Adam entre le yin et le yang - Page 1 - Adam Sahoui Adam entre le yin et le yang Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2010 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 41 62 14 42 – Fax : 01 41 62 14 50 mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3176-9 Dépôt légal : Juin 2010 © Adam Sahoui L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 5 …à Sonia, é mi hermano Ramon. 6 La pluie tombait en fines gouttelettes sur les toits de tuiles rouges…une pluie glaciale de Décembre. Le thermomètre avait atteint les huit degrés, et l’appartement que j’occupais depuis maintenant quelques mois s’était peu à peu transformé en un véritable bloc de glace. Déjà deux jours que je ne me sentais plus le courage de lever le plus petit doigt… L’envie m’avait quittée, cette envie qui fut si longtemps présente, n’ayant cessée de me montrer la voie … que ce soit ici, ou ailleurs. Je ne pensais plus, ou alors très peu. Les visages du passé défilaient pourtant comme de vieux films… Morcelé par la fatigue mon esprit n’y prêtait que peu d’attention. Déjà trois jours de diète , sans consommer quoi que ce soit … je devais m’efforcer de rester lucide . Quatrième et derniers jours … les forces m’ont totalement abandonné, je 7 n’ai pas faim … j’ai juste soif. Ce soir, dés minuit, je pourrai enfin m’alimenter un tout petit peu. Vingt deux heures résonnèrent au clocher de la vieille église… un à un les dix coups semblaient s’évaporés dans le ciel noir et opaque de saint jean du bourg, au détriment de mon esprit esseulé, vide de tout sens. Ce furent là les deux heures les plus pénibles de toute mon existence… et je n’avais de visées que pour la bouteille d’eau minérale qui trônait depuis maintenant quatre jours sur la vieille table, en plein centre de la cuisine … elle m’avait fait dire les pires atrocités. Trois jours que je ne pensais plus qu’à elle. Le liquide entama tout d’abord sa longue descente le long de mon œsophage, péniblement, pour finir sa course tel un torrent impétueux … je pouvais enfin sentir sa force. Les parois de mon estomac que ces trois jours de diètes avaient passablement rétrécies ne purent encaisser le choc, la douleur fut trop vive… telle une crampe qui s’installe et ne vous lâche pas. A quatre pattes, me demandant ce qui se 8 passait… je dus me résoudre à geindre, un peu comme si ma dernière heure venait de sonner. Ma première envie fut incontestablement d’ouvrir les volets… un peu comme pour fêter l’évènement. La nuit ne semblait ni chaude ni froide, et tout autour de moi le bourg s’était paisiblement assoupi. Le sourire aux lèvres je me souviens être resté un long moment à contempler ce ciel noir d’azur, à écouter ces bruits qui pourtant n’existaient pas … à comparer ce silence à la plus belle chose qui soit. Ce silence de décembre que recouvraient les toits de briques cuites. 9 J’avais pris pour habitude de courir très tôt le matin … c’était là le seul moment où l’on pouvait vraiment être tranquille, enfin… un tout petit peu. Le week-end était incontestablement le moment idéal pour s’adonner à la course à pied. J’ai toujours fais du sport, l’exercice physique fait entièrement partie de ma façon de vivre. Cette envie de repousser les limites du corps, ce besoin de se faire pénitence … cette sensation curieuse que vous apporte un cœur qui s’emballe, cette absurdité partagée par tant d’autre et que l’on perçoit comme jamais, le dimanche matin… Oui le samedi et le dimanche sont certainement des jours ou les routes de rase campagne deviennent enfin praticables, ou l’on peut se laissé aller sans avoir sans cesse l’œil rivé dans le rétroviseur. Il faut dire qu’un coureur à pied de taille moyenne représente une proie facile pour ces flots incessants de véhicules et de deux roues. Ou bien un danger potentiel, enfin… c’est aux choix . Mon genoux droit me fait de mon en moins mal … pourtant la tendinite que 10 j’ai faute de faire les choses dans le bon ordre, contracté depuis maintenant une éternité est bel et bien présente. Alors pour ne pas la raviver outre mesure, je me contente de courir softement , à faible allure , tout en contrôlant autant que peu se faire la position de mon buste. La réciprocité est souvent de mise lorsque l’on malmène son corps tel que j’ai pris l’habitude de le faire, et le retour de bâton est toujours inéluctable… Je sens bien qu’à chaque foulée, la douleur réapparaît , puis s’estompe avec le temps. Je sais bien aussi que le terrain y est en parti pour quelque chose… et qu’il me faudrait trouver une matière beaucoup plus adéquate, disons moins agressive que le goudron et autres revêtements des routes. Mes deux heures d’investigations matinales s’effectuent généralement non loin du bourg, en plein cœur d’un parc emménagé sur plusieurs hectares . Ici les pistes ne sont pas spécialement faites pour la course à pied, l’on y rencontre aussi quelques personnes venues chercher le dépaysement de l’âme. Parmi ces gens 11 modestes, il n’est pas rare de croiser quelques mecs venus d’ailleurs et qui ont prient coutume de se réunir en bande afin de s’échanger quelques bonnes bouteilles de ce gros rouge qui les rends si joyeux… Je contemple souvent ces pauvres malheureux lorsqu’ils sont là… bien sur, non pas par voyeurisme, mais tout simplement parce qu’il n’y en a toujours un qui essaie de me suivre , et qui au bout de quelques centaine de mètres s’insurge et jette l’éponge…me gratifiant à l’occasion de quelques mots de russe à moins que ce ne soit d’arménien que je ne saurais traduire. Le long des sentiers, quelques mares à canard où batifolent toutes une flopée de col vert. Quelques carpes joyeuses aussi, et certainement aussi vieilles que l’endroit semblent vouloir se mêler à la parade. Tout autour de magnifiques massifs rougeoyants témoignage de l’automne revenant, s’unissent en de parfaites barricades. Quelques serres argentées, fleurons à n’en pas douter de cette citadelle, offrent aux néophytes toutes une panoplie de curieuses plantes tropicales aux fleurs 12 immaculées, et aux pistils dégoulinants … Le matin je cours toujours avec jean- philipe, qui chaque week-end qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, est fidèle au poste. Aujourd’hui la journée s’annonce belle … et les premiers rayons de soleil qui débouchent au loin illuminent l’atmosphère. -Salut adam, ça va ! -Ouais ! et toi ? -Ouais… je pète la forme. Cinquante et un bordel! -Ooh ! t’as encore fêter quelque chose hier ? -Non ! mais on se prépare pour le match de dimanche. -Fais quand même gaffe à ta santé.
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