Et si j'y croyais ? - Page 2 - test Fabien RODHAIN Et si j’y croyais ? Roman Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0207-3 Dépôt légal : Octobre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 A la vie, qui réserve de belles surprises à ceux qui croient en elle, Et à ceux qui croient en elle. Aux êtres passés qui vivent en d’autres au présent, Et à ceux qui les font vivre. Aux hommes et aux femmes qui savent inspirer, Et à ceux qui s’en inspirent. « La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il existe une infinité de choses qui la dépassent » Blaise Pascal I « Ce sont les pensées d’un homme qui déterminent sa vie » Marc Aurèle J’entendais vaguement la sirène, comme si elle venait du fond d’un tunnel. Elle se superposait à de nombreuses voix brouillées autour de moi, certainement depuis un certain temps. Je fis un effort surhumain pour ouvrir les yeux et vis, dans le flou, deux visages penchés sur moi. J’étais manifestement couché sur le côté gauche, et aperçus d’énormes blocs de pierre de l’époque romaine. Une voix masculine dit énergiquement : – la main dessus ! Prêt ? – Prêt ! répondit tout aussi franchement une autre voix d’homme. – Go ! Je sentis la civière décoller du sol, d’un coup net mais maîtrisé, sans brutalité. J’entrevis d’abord le mur romain puis après un demi-tour, je sentis que nous progressions en montant sur un chemin qui surplombait le jardin de Cybèle où alternaient murs et pierres romains, zones d’herbe et jeux pour jeunes enfants. Ma vue se fixa sur un muret et un ensemble homogène de pierres, sans doute un morceau de la Via Domitia… J’essayais de lutter mais ma vision était de moins en moins nette. Je me laissai agréablement aller au premier souvenir qui me vint, puis à nouveau je perdis connaissance en me laissant bercer par le mouvement. * * * 9 II « Eh bien, on peut dire que vous m’avez filé une peur bleue », me dit l’homme assis à côté de moi. – Mais on dirait… une chambre d’hôpital ! Que fais-je ici, et vous… qui êtes-vous ? fis-je mollement. – Vous sortez de… Attendez… Six heures de « coma léger », comme l’a nommé le médecin qui vous a ausculté. – Vous n’êtes donc pas médecin ? – Mon Dieu, non ! – Et savez-vous pourquoi je suis ici ? – Vous ne vous rappelez donc de rien ? – Non, précisément. – Ni le parc, ni votre mallette, ni les voyous qui ont essayé de vous la voler, ni l’intervention de la police municipale ? – Non, absolument rien. – Eh bien… Je passais au square au moment où… – Quel square ? – Celui des vieilles ruines, au centre de Vienne, près du théâtre antique. – Vous voulez dire le jardin de Cybèle ? – Oui, c’est sûrement ça… Toujours est-il que j’y passais, au moment où vous tentiez de reprendre votre mallette volée par 4 ou 5 voyous, je ne sais plus… Vous sembliez sur le point de vous en sortir, quand l’un d’entre eux, le plus âgé je pense, vous a assommé d’un sérieux coup de barre de fer. – Humm… (passant la main dans mes cheveux). Voici donc l’explication de ma migraine… – En effet, et vous avez sans doute la tête dure, car je peux vous dire qu’il n’y est pas allé de main morte ! J’ai vu passer des policiers municipaux, je 10 les ai alertés et à leur vue, les voyous se sont mis à détaler… Malheureusement, ils n’ont pas été rattrapés… – Et vous, pourquoi m’avoir veillé ici ? Je vous en remercie, mais suisje censé vous connaître ? – Non non, rassurez-vous, vous n’êtes pas devenu amnésique, nous ne nous connaissons pas… Je m’appelle André Foruit et j’habite Lyon. J’étais de passage à Vienne pour acheter des billets pour le festival de jazz, vous savez c’est l’année brésilienne et Gilberto Gil va en faire l’ouverture… Vous connaissez Gilberto Gil ? De nature un peu méfiante, j’avais toujours eu du mal avec les gens trop avenants à mon goût. Cet André Foruit avait l’air plutôt sympathique, mais que faisait-il là ? Et puis moi, j’avais des maux de crâne à m’en faire hurler, et certainement pas envie de parler jazz, capable à lui tout seul de me filer la migraine, d’ailleurs… Ceci