Disparaître pour exister - Page 1 - test Emilie Dolladille Disparaître pour exister Le corps customisé offre sa plus simple « disparence » Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-425-6 Dépôt légal : Février 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 à Madame Françoise Gérard Remerciements généraux : le corps médical et en particulier Anna, Emeraude, Jean-Michel, Vicha, Emilie, Annie, Marie-Catherine ; Madame Vermersch, Madame Gérard, Madame Alexandre, Bernard, Katia ; mes amies et notamment Marine, Jeanne, Elise, Amandine, Angélique, Megan, Nadège, Lucile ; ma famille et surtout Marie Françoise. Merci à mes parents et à ma sœur Mathilde Remerciements tout particuliers à Madame Campredon, à Clothilde et à sa famille, et à Carole. Merci à tous ceux que j'aime 7 PROLOGUE Je forme un recueil qui n’a jamais eu d’égal, ni de semblable, ou encore de même, car je ne suis qu’une et unique, sans pareille génétique. Ce recueil, je l’ai écrit petit à petit, au fil de ma vie et de ma maladie. Car c’est bien l’histoire d’une maladie que je vais narrer. L’histoire d’une vie qui un jour s’est fissurée, on ne sait pas pourquoi. Je ne veux pas parler d’un témoignage sur la dépression ou l’anorexie ; ces deux termes scientifiques n’ont pour moi aucune signification précise. Je pense qu’il est plus juste de parler d’un recueil sur une vie problématique et contre laquelle je me suis fracassée. Et je crois aussi contre laquelle d’autres personnes avant moi se sont fracassées, et d’autres après moi continueront malheureusement de se fracasser. C’est une des raisons pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce livre. Il se destine en effet à présenter ces maladies de l’esprit si incomprises et parfois tabous qui touchent pourtant tant de monde. Il me semble important de ne pas abandonner aux oubliettes toutes ces personnes qui, peut-être près de chez vous, ont un jour vu leur vie dire « ras le bol ». Dans mon cas, c’est à l’âge de 13 9 ans que ma vie s’est essoufflée. 13 ans, c’est jeune. On n’est pas préparé à une telle violence. À une telle souffrance. À de si grands chamboulements, spirituels, et parfois aussi physiques. C’est cet aspect là de la maladie que j’ai voulu illuminer de mon écrit. J’ai choisi effectivement d’inviter le lecteur dans la tête du patient en mal de vie. J’ai décidé de poser le regard du lecteur au centre des émotions et des sentiments s’entrechoquant ; afin que celui-ci parvienne à mieux appréhender et apprécier la réalité de ces difficultés. Car il est vrai que les problèmes d’ordre psychologique ne peuvent être compris que de ceux qui les ont réellement vécus, au jour le jour ; des jours parfois très nombreux. Alors, forcément, ils restent très souvent et trop souvent incompris ; et par la suite rejetés. C’est donc aussi dans un but, je pourrais dire éducatif ou pédagogique, que ce livre voit le jour. J’ai moi-même beaucoup souffert de l’incompréhension qui habillait les yeux et les paroles de mes proches ; mais aussi parfois du monde médical. Alors, j’espère aussi que ce témoignage sera utile aux soignants ; à toutes ces personnes qui sont extrêmement volontaires, mais qui n’ont pas forcément les moyens cognitifs nécessaires pour apporter leur générosité de manière efficace aux patients qu’elles soignent. Ce serait alors ici un but plus thérapeutique. Finalement, j’avais beaucoup de raisons d’aller au bout de ce projet d’écriture. Pour résumer, j’espère que les mots défileront sous les yeux attentifs des jeunes, des malades, des familles, des amis, des personnels médicaux ; finalement des humains, de tous ces gens qui aiment la vie et qui aiment les autres. J’oublie peut-être un point important ; il est encore temps que je l’énonce. J’écris 10 aussi cet ouvrage pour moi ; je suis pour une fois un peu égotiste. Je ne crois pas qu’il me soignera, ou qu’il m’ait soignée durant sa conception. Mais il reste malgré tout pour moi un projet important et presque vital. Je n’ai eu que très peu d’envie et de projet durant ma défaillance ; celui-ci est l’un des rares projets que j’ai entrepris et qui a abouti. Ce livre ainsi devient le symbole de mon combat et il est aussi une victoire essentielle contre ce satané virus qui depuis quatre ans imbibe mon esprit et mon corps. Donc je dirais que ce n’est pas une autothérapie, mais plutôt un match gagné, et une infime confiance retrouvée. Une preuve de ma vie certaine, et de ma volonté infaillible. Les faits racontés ont probablement duré plus que le temps ne veuille bien le laisser paraître et ont été certainement