tu sais. – Mais tu aimes toujours étudier ? – Oh oui… mais c’est difficile. Les maîtres ont de grosses baguettes et ils te tapent dessus si tu réponds mal. On ne peut pas dire de gros mots aussi. J’ai été puni à cause de mon langage, j’ai dû nettoyer toute la cour ! – Je trouve que tu t’exprimes mieux, tu as fait de gros progrès tu sais ! Je suis fier de toi ! Tu vois qu’un petit moujik peut apprendre comme les autres ! – Si les autres savaient d’où je viens, ils en seraient malades. Par contre, je me suis fait mal voir d’un des professeurs. J’ai contesté son cours ! – Tu as quoi ? – Contesté ! C’est ce qu’il a écrit sur la feuille de punition. Mais je ne pouvais pas le laisser dire les conneries qu’il débitait… – Ptit Loup ! Surveille ton langage ! – C’est difficile de devoir toujours s’exprimer comme il faut ! Enfin, écoute-moi donc un peu… hum… ils sont extra les biscuits de Maria… bon ben ce professeur, il nous a fait un cours sur l’esclavage et toutes les nouvelles lois… – Aïe aïe aïe ! – Et bien, je me suis levé, et je lui ai dit qu’il disait des mensonges et que ce n’était pas vrai que les esclaves sont inférieurs aux humains et que toi tu étais le plus malin ici et que les lois elles étaient injustes et que… Le petit s’était animé en parlant et il s’était redressé d’un coup, toute son indignation revenue : – Et puis… et puis… j’ai été puni pour insubor euh… insorbation… – Insubordination ? – Oui, c’est ça. J’ai reçu dix coups de canne et j’ai dû faire une page entière de calcul. Et ils ont écrit une lettre à mon père. Mais il ne m’a rien dit quand je suis arrivé. Je pense qu’il est trop occupé à caser Sacha, tu ne crois pas toi ? Dis, si on allait porter le reste des gâteaux à Ivan ? Il m’a dit qu’il sait plutôt bien lire maintenant… et calculer aussi. Il m’a demandé si on pourrait lire un peu ensemble ce soir… dis, tu me montres ce livre de pirates que vous lisiez avec Kolia… je vais le prendre et on va le lire ensemble lui et moi. Vingt-deux décembre Mikhaïl était en train de remplir les verres du comte, du marquis et du médecin, lorsque la comtesse entra, l’air affairé et quelque peu affolé, parcourut la pièce du regard, vit qu’il ne manquait plus qu’elle, et finit par fondre sur son époux : – Oh Igor… que se passe-t-il ? J’ai trouvé la petite rousse du moulin en train de pleurer dans les bras de Slava… dans la cuisine… comment s’appelle-t-elle donc cette petite… Zlata non ? Slava m’a dit que vous étiez au courant, que vous m’expliqueriez. Le comte eut un geste fataliste : – Oh… une histoire banale… mais que je dois régler rapidement… figurez-vous que le père de la fille est arrivé vers moi en traînant la gamine échevelée derrière lui et en réclamant justice. – Seigneur ! Que s’est-il encore passé ? – La fille est enceinte ! – Et bien, il faut la marier avec son galant ! Où est le problème ? – La donzelle refuse de dire le nom du séducteur en question. Le père sait seulement qu’il s’agit d’un des gars des écuries. Je n’ai plus qu’à réunir les gars et à exiger le nom du coupable. Mikhaïl, nous irons après le repas ! Mikhaïl entendit à peine. Il avait les yeux fixés sur Aliocha qui était devenu tout pâle en entendant le nom de la jeune fille et qui avait blêmi au fur et à mesure de la conversation. Il comprit en un clin d’œil. Aliocha se leva lentement et rejoignit les trois hommes : – Zlata est… enceinte ? demanda-t-il d’une voix faible, les yeux hagards. Il devint en quelques secondes le point de mire général. Ce fut son père qui réagit le premier. – Aliocha… ne me dis pas… ce n’est pas possible… tu n’as pas pu être aussi stupide ! Le garçon ne répondit pas, mais baissa la tête d’un air piteux. Le médecin le saisit aux épaules et le secoua : – Aliocha ! J’exige une réponse ! La comtesse fit entendre un drôle de bruit, se laissa tomber sur sa chaise et fit signe à Mikhaïl de lui verser à boire en lui désignant la cruche de vin. Celui-ci s’exécuta promptement. Aliocha finit par ouvrir la bouche ; Sa verve habituelle s’était évaporée et il donnait l’impression d’avoir reçu un horrible choc. – Ce n’est pas possible… On l’a juste fait deux fois… cela ne peut pas être de moi. Le docteur eut un soupir excédé : – Cette petite rousse, c’est celle avec laquelle tu avais déjà essayé de filer au bal cet été ?
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