Manon - Page 1 - www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1030-6 Dépôt légal : Avril 2009 © Adam Sahoui L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 Tous les dieux sont morts nous voulons à présent que le surhumain vive. Nietzsche. 9 Ce matin là Manon n’était pas de bonne humeur. Il aurait d’abord fallut que toutes ces choses qui lui pourrissent la vie ne soit plus là. Toute cette puberté qui n’en finissait pas de lui rappeler qu’elle n’avait en fait que treize ans… treize ans à peine ! Elle maudissait les matins Manon, autant que les devoirs… non, elle ne les aimait pas. Les matins ne devaient être là que pour la rappeler à son quotidien ; voilà ce qu’elle avait finit par penser. Lui faire faire des choses pour lesquelles elle ne cultivait que nausées, et apathie. Et par dessus tout il y avait l’autre, l’étranger… qu’elle devait en plus 11 appeler papa ; papa ?! et pourquoi pas chéri ? Cela faisait maintenant six mois que ce machin venu d’on ne sait où débarqua dans leurs vies. « Maman ne peut pas rester seule Manon ! Tu verras… tu comprendras toi aussi. Et puis tes frères Fabrice et Lucas n’on rien dit… euusss ! alors considère qu’à partir d’aujourd’hui la discussion est close. Clooose… ! tu sais encore ce que ça veux dire ça !? » Comprendre ! que pouvait donc bien comprendre deux nabots de sept et huit ans ? Non… ! ce qui était sur c’est que sa mère avait une fois de plus le feu au fesses, voilà tout. Il lui est souvent venu l’envie de la traiter de grosse conne ! de sale pute, de mère indigne… on ne fait pas ce genre de chose chez les Gironi. Le petit dej se passait toujours de la même façon, dans le silence… silence qui parfois se voyait reléguer aux oubliettes, because le patron en avait décidé ainsi. « Manon ! tu n’as pas encore touché à ton café ?… un café tout chaud ! Si ça continue comme ça tu finiras en pension… 12 Son café, elle lui aurait bien jeté à la figure. Et puis cette façon qu’il avait de fumer en ingurgitant des litres de ce breuvage immonde… de cette mixture qui finissait toujours par lui donnait des maux de bides « d’enfer »… comme il disait ; et qui comme à l’accoutumé le conduirait irrémédiablement sur la cuvette des chiottes pour au moins une demi-heure. Ah ! ce qu’elle pouvait détester tous ce qui venait de cet homme qu’elle vomissait par dessus tout… Pourquoi est-ce que la vie se voulait-elle parfois si injuste ? Pourquoi est-ce que c’est toujours aux mêmes personnes qu’il arrive ce genre de choses ? Le quotidien n’était-il fait que pour être supporté ? supporter sans mot dires… supporter que Jean-Claude passe le premier, que Jean-Claude est finit de faire… supporter tout en se bouchant les narines l’odeur insoutenable de merde qu’il laissait derrière lui. Elle s’était même mit à haïr les grandes personnes, à ne reconnaître en eux que laideur et faculté pour le mal… et devant son miroir, elle se disait que 13 pour rien au monde elle ne voudrait voir son corps changé ; devenir vieux, bête et méchant. Elle se répétait sans cesse qu’elle ne grandirait pas, que ce ne serait pas possible, qu’elle était par trop malheureuse pour pouvoir devenir un jour… comme toutes ceux lààsss. Et puis surtout elle ne comprenait toujours pas pourquoi est-ce que son ventre lu faisait aussi mal. Pourquoi fallait-il qu’elle endure tant de souffrance…. Pourquoi à l’intérieur de son corps tout était aussi compliqué… Pourquoi ??? Et ce sang, ce sang qui n’en finissait plus de lui couler entre les cuisses…. persuadée que c’était sûrement ce qui arrive aux filles qui ne doivent pas grandir. Elle se disait souvent qu’elle mourrait sûrement bientôt… une fois qu’elle se serait entièrement vidée. Elle passait souvent de longues minutes à scruter lentement son visage couvert d’acné, sous les crépitements des vieux néons de la salle de bain… de ces purulences qui viraient à la longue au rouge violacées, de ces cratères sur lesquels lui avait-on dit vivaient tout un 14 tas de bestioles microscopiques, et velues par dessus tout. Comme à son habitude l’autocar l’a déposa aux abords du collège… Cela faisait maintenant le troisième établissement qu’elle fréquentait en l’espace de deux ans, et à chaque fois il fallait faire le même effort d’adaptation… se familiarisée avec toutes ces nouvelles têtes, retenir ces noms qui sonnaient si souvent faux… tous ces consonances étranges et parfois imprononçables ; belkacem, el-adaoui… aït ramdane. Heureusement, elle s’était déjà fait sa copine… une chose qui était enfin à elle, une chose qu’elle avait décidée d’aimer, une chose que personne bien entendu n’oserait lui enlever. Une adolescente aux cheveux bouclés, aux nez aquilin, et au visages de mésange. Depuis quand Manon avait-elle intégrée le collège ? Sarah ne s’en souvenait plus. Il lui paraissait pourtant que cela faisait une éternité. Il lui arrivait souvent de penser aux autres filles, celles qui ne réussissent jamais à se faire des amies. Par contre elle ! tout 15 le monde voulait être son ami… ; Sandy, Samira, Asma… Elodie, et puis maintenant Manon. Oui tout le monde se voulait être la copine de Sarah. Parce que Sarah était belle…. belle comme lorsque le ciel est de toutes les couleurs lui avait-on dit. Samira habitait la cité HLM du nord de la ville,… les gens disaient que c’était devenu un ghetto, un coupe gorge renfermant les pires strates de la société ; et qui avait finit par prendre le nom de cité d’arabes. Samira ne comprenait pas tout ça ; tous les arabes ne sont pas de jeunes délinquants ! tous les arabes ne sont comme son père, méchants et qui quotidiennement battaient leur femme… ce père qu’elle se serait bien vu dénoncer à la police ; La police… ? Samira ne comprenait pas vraiment la vie. Ce qu’elle savait, c’est qu’elle entendait partout des hommes parler de choses bien, et que c’était toujours le contraire qui se passait. Elle voyait toujours les mêmes personnes à la télé… devant de belles lumières, et qui passaient parfois beaucoup de temps à parler des quartiers défavorisés, et de 16 cette jeunesse oubliée dont – il fallait à présent que l’on s’occupe au plus vite. Samira aimait bien regarder les homes politiques à la télé, elles les trouvaient toujours intelligents, polis et forts. Samira n’écoutait jamais son père lorsqu’il disait que tout ces gens qu’elle admirait tant, n’était en fait que de la dalle pourrie, des fils de pute incapables… doublé de manipulateurs, et qui seraient bientôt punis par le bon dieu. Samira entendait toujours son père lui parler du bon dieu… répétant sans cesse que c’était la seule chose véridique dans ce monde, et que tout le reste ne valait que fumisterie. Dieu était donc cette chose que son père chérissait par dessus tout, cette chose qui ne pouvait faire que du bien, cette chose qui entendait et voyait tout…. Alors si le bon dieu voyait tout, pourquoi ne venait-il donc pas au secours de sa maman ? comment se faisait-il que dieu ne vienne pas retenir le bras de son papa lorsque celui-ci s’amusait à lui donner des coups de poing, ou à lui brûler les avant-bras 17
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