Passions de vie - Page 2 - Patrick Grütter Passions de vie Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1050-4 Dépôt légal : Mai 2009 © Patrick Grütter L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 1 Comme déjà, pour ne pas faire comme tout le monde, il naît le jour des morts, un mois de novembre d’une des années les plus froides de l’histoire. Pourtant son enfance fut heureuse, dure parfois, mais heureuse et jamais il ne renia cette époque d’inconscience, de jeu ou l’on fait ses premières découvertes, de joie, de tendresse, de malheur aussi. Entourage ouvert, des parents pas toujours présents mais aimants, discrètement, et essayant de donner ce qu’eux-mêmes n’avaient pas eu, parce que la période et la rude vie de leur époque ne le permettait pas. Né quelques années après guerre, il ne connu pas la faim, mais les jours de tartine qui remplaçaient quelquefois le déjeuner, ou les dîners de soupe légère ou l’on devinait le motif du fond de l’assiette, et que l’on remplissait de morceaux de pain afin de donner une consistance. De cette enfance, il n’en garda pas grand-chose. Mais les moments passées avec sa grand-mère et son grand-père, surtout, ne le quittèrent jamais. 9 C’est sa grand-mère qui lui offrit son premier instrument, un accordéon. Un de ses frères avait monté un petit groupe musical entre copains. Ils se retrouvaient dans la maison familiale de temps en temps. Un des membres du groupe laissait son accordéon dans la chambre du frère pour ne pas le trimbaler à chaque fois. Dans les moments d’absence de son frère, il allait discrètement dans la sa chambre et déballait l’instrument, rangé dans une armoire. Il chercha ses premières notes sur cet instrument qu’il avait du mal à porter. La première mélodie qui lui a servit au début, était une musique de film. « Paris brûle-t’il ? ». Mélodie qu’il avait entendue en regardant le film sur une des premières télévisions de l’époque que ses parents avaient pu acheter difficilement. A force de chercher ses notes, voulant avec insistance, jouer cet air, ses parents avaient compris, en l’entendant, alors qu’il se croyait seul, que la musique l’intéressait. Et c’est un soir de Noël, il venait d’avoir 7 ans, que sa grand-mère lui offrit un vrai instrument, rien que pour lui. Visage éclatant de bonheur à la découverte de ce grand paquet. 10 Ce ne fut qu’un petit instrument, presque un jouet, mais pour lui, le plus grand et plus beau cadeau qu’il n’ait jamais eu. Il gardera cette image en lui toute sa vie. Il commença ses premiers cours de musique quelques semaines plus tard. Il n’oublia pas non plus, les jours ou il rêvait, tout seul. A vouloir construire et réaliser, tout ce qu’il avait envie, dans la satisfaction de le faire comme il l’entendait, mais sans jamais nuire à quiconque. Ses rêves étaient pour lui une chose importante à réaliser. Entouré de ses frères et sœurs, sa petite enfance se déroulait dans un cocon simple, mais tendre et plein de vie. Il découvrit dans ces jeunes années, les premiers signes de la vie qui lui apprirent tellement. Les premières pierres, avec lesquelles il allait construire, modeler et fabriquer son tracé, son chemin, se sont fait jour dans cette période. La découverte des autres, des proches, de tous ceux qui l’entouraient, il en garda, pour plus tard, une trace indélébile au fond de sa mémoire. Avec une capacité de garder en lui, tous les instants de sa vie. Parfois durs et complexes, mais aussi doux et plein de gaieté. De tous ces moments, il su en tirer l’essentiel. 11 Ce fut également le cas plus tard, et tout au long sa vie, qu’il retrouva souvent ces moments de bien-être, de passion, de construction de « sa vie », dans ce qu’il y avait et qu’il croyait, pour lui, de meilleur. Sans jamais être égoïste, au contraire, le bien être des autres, avec ou sans sa présence, comptait plus que tout. De voir les autres heureux et contents le comblait. Il absorbait leur bonheur et le leur rendait par son énergie et son engagement sans limite, en toute chose. L’éclat que reflétait son visage, de voir des gens heureux, faisait miroir dans ses yeux et éclatait de plus belle, à en donner encore plus. L’enfant modèle, ce n’est pas lui, toujours dans l’extrême. Le plus sérieux, il le transforma vite en dérision ou en franche rigolade. Toujours souriant, très rarement triste, devant les autres, et jamais perdu, malgré une vie, parfois difficile qu’il gardait pour lui, et qu’il observait, autour de lui. Il ne laissait paraître que très difficilement les moments où il n’était pas bien et gardait en lui ce qui pouvait peiner son entourage. Le difficile, le compliqué, les causes perdues, l’attiraient comme un aimant. 