Le sorcier de Terre Infinie, Tome 1 Le clan - Page 1 - test Jacques Donatien MOREAU Le Sorcier de Terre Infinie Première partie : LE CLAN Editions Editeur Indépendant 75008 Paris — 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-089-5 ISBN 13 : 978-2-35335-089-6 Dépôt légal : Juillet 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Pour Flora et Asaliah, mes deux amours Une liste des personnages, du vocabulaire propre au livre ainsi que des lieux se trouve en fin d’ouvrage. 6 LE CLAN 7 1 Par-dessus les hauts pins bleus et verts, le soleil commençait à peine de teinter l’aurore de ses intenses couleurs. Les oiseaux piaillaient, offrant leur chant à l’astre renaissant. Entre les herbes humides les toiles d’araignée, parsemées de fines gouttelettes de rosée, formaient mille joyaux étincelants. La saison des chaleurs s’apprêtait à laisser la place à celle des feuilles mourantes. A quelques pas de la grotte, debout face à l’est, Yame étira ses membres aux muscles effilés, en direction du soleil levant, passa ses doigts dans sa longue chevelure et, yeux fermés, nez en l’air, huma les alentours avec un certain plaisir. Il aimait particulièrement le début de jour. Les senteurs de la terre, encore humide des fraîcheurs nocturnes, se mêlaient à celles des arbres environnants, des cendres tièdes du feu entretenu la nuit par Paco et des remugles musqués des peaux de rennes obstruant le fond de la caverne. Le jeune homme tendit l’oreille en direction des siens. Le sommeil était encore sur eux. Satisfait, il descendit seul le sentier qui menait à la rivière. Celle-ci serpentait en contrebas, entre 9 saules et chênes, offrant au clan une plage sablonneuse propice à toutes ses activités quotidiennes. Décidément, la Terre Mère leur avait fait un beau présent lorsqu’elle avait guidé Rouha jusqu’à cette grotte, voilà déjà bien longtemps. Le clan n’avait-il pas là tout pour vivre en paix et sans soucis, le silex et le bois, le gibier, les baies et les herbes, les champignons et les racines. Jusqu’à cette eau vive qui, jamais, ne s’arrêtait de couler. Yame éprouva un sentiment de gratitude en plongeant ses mains dans l’eau fraîche. D’un geste vif il s’aspergea le visage et le torse, comme il aimait à le faire chaque matin. Il appréciait tout particulièrement cet instant de solitude et de calme. L’air était encore imprégné des senteurs et des sons de l’aube. Doucement, là-haut dans la caverne, ses compagnons de vie commençaient à peine de s’éveiller. La rivière, vive en son milieu, s’apaisait à sa berge jusqu’à se faire si docile que Yame pouvait y contempler, sans peine, le reflet de son visage. De ses grands yeux noirs, il redessina ses traits fins et réguliers, presque féminins, son nez droit, ses pommettes légèrement saillantes, ses longs et souples cheveux de jais. Soudain, une faible brise vint troubler son image. L’odeur qu’il commençait à bien connaître le ramena à la réalité. Comme à chaque lever de jour, depuis quelque temps, il était là de l’autre côté de la rivière, arrivant si discrètement que 10 le jeune homme se faisait toujours surprendre. C’était son odeur, bien particulière, qu’il captait à chaque fois, avant que ses yeux ne le découvrent, immobile, camouflé par les sous-bois feuillus. Yame hésita. Puis, n’y tenant plus, il se glissa silencieusement dans l’eau afin de le rejoindre. En se hissant sur la berge couverte d’herbe tendre, le jeune homme domina ses craintes. Il savait que seuls des gestes sûrs rendraient possible le rêve qu’il faisait depuis plusieurs nuits. Sans réfléchir plus, il s’avança à pas feutrés au-devant de l’animal. Celuici, attentif, ne bronchait, pas semblant l’attendre, comme s’il savait lui aussi que ce jour était à eux. Sa longue et étroite tête blanche, au bout de nez moucheté de gris, était surmontée de deux oreilles sombres, pointant vers le ciel. Entre elles, de longs poils, grisonnants comme les cheveux des Anciens, descendaient en mèches irrégulières sur son front, ainsi que sur son encolure. Ses beaux yeux noirs suivaient avec curiosité et attention les moindres gestes de l’humain qui osait, enfin, s’approcher de lui. Jamais Yame n’avait encore eu l’occasion de rencontrer un tel animal. Il en avait seulement entendu parler, une fois. Le clan de Daria avait prétendu en avoir rencontré quelques-uns, dans la plaine tout au sud, derrière la forêt. Cela ne pouvait être que vantardise. Daria et ses hommes n’avaient, 11 très certainement, rien vu d’autres que ces petits chevaux trapus à la chair goûtée. Mais jamais un cheval de cette taille. L’animal souleva soudain ses lèvres, laissant apparaître de belles dents. Puis il émit un petit cri semblable à un rire. Yame s’arrêta. Le grand cheval voulait lui parler. Comme lui, il souleva ses lèvres et tenta d’imiter son rire. — Je suis Yame, dit-il en posant sa main droite sur sa poitrine, je ne te veux aucun mal. Je désire seulement devenir ton ami. Laisse-moi venir jusqu’à toi. Ne crains rien. Le cheval écoutait et comprenait. Ce ne pouvait être autrement. Sinon il se serait enfui. Le jeune homme avança encore de quelques pas. En lui monta un chant d’amour, pour la vie, pour ce mammifère qui était déjà son ami, pour les découvertes qu’ils allaient faire ensemble. Il se mit à fredonner, d’une voix douce, un air qu’il avait inventé enfant et qu’il aimait à se rechanter fréquemment. L’animal s’approcha, tête tendue, attentif. Le cœur battant Yame, n’écoutant que son intuition, osa poser sa main sur le museau qui lui était offert, la laissant doucement aller sur le poil doux. Puis il fit un nouveau pas, pour venir se coller au poitrail du cheval. Celui-ci ne bronchait pas. Avec attention, le jeune homme prolongea ses caresses, sur sa crinière, son dos, son flanc, son ventre, tout en s’accom12 pagnant de son chant. Les oreilles de l’animal frémirent. Ses yeux étirés semblaient étinceler. Il posa son museau sur l’épaule de l’homme qui lui entoura le col de ses bras. Ils restèrent ainsi, sans mouvement, durant un long moment, s’abandonnant au temps présent. Puis Yame retira délicatement ses bras et fit trois pas en arrière. — Je te salue, Grand Cheval. Je reviendrai à l’aube prochaine, car je désire monter sur ton dos et courir avec toi. Le cheval hennit en secouant sa tête de haut en bas et, se retournant, il s’éloigna sous les hautes futaies. Il venait de donner son accord. Yame en était convaincu. 13
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