Résurrection - Page 1 - Christian Reynaud Monteil Résurrection Face à la dépression Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1940-8 Dépôt légal : Août 2009 © Christian Reynaud Monteil L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 Chercher la vérité et aimer ses frères humains Maurice Bellet Le sens de la vie c’est d’apprendre à aimer L’abbé Pierre 9 1 La lumière du Chaos La vérité d’un homme est toujours au-delà des apparences. La dépression me l’a appris : le cœur humain est un abîme. La dépression agit comme un acide : elle creuse, elle défait les illusions. Elle est impitoyable : elle met à nu. Dans cette ténèbre profonde qu’est devenue mon âme, il n’y a plus que la Lumière – l’invisible lumière de la Vérité. Et cette Vérité serait terrible, si je ne savais, si je n’avais appris que la vérité de la Vérité est Amour. J’arrache chaque mot à la nuit, au silence et à la mort. Voici des mois que je n’écris plus ; plus une ligne. Un voile tombe, infranchissable, entre mon regard et son désir, et la page qui reste silencieuse. Mais hier, j’ai reçu ces quelques mots de toi, Anne : « Décrire le voile c’est une façon de le soulever ; ne pas le faire c’est sans doute se priver d’une belle créativité, un refus de 10 lâcher prise et aimer avant tout la souffrance. C’est se condamner soimême ! » Tes paroles semblent m’avoir délivré. Au fond d’elle-même, la dépression est Tristesse, infinie tristesse. Pourtant, depuis plusieurs mois, chaque jour je fais un pas de plus vers la Lumière. Chaque jour est une résurrection. Mais c’est un processus lent, qui exige patience et confiance. L’aube, l’aube de la renaissance et de la vie nouvelle, s’ouvre comme une fleur, silencieusement et invisiblement. On ne découvre le vrai sens de la beauté que si on l’aime. Mais la beauté n’est pas aimée. Elle est vidée de sa vérité. Et l’homme n’aime point l’homme. « La beauté sauvera le monde 1 », prophétisa Dostoïevski. Mais il faudra que l’homme ait appris à aimer. Et que ses yeux se soient ouverts enfin sur la vraie beauté, celle qui n’est beauté que de donner son sens à sa vie 1 F. DOSTOÏEVSKI, L’Idiot. 11 et au monde. Seuls sont entrés dans ma nuit, pour y porter Lumière et Tendresse, les êtres que guidait la Bonté. Il faut que le cœur soit brisé. Il faut que notre cœur dur, que notre cœur de pierre, soit brisé sous le toucher de la bonté. Ce qui se veut témoignage se fait poème. Insensiblement, les mots se mettent à chanter. Nous ne sommes point maîtres de notre guérison. Elle est naissance, violente et tendre renaissance. Laissons l’insaisissable vérité se dire à sa façon et comme elle peut. Lecteur, n’espère pas de moi un récit ordonné et cohérent : ce que je tente de recueillir, c’est la Lumière, l’ineffable lumière qui jaillit du chaos. 12 2 Le premier pas J’écris à l’aube naissante. Chaque mot est comme un rayon de lumière ; chaque mot est sauf de la nuit, de l’épuisement du jour, de l’impuissance d’écrire. J’écris face à l’abîme. Et chaque mot porte une joie ; une joie venue du sans-fond, de la prodigieuse traversée de l’en-bas. Une joie sauve de la Grande Tristesse. La dépression porte le signe du sacré. Elle touche au très-essentiel, à ce sans quoi la vie humaine n’est pas humaine. Ce qui me frappe le plus dans notre monde moderne, c’est sa tristesse : il est sans espérance ; sans véritable espérance. Mon cœur, mon âme sont en résonance avec l’univers tout entier. C’est pourquoi écrire, ici, est œuvre de salut ; et c’est pourquoi ce qui s’écrit n’est pas maîtrisable – et devient chant malgré moi. 13 Je suis face au mystère de la Résurrection. Ensemble, lecteur, nous faisons le tout premier pas, le premier pas d’enfant, dans la vie sauve, la vie nouvelle. Je suis Marie de Magdala, les yeux en larmes, lorsqu’elle entend Jésus prononcer son nom. Marie ! Jésus, son rabouni, son « Maître chéri », qui lui est apparu sous les traits d’un jardinier. La résurrection : si inouïe, si incroyable et immense ; en même temps si humble chose ! Si humble : car ce qui est en jeu, c’est ce qui est tout premier dans la vie humaine. Et quelque chose en transparaît dans le face-à-face entre Jésus et Marie, dans les simples mots qu’ils échangent, dans ce qui sera le premier témoignage de la Résurrection – et c’est Rencontre humaine, bénédiction de la Tendresse. La toute première Tendresse : celle qui donne le nom, image de l’ineffable Nom, et avec lui la première nourriture, le plus-quenécessaire à l’humaine existence. Le premier lien. 14 Au cœur de la dépression, il y a ce lien à nouer ou à renouer. Lien de Tendresse. Mais aussi lien de Vérité. Et c’est, profondément, même chose. Il n’y a pas de vérité sans amour. Celui qui cherche la vérité est un amant du vrai. Ainsi la foi est-elle autant amour de la vérité et vérité de l’amour. 15
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