12 Un problème lu dans les yeux d’une personne, instinctivement, et le voilà parti en guerre afin trouver une solution. Comme pour exclure ses propres difficultés, il s’occupait de celles des autres. Etant petit, déjà, ses copains s’adressaient à lui quand un problème se posait. Trouver des solutions était son cheval de bataille. Plus pour les autres que pour lui. Il savait déjà, que le bonheur des autres faisait le sien. Concerné souvent dans sa chair, par cette vie difficile qui lui fut imposée, mais malgré cela, il vivait et regardait cette vie de loin, très loin, afin d’en avoir un aperçu complet et total. Comme pour évacuer, ne pas être pris par ces moments, ne pas être bloqué et ne pas vouloir être trop imprégné par ce qu’il considérait ne pas être important et qui de toute façon, trouvait sa solution à un moment ou un autre. Pourtant cela allait le devenir, pour toute sa vie, difficile. Mais tout allait lui à donner matière à bien construire son chemin. Dans la difficulté et malheur parfois, mais aussi dans de très beaux moments. Ne se plaignant jamais de ce qu’il lui arrivait. 13 2 Enfance heureuse, oui, rien ne lui manquait, et si cela était le cas, il savait comment combler ce manque, en restant là, des heures durant, en modelant tout son petit monde à sa façon, ne regardant et ne gardant finalement que ce qui convenait au bonheur autour de lui. De cette convenance, son bonheur éclatait. Et cette convenance était totale. Positivant tout, pour son entourage et pour lui, en un meilleur tableau. Pourtant, les déceptions, les moments douloureux, les choses non accomplies, le suivront tout le temps, restant à jamais en lui, et il ne les oublia pas jusqu’au bout. Dans son enfance, ces premiers commencèrent à l’école primaire. déboires Une petite école communale ou le maître régnait. Petit pour son âge, il apprit vite qu’il fallait autre chose pour être parmi les grands. 15 Que sa petite taille ne lui permettrait pas de se faire une place, sa place. Pourtant il n’a jamais désiré être, même plus tard, de ceux que le monde appelle « des gens importants ». Les petites choses simples, lui suffisaient, du moment qu’il y trouvait de quoi s’enrichir l’esprit et aboutir à un contentement de ceux qui l’entouraient. Il se retrouva dans une de ces classes ou les petits de 7ans côtoyaient des grands de 13 ou14 ans. Des classes qui comportaient 3 à 4 niveaux différents. Ce qui était courant dans les petits villages de l’époque. Ces différents contacts, de niveau, d’âge et souvent aussi de classe sociale, ces contacts, il les a toujours pris comme enrichissants, même si souvent il a été pris à partie à cause de sa petite taille. A 8 ans il ne mesurait que 1m10 et à 14 ans, 1m40. Pendant toute la durée de sa scolarité, cette petite taille lui encombra la vie, mais il ne s’en est jamais plaint. Sa défense était son adaptation facile à toutes situations. Il se sauvait par une cabriole et se sortait de toutes les situations, avec la force dont on ne le croyait pas capable et qu’on ne soupçonnait pas en lui. Souvent il s’étonnait lui-même. Dans ces années là, il fit sa première rencontre avec la musique, grâce à sa Grand-mère, qui était à ses côtés pour qu’il prenne des cours. 16 Il détestait ces cours et souvent n’y allait pas, préférant vadrouiller dans la campagne. Et pourtant il avait envie d’apprendre la musique, ça l’intéressait vraiment et y trouva tellement de bonheur dont il se rendit compte plus tard. C’est cette rencontre, avec le monde de la musique, la seule, qui ne le quittera plus. La musique sera là dans les pires moments, les plus beaux passages et lui permettra de prendre la vie à pleines mains. La plus fidèle. C’est grâce à elle aussi qu’il connut des moments inoubliables et d’une force intense. Et ils furent nombreux ces moments. Certains lui reviennent, rappelés par les gens qu’il ne connait pas, mais qui l’ont côtoyé, et qui en parlent encore des années après, par hasard, lors de rencontres. Des moments, soirées de folles escapades, de rencontres, de discussions à n’en plus finir. Dans ces années, ou il commençait à rentrer dans l’adolescence il garda surtout la rencontre avec une fille de son village. Cette fille, la première amie, la première à qui il fît des mots doux pendant les récréations, la première qui le faisait respirer plus fort lorsqu’il la voyait dans la cour de l’école, et le faisait trembler lorsqu’il était à côté d’elle. 17
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