étant, ce Monsieur semblait m’avoir été d’un grand secours, je lui devais bien un minimum de reconnaissance… sans compter qu’il pourrait m’en apprendre plus, en particulier sur cette mallette dont je ne me rappelais pas, et sur ce qui s’était passé. Comment l’éconduire poliment ? – Monsieur Foruit ? – Appelez-moi André ! – Si vous voulez… André, je ne voudrais pas vous paraître cavalier mais je suis dans un état très désagréable, j’ai sans doute besoin de me reposer et je voudrais voir le docteur pour savoir précisément où j’en suis physiquement. Mais j’aimerais vous exprimer ma gratitude dans un meilleur contexte… Puis-je vous inviter à dîner un de ces jours ? Voici mes coordonnées. – Non non, je vous en prie, un acte minimum de civisme et de solidarité ne mérite pas de récompense, je ne l’ai pas fait pour cela et d’ailleurs à ma place, tout le monde en aurait fait de même ! – Je ne suis pas sûr, en tout cas vous l’avez fait… mais vous ne m’avez pas dit… Pourquoi m’avoir veillé ? – Vous allez me trouver idiot… Les policiers ont appelé le SAMU en vous découvrant à moitié comateux… Les pompiers vous ont posé quelques questions sur votre identité, auxquelles vous étiez incapable de répondre… J’ai pensé au « pianiste », vous savez ce type qui a été retrouvé en Angleterre, un véritable virtuose, apparemment amnésique, dont tout le monde ignore l’identité y compris lui-même, et je me suis dit que je vivais peut-être ce genre d’histoire en direct… et puis vous savez, je suis retraité, je n’avais pas forcément mieux à faire… 11 – Merci encore Monsieur Foruit, euh… André, j’insiste pour vous inviter, disons de manière… amicale alors, et pas pour vous remercier ! Je vous laisse mes coordonnées sur ce bout de papier, aurez-vous l’amabilité de m’appeler ? – D’accord, avec grand plaisir. Vous savez, depuis que ma femme est partie (je n’ai toujours pas compris pourquoi, d’ailleurs !), j’apprécie particulièrement les restaurants : elle cuisinait tellement bien, ça me manque… Alors que moi par contre… Enfin les hommes sont souvent ainsi… – Oui, oui ! J’eus enfin la satisfaction de le voir se lever pour me serrer la main, me souhaiter un prompt rétablissement et sortir de ma chambre. La main sur la poignée de porte, il se retourna pourtant et m’adressa à nouveau la parole : – J’allais oublier… « Voilà qu’il la joue Inspecteur Colombo », pensai-je. – Oui ? – Votre mallette ! – Ma mallette… Quelle mallette ? – Je vous ai dit, vous vous êtes battu pour votre mallette. Ça vous reviendra certainement très vite… Bref, elle est au commissariat. – Au commissariat ? – Oui, les policiers municipaux l’y ont déposée. Ils m’ont dit que vous pourriez la reprendre à votre guise. – Bien, André, merci encore ! Je poussai un ouf de soulagement. J’allais enfin pouvoir me reposer et faire le point… Ce qui en réalité me plongea dans un profond sommeil. * * * D’une manière aussi floue que peuvent l’être les rêves, il me semble avoir revécu toute la scène. Je me vois effectivement dans le jardin de Cybèle à Vienne, assis sur un gros bloc de pierre. J’observe des enfants en train de jouer dans la petite plaine de jeux installée sur le côté de ce lieu historique exceptionnel. Mon regard se porte régulièrement sur une mallette qui semble abandonnée au milieu des ruines. Un groupe d’enfants s’en approche bruyamment, avec l’évidente volonté de préparer un mauvais coup. Ils sont cinq. Celui qui semble 12 être le meneur ne doit pas dépasser les quatorze ans, mais a l’air bien dégourdi. Les autres ont certainement entre dix et douze ans. Sous la surveillance de ses acolytes, le meneur se saisit de l’objet et commence à en sortir des documents manuscrits. Il les estime certainement sans importance et les jette avec dédain ; les papiers commencent à se répandre au milieu des ruines. Dans mon rêve, il me semble qu’il y a là des milliers de feuilles… Je suis un peu triste pour le propriétaire de la mallette, je me dis qu’elle représente peut-être pour lui un trésor… mais en même temps