Le chemin des plaines - Page 1 - test Virginia KAYNE Le chemin des plaines Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris – 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-131-2 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Je dédie ce roman à mon fils Lucas, ma lumière, héstanovestôtse méohtovohe, mon rayon de soleil... S.D A ma petite nâhtötse, dont notre héroïne m’a inspiré le prénom. V. 5 « Cheyenne, toujours en vie, je détiens les secrets, le feu du Grand Esprit est dans mon calumet… Du vent et des prairies, le traité le disait, Cheyenne, toujours en vie, en réserve à jamais… » Poème cheyenne. 7 PROLOGUE Sand Creek, 30 novembre 1864. Au prix d’un effort surhumain, Wild Hawk – Faucon Sauvage – parvint à ouvrir les yeux. Son corps entier était en sang, il ne sentait plus ses jambes ni ses bras. Lui, le valeureux guerrier Arapaho avait failli dans sa mission sacrée. Lorsque l’épais brouillard qui recouvrait la plaine se leva enfin, c’est une vision cauchemardesque, mélange d’horreur et de désolation qui lui arracha un cri de douleur quasi-animal. Devant lui gisaient, à même le sol, des centaines de corps mutilés. Femmes, enfants, vieillards, les soldats de Chivington n’avaient épargné personne. Pourquoi diable avait-il suivi les ordres de Black Kettle – Chaudron Noir, le chef Cheyenne avec qui plusieurs dizaines d’hommes de sa tribu s’étaient ralliés ? Faucon Sauvage avait eu un mauvais 9 pressentiment lorsque Black Kettle avait accepté la proposition des officiers du territoire du Colorado. Cheyennes et Arapahos devaient se rendre à Fort Lyon pour établir un arrangement. Soucieux de rétablir la paix, Black Kettle avait établi le camp à quelques kilomètres du fort en attendant les pourparlers. Faucon Sauvage se souvint avec amertume de l’instant, où, pour prouver sa bonne fois et sa résolution à maintenir la paix, le chef Cheyenne avait fait hisser le drapeau Américain ainsi que le drapeau blanc sur le camp pour accueillir les hommes de l’armée. Le colonel Chivington avait débarqué la veille, accompagné de sept cents hommes et ordonné le massacre des Indiens. Pris au dépourvu, ceux-ci n’eurent pas le temps de se défendre… Faucon Sauvage avait combattu vaillamment mais les soldats étaient trop nombreux, et tellement mieux armés ! Il ne se souvenait qu’en partie de sa lutte. Il avait déjà tué plusieurs hommes quand des cris de terreur étouffés lui parvinrent de derrière un tipi. Se précipitant vers les hurlements, il avait surpris deux soldats en train de violer une jeune Cheyenne, la pauvre femme se débattait en hurlant, mais l’un des soldats la maintenait fermement en attendant son tour. N’écoutant que son courage, Faucon Sauvage avait littéralement bondi sur eux et scalpé sans aucun remord l’infâme crapule allongée sur la jeune femme. L’autre soldat avait immédiatement sorti son arme, laissant un instant sa 10 victime qui en profita pour s’enfuir à toutes jambes. Le jeune guerrier Arapaho avait esquivé le premier coup de feu mais le deuxième le toucha à l’épaule, il tomba à terre et vit le soldat recharger son arme et la pointer sur la fugitive. Faucon Sauvage hurla en indien, mais la jeune Cheyenne n’eut pas le temps de l’entendre, la balle lui traversa le dos et elle tomba, fauchée par la mort avant même d’avoir atteint le sol. Faucon Sauvage se releva et sortit son tomahawk, il défiait du regard l’être empli de haine qui lui faisait de nouveau face. Il était prêt à bondir, lorsqu’un coup de feu retentit, tout proche, derrière lui… Et alors, tout devint noir, l’esprit des ténèbres recouvrit sa vue et le silence tomba, pesant. Il ne savait pas combien de temps il lui restait à vivre encore, mais parvint à se retourner… Le camp était