NPI - Page 2 - test Hugo Vella NPI Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-363-1 Dépôt légal : Septembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Tout a lieu, tout est là et tout est phénomène. Michel Houellebecq 5 « C’est tout à fait ça mon père, exactement ! » Le genre d’individu mal dans sa peau, peur des autres, de ce qu’ils pourraient penser, redoutant terriblement la honte. Et puis aucun recul sur luimême, incapable d’évoluer et de progresser, toujours embourbé dans une espèce de marasme amer à la fois inconsistant et rancunier. L’œil était son plus grand traître. Moi, j’y voyais tout ce qui s’y tramait, du plus profond désarroi à la haine la plus grande. Tout de suite je savais s’il allait faire mal, par autodéfense bien sûr, mais tout de même, il fallait vivre son complexe dans chacune de ses phrases. Le moindre de ses mots était gorgé d’acide. En danger avec ses propres enfants, ce n’était que de la paranoïa agressive dès qu’il y avait contact. Une fuite pour nous, sans le sens et sans l’objectif, mais avec toujours cette peur de tomber, de glisser et de perdre une nouvelle fois quelque chose. Nos regards se croisent, les mâchoires se contractent, et à qui le tour. Enfin peu importe, l’essentiel n’est pas là, et a été sauvé, heureusement, à force de vigilance. Le grand vainqueur entre mon père et moi, c’est moi. Moi qui 7 ai su montrer les dents à chaque fois, qui, plus haut que tout le monde, a montré sa tête dans la bagarre, a montré son poing sans la peur de faire mal… Me sortir fier de là a été mon combat. Je ne parlerai ni des causes ni des conséquences, cela ne changerait rien de toute façon. Dans l’ordre de ce qui compte, ça n’a eu et n’aura jamais une quelconque incidence. Et puis y a-t-il véritablement un gagnant ? Ne sommes-nous pas tous perdants de toutes les façons possibles ? Nous sommes, ma famille au grand complet, mes parents et leurs enfants, tous dans l’erreur d’avoir perdu ou raté quelque chose. Ces heures difficiles passées à lutter pour savoir pourquoi et comment en sortir n’ont été que le reflet d’un manque de vie, l’angoisse de rater son cliché d’une famille réussie. Que les palabres mielleuses et gluantes sur le bon et le mauvais cessent ! Ça n’a pas marché pour moi. Ce ne sont que de fausses préoccupations, de courtes aigreurs de conscience qui viennent vous pourrir l’équilibre intérieur. Il n’y a pas de souci collectif, on ne mise que sur soi. Et je n’en suis pas là par hasard. L’aide et le réconfort ne fonctionnent pas. Ça vous enterre au mieux un peu de votre saleté sous les pieds – sans espoir que le produit qui en pousse ne connaisse la couleur – juste une vision monochrome qu’il faut apprendre à dompter. Les faux-semblants échappent à tout le monde et ressasser sans cesse les mêmes choses n’intéresse 8 personne. Moi, je cultive en silence mon jardin d’expériences. Je nie viscéralement la notion de bonheur et entretiens méthodiquement le champ clos des sensations. Le furtif et sans lendemain, le stérile et l’aseptisé sont désormais mes seules jouissances. C’est le départ d’un nouvel Homme, mon départ, seul et conquérant. 9 Chapitre premier 11 Café, croissant, jus d’orange : petit déjeuner. Il est, au réveil en plastique blanc, 6:24 et Louis se brosse déjà les dents sous la douche, oublie de se raser, enfile un vieux jean, sa paire NB noire, une chemise prune, pose une goutte de parfum derrière chaque oreille, sur les poignets et sort de chez lui. Il est presque 7h. « Voilà le meilleur instant de la journée » se répète-t-il tous les matins. Il fait sa première pause sur le banc de la place. Divertissement du petit matin, regarder les gens filer chacun de leur côté, épier par petits regards, scruter attentivement, déceler le plus possible de vérité, comme ça, au premier coup d’œil... une distraction qu’il a toujours aimé, depuis tout jeune. Etre attentif aux expressions... noter les couleurs, les contrastes... le genre de la chaussure ou de la coupe de cheveux... ongles taillés, rongés ou bien manucurés... avec ou sans bijoux, or ou argent, fumeur ou non... « C’est un spectacle sans limite, un des rares qui ne s’épuise pas. Que le genre évolue ou non, à titre singulier, l’espèce est indéfiniment encline aux nouveautés, aux changements, aux improvisations » avait-il l’habitude de répéter. C’est une idée fixe l’improvisation. Pour lui, nous sommes tous des comédiens de naissance, incapables de porter une réplique de la même façon, 13 tous contraints d’assumer notre personnage aux regards d’un public à chaque fois différent. Il faut improviser tous les jours, peaufiner et remodeler ses traits sans relâche, essayer de convaincre, d’apparaître crédible... Le monde hors de soi est une scène pour tous, inutile de la nier. Ici, rien n’est figé, tout bouge, sans cesse, l’humeur avec les goûts... Chercher à surprendre le vrai des attitudes, dans les rues sans présence les véritables penchants s’expriment, les regards se font plus profonds. On se retrouve à marcher seul, le nez sur ses chaussures et les mains dans les poches... Paul, à cette heure-ci, dort encore. Il ne sera pas disponible avant 9:30 et ne retrouvera Louis aux Lettres Ecarlates qu’à 10:00. À quelques détails près, Paul a le même profil social que Louis. RMIste, locataire d’un petit studio dans le centre ville, il habite seul. Paul est un garçon qui n’a pas d’idées fixes, chez lui, rien n’est constant très longtemps. — J’ai bien réfléchi à ce que tu m’as dit l’autre fois. — L’autre fois… ? — Oui, sur mes difficultés à mettre les faits en contact et à les rendre sensibles… — Et alors ? 14 — Eh bien je crois que la conscience est chez moi très active et qu’elle précède toujours l’acte. — Je ne comprends pas ! — Tu te trompes sur moi quand tu dis que je suis feignant. C’est de la lâcheté tout ça, pas de la paresse, et ce n’est pas la même chose. — C’est pas la même chose peut être mais le résultat en tout cas n’est pas très différent, non ? — Si tu veux, oui, mais je ne suis ni passif ni distant. Il ne faut pas que tu le penses. C’est la première discussion de la semaine qui durera trois heures au moins. Et on a l’habitude, on est lundi, et comme quasiment tous les lundis, la journée débute de la même façon. Critiques, autojustifications, on se donne l’impression d’exister, on se persuade que quelque chose, tout de même, se déroule sous le joug du libre arbitre, qu’on y participe, qu’on maîtrise... 13:13 ! Matilde émerge peu à peu... se lève, les muscles appesantis par une nuit trop longue, et plonge presque aussitôt dans un bon bain moussant. La séance de mise en forme et de préparation s’achève par la pose du ricil, la petite touche finale est d’ailleurs l’unique cosmétique utilisé. Viennent ensuite le coup de brosse dans les cheveux, les sousvêtements, chaussettes, pantalon, chemise, pull-over, l’imperméable coupe vent. Dernier regard de défi au 15
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