parmi les plus difficiles qu’un être puisse connaître. Ils sont souvent des événements ayant eu une importance prédominante. Mais par delà les faits, comme je l’ai déjà un peu dit, c’est surtout dans ma tête que je me suis placée pour faire partager mes émotions, mes impressions, mes sensations, mes pensées. Parce que c’est ce qui a pour moi un véritable intérêt. Je n’écris pas pour rapporter un enchaînement mécanique des faits de manière linéaire et commune ; j’écris bien pour que cet écrit soit semblable à aucun autre et qu’ainsi, par son écriture particulière aussi, il déclenche chez le lecteur une lumière de conscience. J’ai véritablement écrit ce texte en écoutant les sons que faisaient les mots ; car pour moi les mots ont un rythme et une mélodie ; ils ont une force plus ou moins importante ; ils ne s’enchaînent pas forcément tous les uns avec les autres. Certains s’assemblent parfaitement, d’autres 11 se rejettent. Ce livre peut être lu à haute voix ; il en sera peut-être d’autant plus efficace. Et la mélodie et le rythme des phrases porteront je l’espère les sujets qu’il évoque. Le récit débute lors d’un voyage scolaire en Allemagne, alors que moi, je m’arrête ; je marque une pause qui dure aujourd’hui depuis quatre ans. J’espère que vous parviendrez à partager cette parenthèse encore ouverte, sans contre sens mais avec une compréhension grandissante. J’espère que le mal de vivre va vous prendre comme il m’a stoppée dans mon ascension, pour vous mener vers une nouvelle ascension ; la mienne, et celle de beaucoup de personnes qui tout comme moi ont chuté de leur vie. Mais n’ayez pas peur, une fois la dernière page arrivée, vous vous remettrez bien vite en selle ; sur le chemin de la vie. 12 CHAPITRE 1 Départ de Marseille. Arrivée Stuttgart. Arrivée sans retour. Il était l’heure. C’était la dernière heure. Mais je ne le savais pas. Je traînais ma valise en toute innocence, et en toute inconscience aussi. Direction l’Allemagne. Plusieurs mois que ce voyage avait été décidé. Plusieurs mois que j’avais hâte d’être dans ce hall d’aéroport à observer les panneaux d’affichage. Départs et arrivées. Pour moi il n’y aurait qu’une arrivée, et aujourd’hui j’attends toujours un nouveau départ. J’étais donc avec mes camarades, qui tout comme moi s’évertuaient à porter de gros sacs encombrants mais synonymes d’évasion. J’avançais en compagnie de mes amies, que j’ai perdu depuis. Les sourires éclairaient le visage de tous, les mots qui s’échangeaient étaient mélodieux, mais mon regard ne s’apparentait à aucun autre. Le matin même, l’engouement que provoquait chez moi ce séjour linguistique m’avait coupé l’appétit. Et d’ailleurs, cela faisait plus d’un mois que l’excitation me coupait l’appétit. Quelle importance ?! En Allemagne, j’aurais bien l’occasion 13 de rattraper ce mois de presque jeûne. Il paraît que les Allemands ont une alimentation assez consistante, surtout au petit déjeuner. Paraîtrait-il aussi que leurs pâtisseries sont délicieuses. Tant d’idées se dessinaient ainsi dans mon esprit, beaucoup d’idées gourmandes il est vrai. Ces idées engendraient énormément d’attente. Et à ce moment précis, entourée des autres élèves, et des professeurs aussi, aucune appréhension ne venait pointer le bout de son nez. Non, aucune ! J’étais détendue, peut-être trop. Même l’idée de prendre l’avion ne parvenait pas à troubler cette sérénité. Et pourtant ; les voyages aériens ne font pas partie de mes passe-temps favoris. Tout ça pour dire que j’avançais, toujours dans les longs couloirs de l’aéroport, le cœur léger, et le corps un peu lourd je dois l’avouer. En effet je portais à bout de bras toute ma garde robe, ainsi que les cadeaux destinés à ma famille d’accueil. Alors je me sentais un peu alourdie. Bref. La plénitude régnait, et cela malgré le bruit qu’engendrait la foule des voyageurs si réjouis à l’idée de délaisser quelques jours leurs gentils collègues de travail ; encore que certains des individus qui composaient cette foule portaient à la main un genre d’attaché caisse qui ne pouvait contenir les affaires du touriste. Des individus qui eux, étaient là pour le boulot. Oui ! Ils prenaient l’avion pour se rendre à leur réunion de travail, à laquelle j’en suis presque sûre ils devaient s’ennuyer à mourir, comme moi je prenais le bus pour être à l’heure au collège. Je vous entends déjà ; non, je n’allais pas en cours pour m’ennuyer, mais bien pour étudier. Puis nous nous sommes posés sur des sièges grillagés, ma foi pas très confortables, en attendant 14
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