désert, pas une âme qui vive… Toute la tribu avait été exterminée, sans la moindre chance de salut. Une douleur atroce lui traversa le dos, il tâta ses blessures en retira une main couverte de sang, son propre sang… Sa fin était proche. Malgré son immense chagrin, il parvint pourtant à sourire. Sa douce Catherine était bien loin d’ici, en sécurité. Comme il était heureux qu’elle soit restée en ville au lieu de l’accompagner ici. Sa vie, ainsi que celle de l’enfant qu’elle portait, serait épargnée… Mais son fils – il savait au fond de lui qu’elle attendait un fils – serait élevé loin de son peuple et de ses traditions. Le fier guerrier repensa avec émotion au petit être à la peau cuivrée et aux yeux limpides qui 11 lui était apparu en songe. Son fils serait fort et valeureux. Mais, tout comme lui, son enfant vivrait loin de ses véritables origines. Tout comme lui, il devrait apprendre à vivre parmi un peuple qui n’était pas le sien. Mais il vivrait, si dur était la douleur de ne jamais serrer son premier enfant dans ses bras, de ne jamais revoir la seule femme qu’il ait aimée, Faucon Sauvage se sentait heureux, heureux de les savoir sains et saufs tous les deux… Sur cette pensée apaisante, il sentit soudain un froid insidieux l’envahir, et les ténèbres le recouvrirent à nouveau… mais cette fois, c’en était fini. Le valeureux guerrier ne se relèverait pas. La légende, quant à elle, ne faisait que commencer… 12 1 Automne 1889. Plaines du Mississippi. – Malédiction, c’est une malédiction ! s’écria Petite Plume. Cette fille est maudite. Il faut qu’elle parte de la tribu, sinon notre peuple mourra lui aussi, tout comme Old Oak ! Plusieurs femmes de la tribu s’étaient rassemblées autour du tipi d’Evana. Petite plume la pointa du doigt et enchaîna de plus belle : – Sorcière ! Tu n’es qu’une sale sorcière ! Le mal est en toi depuis ta naissance, tu ne vois donc pas que tu portes malheur à tous ceux qui t’approchent… – Cela suffit, femme, intervint Strong Horse, le valeureux chef de la tribu Cheyenne. Il écarta d’un geste solennel l’attroupement amassé autour de la pauvre squaw. Né’àahtovêstse, écoute-moi, Cruel Moon. Il serait bon pour toi et pour mon peuple que tu t’isoles quelque temps. Tu iras t’installer près de 13 la rivière. Quand le Grand Conseil se réunira, tu pourras revenir et entendre sa décision. Alors tu sauras ce qu’il adviendra de toi. Evana baissa la tête et retourna dans son tipi pour y prendre sa couverture et le couteau que lui avait offert Old Oak. La volonté du chef était indiscutable, et, malgré l’immense douleur qui entaillait son cœur, elle s’éloigna à pas pesant du camp et s’installa à l’endroit indiqué par Strong Horse. Evana repensa à la matinée qui venait de s’écouler. Le matin même, elle avait été réveillée par les cris quasi inhumains des femmes de la tribu. Ces hurlements indiquaient que quelqu’un venait de mourir. Mais qui ? L’un des guerriers de la tribu avait alors soulevé l’épaisse peau de bison qui recouvrait son tipi, avait saisi Evana par le bras et l’avait traînée dehors. Lorsqu’elle avait demandé pourquoi on la traitait ainsi et ce qui se passait, les hommes lui avaient lancé un regard chargé de haine. Puis, l’un d’entre eux l’avait à nouveau empoignée et traînée jusqu’au centre du camp. Lorsqu’elle reconnut la silhouette de l’homme qui gisait là, sur une peau de bison, Evana n’avait pu réprimer un hurlement d’horreur. Le seul homme qui tenait à elle, la seule personne qui la comprenait et qui avait toujours pris soin d’elle, était étendu, devant toute la tribu réunie, mort. Quel tour malin lui jouaient donc les esprits du sommeil ? Elle devait encore dormir et, comme 14
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