je trouve qu’il n’y a pas de quoi s’apitoyer, c’est bien peu de chose face à tant de difficultés que l’on peut rencontrer dans la vie… Et puis, quelle idée de laisser traîner un objet sans doute important dans cet endroit… Mais subitement, comme un battement de cœur différent, me submerge l’envie de faire quelque chose qui ait du sens. Aider quelqu’un, me dépasser. Juste quelques instants, me sentir dans la peau d’un héros plutôt que dans celle d’une victime comme trop souvent par le passé… Devenir important pour une personne ! Et puis, y a-t-il vraiment des risques avec une bande de marmots… D’un élan je me lève, fermement décidé à reprendre cet objet à ses tortionnaires. * * * Ma frustration fut grande lorsque la scène s’interrompit et que la suite s’évanouit, stoppée violemment par la désagréable sonnerie du téléphone de ma chambre. Un peu hébété, je décrochai celui-ci pour entendre une voix féminine et sèche me dire : – Communication pour la chambre 303 – Mais personne ne sait que je suis… Même pas le temps de finir ma phrase et j’eus mon interlocuteur au bout du fil : – Re-bonjour, excusez-moi de vous déranger, c’est André ! – André ??? – Oui André Foruit, vous savez ! – Oui oui je sais, (un peu cynique) quel bon vent vous amène André ? – J’ai oublié de vous dire tout à l’heure, une dame est arrivée au milieu du brouhaha avec les policiers, les voyous, les curieux et tout le reste… Elle m’a dit qu’elle était très pressée et qu’elle devait partir, mais elle m’a demandé de vous donner son numéro en vous demandant de la rappeler. « C’est de la plus haute importance », m’a-t-elle dit. 13 – Ok André merci beaucoup, si vous avez encore oublié quelque chose vous pourriez me l’envoyer par lettre ou par mail, au moins je pourrai peutêtre me reposer un peu ! Bonne soirée ! Sur ce, je raccrochai le combiné. Je fus instantanément assailli d’un sentiment de culpabilité : je m’étais fait agresser par des voyous alors que j’essayais de récupérer une mallette qui manifestement ne m’appartenait pas, j’avais été aidé, peut-être sauvé par cet homme, et je ne trouvais pas mieux que de le traiter comme un indésirable. D’accord il était un peu collant, mais il ne méritait certainement pas cela… Pris de remords, je décidai de l’appeler dès le lendemain… Sauf que si je lui avais laissé mon numéro, moi je n’avais pas le sien ! Pour faire amende honorable, je n’avais plus qu’à espérer qu’il ne soit pas vexé au point de ne pas me rappeler… Quant à cette femme surgie de nulle part pour une affaire « de la plus haute importance », je n’y accordai pas grand intérêt, il devait y avoir erreur sur la personne… Je m’avouai cependant que cette ambiance de bravoure et de mystère m’entourait d’un halo fort agréable, nouveau et surtout tellement différent de mes états d’âme du moment, juste quelques heures auparavant… Je m’endormis sur cette pensée, et me concentrant pour retourner à la suite de mon rêve. Malheureusement, je plongeai cette fois dans une sorte de délire totalement absurde, sans queue ni tête. * * * Je suis enfant et me vois tel que je l’ai été réellement : maigre, hésitant, volontaire mais me trouvant pourtant si souvent impuissant face aux situations réelles. Je me promène sur une plage déserte, jolie mais en proie à une violente pluie, sur le point de tourner à l’orage sous un ciel menaçant. Pourtant rien ne me dérange, je n’y suis ni bien ni mal : j’y suis habitué, indifférent. D’une certaine manière, la noirceur qui contraste avec la beauté du site m’attire, même. Au moment où va éclater l’orage, je trébuche sur le bout d’un objet qui dépasse du sable. Cela ressemble à une anse de carafe, je le déterre et à ma grande stupéfaction, découvre une lampe ancienne qui brille comme un sou neuf. La lampe d’Aladin ! Moi qui n’ai jamais été attiré par ce conte, prends l’objet en main et m’apprête à le frotter avec mon t-shirt mouillé, quand je me dis : « attends, il s’agit de la véritable lampe d’Aladin, un 14
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