La naissance du Cerveau - Page 1 - Jean Marie BIRGER La Naissance du Cerveau Roman policier Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-225-8 Dépôt légal : Septembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Autres ouvrages de l’auteur • La Haine aux tripes (roman) • L’enfant noir (roman) A paraître : • Le Cerveau milliardaire (suite de « La naissance du Cerveau ») • Le Cerveau est pris au piège (suite de « Le cerveau milliardaire ») • La vengeance du Cerveau (suite de « Le cerveau pris au piège ») 6 Ce roman étant de fiction pure, toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant vécu ne saurait être que le fruit d’une ressemblance absolument fortuite 7 I Après quelques dizaines de mètres l’homme posa sa valise lourdement chargée au bord de la route et se retourna. Le soleil oblique faisait comme un halo de lumière autour de l’immense bâtisse carrée, féodalement entourée de hauts murs gris, qu’il venait de quitter et qu’il regardait une dernière fois avant de franchir la courbe du chemin qui la déroberait à sa vue. Ses yeux, habituellement bleus, prirent une teinte gris acier et ses traits se durcirent à la vue de quelque chose de profondément haï. Oui, c’était bien de la haine qu’il y avait dans le regard d’adieu qu’il lançait à cette prison où il venait de passer dix ans. Dix ans de jeunesse, dix ans d’amour perdu, dix ans de mort. Un drôle de gars. Une connerie de jeunesse et il s’était retrouvé pour dix ans enterré vif. Une sacrée vie que celle de l’univers carcéral. Il avait tout perdu, tout ce qui faisait sa vie d’AVANT. Sa famille bourgeoise l’avait vomi comme on vomit une chose indigeste, sa jeune épouse avait trouvé un autre amour, ses amis avaient oublié son existence. Il était resté seul, seul en face de lui-même. Et, paradoxalement, c’est le jour où il avait pris 9 conscience de sa solitude qu’il s’était mis à devenir fort, lui, le sentimental, le faible. Il avait alors travaillé d’arrache-pied, rognant sur tout, achetant des livres et du papier au lieu de se payer le luxe de la cantine pour améliorer son ordinaire. Il avait veillé des nuits entières à la lueur blafarde d’une bougie interdite, l’éteignant à chaque ronde et la rallumant tout de suite après le passage du « maton ». Aujourd’hui toute sa fortune était dans sa valise. Elle ne contenait même pas un slip de rechange, mais seulement toute une documentation technique patiemment assemblée, et, tout en dessous des livres un petit parchemin spécifiait qu’il avait soutenu avec mention « bien » une thèse d’ingénieur en électronique. Il avait réussi, après plusieurs années, à être « classé » comme électricien de la prison et en avait profité pour se faire un vrai petit laboratoire dans l’atelier qui lui était réservé. Il avait réparé des dizaines de téléviseurs, de machines à laver, de fers à repasser, de postes à transistors, de robots électroménagers pour les surveillants de la prison. Du plus petit au plus grand, tous avaient, un jour ou l’autre, fait appel à ses services. C’est grâce à cela qu’il avait pu avoir la paix et bénéficier d’une indulgence inhabituelle qui était allée jusqu’à lui autoriser l’achat de matériel électronique pour se perfectionner dans son métier. Désormais cette branche n’avait plus de secrets pour lui et il était certain qu’il trouverait facilement une place pour se reclasser dans le « civil » ! À cette pensée il se mit à rire à pleine gorge et des passants se retournèrent pour le regarder, puis, voyant d’où il venait, se dépêchèrent de tourner la tête et de poursuivre leur chemin. « Allons, se dit-il en s’apercevant de cette 10 réaction, le monde est toujours aussi con, rien n’a changé ! » Il reprit sa valise, fit encore une centaine de mètres, puis se décida à héler un taxi en maraude et se fit conduire à la gare de la petite ville qu’il avait à présent hâte de quitter. Dans le train qui l’emportait vers la capitale, Paris, son cher Paname, il se mit à réfléchir, ou plutôt à penser pour la énième fois aux projets qu’il avait élaborés dans l’ombre de sa cellule. Il se sentait drôle, comme s’il avait une double personnalité : en haut un palpitant aussi grand qu’une HLM, et, dans le ventre, cette froide, cette intense colère qui lui collait aux tripes. Il regardait de tous ses yeux les femmes en minijupes qui passaient dans le couloir, devant son compartiment, et là, par la fenêtre, la campagne qui l’éblouissait de son vert lumineux. Bon Dieu ! De l’herbe, des arbres ! Là une vache… ça lui remuait les entrailles. Et puis de nouveau les filles qui passaient en riant d’un rire haut perché qui lui vrillait les tympans. Voilà, j’y suis, enfin dehors ! Putain de merde, ce soir je vais me mettre la plus belle fille de Paname dans mon pieu ! Depuis 3 650 jours, et autant de nuits, il n’avait plus touché une peau de femme, des cuisses de femme, des seins de femme… Il n’y avait eu pour lui que les magazines rentrés clandestinement et quelques photos érotiques pour obsédé sexuel, et cela pendant dix ans ! Il avait faim de tout, mais surtout et avant tout d’une femme… Et puis, brusquement, il chassa de son esprit toutes ces pensées « Hé, petit père, tu le savais bien hein, que ça serait comme ça ! Bon, ben t’as attendu dix piges, alors tire encore la langue un peu et tais-toi, il y autre chose à faire avant… » Il ouvrit sa valise et en tira un livre d’études qu’il se mit en devoir de lire 11 avec application. Enfin le train entra dans l’ultime gare : Paris ! Il sauta sur le quai, tirant sa valise derrière lui, et, de nouveau, s’arrêta après quelques pas, se faisant bousculer par la foule, humant de toutes ses narines cet air fétide et pollué qui était pourtant celui qu’il préférait : l’air de son « Paname » natal ! Il échoua dans un petit bar, juste à côté de la gare de l’Est d’où il venait de sortir. Laissant sa valise sous la table il s’approcha d’un éventaire de journaux qui était juste devant la terrasse où il s’était attablé. Il ne regarda même pas les gros titres des journaux qu’il acheta, sautant tout de suite à la page des petites annonces, principalement des annonces de location d’appartements. De sa poche il sortit un petit carnet d’adresses, retrouvé dans sa valise après dix ans, et qu’il avait mis dans sa poche plus par réflexe que pour l’utilité qu’il pouvait encore avoir pour lui, et se mit à prendre des notes. Enfin il reposa les différents journaux et se rendit à la cabine téléphonique du sous-sol où il s’enferma. Il en ressortit plus d’une demi-heure plus tard, soulagé de toutes les pièces qu’il avait prises au comptoir avant de descendre dans la cabine, mais le visage souriant. Il paya sa consommation, appela un taxi qui se rangea docilement le long du trottoir et jeta au chauffeur : Avenue de Villers, au N° 30. De nouveau il jouissait de l’animation des rues, mais déjà un peu moins car une migraine aiguë commençait à percer. – Chauffeur, arrêtez-moi à une pharmacie, tenez il doit y en avoir une au coin de la prochaine rue, oui, c’est bien ça ! Attendez-moi un instant. 12 Il alla faire quelques emplettes, dont un tube d’aspirine, et remonta dans la voiture, qui, presque arrivée à leur destination, n’eut plus que quelques centaines de mètres à faire et s’arrêta devant l’adresse demandée. Il paya sa course, puis, se ravisant, demanda au chauffeur d’attendre quelques minutes et lui glissa un bon pourboire. Celui-ci sourit et dit : – D’accord, je vous attends, mais pas trop longtemps, hein ? Sinon il vaut mieux arrêter le compteur… – Non, pas plus de dix minutes, ensuite vous m’emmènerez ailleurs. Il pénétra dans l’immeuble à l’aspect cossu, après avoir vérifié que le nom qu’il cherchait était bien sur une des plaques de cuivre rutilantes qui ornaient l’entrée… Après avoir pénétré dans le hall boisé d’acajou, il repéra de suite la plaque d’une agence de location sur l’une des portes qui lui faisaient face. Moins de dix minutes plus tard, il ressortait, un petit trousseau de clefs à la main, et le contrat de location d’un « deux pièces-cuisine-salle de bains » dans la poche. Il donna aussitôt l’adresse de ce qui allait être son nouveau domicile au chauffeur : Rue de Tocqueville, c’est juste à côté, vous m’arrêterez au 136 bis. Cinq minutes plus tard le taxi était à l’adresse demandée. L’homme, sortit cette fois la valise du coffre de la voiture avec l’aide du chauffeur, et pénétra dans l’immeuble après avoir demandé une nouvelle fois de l’attendre cinq minutes. Il chercha quelques instants, puis découvrit la porte qui l’intéressait au deuxième étage. Il introduisit la clef dans la serrure et pénétra dans un appartement meublé, d’un style plutôt de « série », mais somme 13 toute assez agréablement. Il ne s’attarda pas d’ailleurs à contempler le décor et visita rapidement l’appartement. Puis il posa sa valise sur une chaise et il tâta sa poche. Son viatique de dix ans de travail (pour un salaire dérisoire versé par l’Administration pénitentiaire) avait presque entièrement fondu. Il restait des trois mille nouveaux francs si péniblement acquis à peine quelques centaines de francs après le versement de la caution et deux loyers d’avance payés à l’agence. Il eut un instant d’angoisse « S’il avait menti ? », et, tout de suite, le sourire revint détendre les traits de son visage « Non ! Titi ne peut m’avoir menti, pas lui… ». Il referma la porte derrière lui, redescendit à pied les deux étages et s’engouffra dans le taxi. – Vous connaissez une agence de location de voitures pas trop loin d’ici ? – Heu… Attendez voir, oui, je crois qu’il y en a une place Clichy… – OK, on y va ! De nouveau la voiture remonta la rue de Tocqueville, déboucha sur l’avenue de Villiers, et, quelques minutes plus tard, s’arrêta devant la porte d’une agence de location de voitures. Cette fois le client paya la totalité des deux courses et le taxi redémarra aussitôt. L’homme se passa la main sur le front et pensa « j’aurais dû prendre des cachets pendant que j’étais à l’appartement ! ». Il regarda la porte de l’agence, et, après une imperceptible hésitation, y pénétra. Moins d’un quart d’heure plus tard il était au volant d’une 504 grise, d’une sévérité banale comme la plupart des voitures de location. Il s’engagea 14
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