Enfant de salaud - Page 1 - test Du même auteur : Chroniques d’intra-muros ou Mémoires d’un détenu ordinaire. Avril 2008 4 Jérôme Lefort Enfant de salaud ou Erreur judiciaire du troisième type Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1181-5 Dépôt légal : Octobre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 À notre fille cadette, la victime, ma victime. À mes parents et grands-parents. Mais aussi à tous ceux, de ma famille, de mes amis, de la chorale, du bureau, des services de police et de gendarmerie, de l’institution judiciaire, de l’administration pénitentiaire, du corps médical, de la communauté catholique, des détenus, qui chacun à leur mesure, du surveillant stagiaire à notre fille aînée ou à Monseigneur le Cardinal de Paris de l’époque, Jean-Marie Lustiger, m’ont apporté, par un sourire, une parole, une écoute, une présence, un peu de mieux-être, parfois même d’éphémères moments de bonheur. Avec une pensée particulière pour mon psychiatre « de ville » brutalement décédé après la fin d’écriture de ce livre, auquel je dois tant. La législation se fabriquait et s’appliquait en ce lieu sévère… Cette salle avait une voûte de châtaigner où ne pouvaient se mettre les toiles d’araignées ; c’est bien assez qu’elles se mettent dans les lois. Victor Hugo L’homme qui rit Toute ressemblance avec des personnes ou des faits ayant existé ne saurait être l’effet du hasard. D’une part ce livre est strictement autobiographique et certains pourraient s’y reconnaître, même si par discrétion ou prudence selon les cas, tous les noms ont été évités ou changés. Et puis je ne pense pas être le seul à avoir vécu un drame comme celui que j’aborde ici et m’imagine donc que d’autres pourront s’y reconnaître également, même s’ils ne font pas partie des personnages de ce récit. On verra que je ne suis pas tendre avec certaines institutions et certains organismes dans mes écrits. Qu’il soit clair que je ne jette pas l’anathème sur ceux-ci et que mes commentaires ne doivent se lire que dans le cadre de ce qu’il m’a été donné de connaître, par expérience personnelle, ou par ceux des témoignages qui m’ont paru dignes de foi, à l’intérieur comme à l’extérieur, notamment dans des colloques ou des émissions débats. 1 Avertissement Que ceux pour lesquels un père qui a touché à sa fille ne peut qu’être systématiquement, sans autre forme de procès, voué à l’anathème, s’abstiennent d’aller plus loin. Ils ne trouveront dans ce livre que matière à exaspérer leurs a priori et n’en retireront pas les messages dont je l’espère porteur pour le mieuxêtre des victimes à venir, voire, il faut y croire, pour la réduction de leur nombre. Qu’ils rendent donc ce livre à leur libraire avant d’y avoir laissé plus de trace de lecture que celle de ces premières lignes. Ou qu’ils le donnent à un proche, à un ami plus capable de compassion et d’ouverture d’esprit qu’eux-mêmes : quelqu’un pouvant m’admettre capable de ne pas me résumer à un de mes actes, d’éprouver un repentir profond et sincère, de regretter de toute mon âme le mal que j’ai fait ; un lecteur qui me pense capable d’écrire, non par rancœur ou par simple défoulement, moins encore pour me donner bonne conscience, mais animé d’un réel souci – besoin – d’espérer éviter à d’autres ce qu’ont subi notre fille cadette et toute notre famille. 15 2 Préface Mes motivations Notre Ministre de l’Intérieur de l’époque, au cours d’un débat télévisé de la première moitié de l’année 2003, exprimait avec amertume, mais aussi l’arrogance et la ferveur de « ceux qui savent », son étonnement de voir tant d’ouvrages sortir sur le triste sort des détenus des prisons françaises. « On en ferait presque des victimes » disait-il. Et que penser de cela, face au peu d’intérêt porté selon lui aux vraies victimes elles-mêmes ? Dès cet instant, je n’ai eu de cesse de trouver le temps de me mettre au clavier devant mon écran (on parlait autrefois de « prendre la plume ») pour apporter mon témoignage sur un drame vécu par toute une famille, la nôtre. Le coupable n’y a guère bénéficié des attentions dont il est fait état. Par contre la victime, elle, a dramatiquement pâti du trop d’« attentions » d’abord, puis du désintérêt total ensuite, des différents corps de métiers intervenant dans une procédure judiciaire et autour. 17 Puis suivirent trois années pendant lesquelles je n’ai plus eu le courage d’écrire, trop persuadé au jour le jour en écoutant les journaux télévisés que mon discours n’intéresserait personne. Les « braves gens » ne sont guère passionnés en général hélas par ce qui arrive aux autres, et moins encore à ceux qui « suivent une autre route qu’eux » comme chantait le poète. 2006 fut placé sous le signe d’Outreau : je ne manquai quasiment rien des débats, eus envie de remettre l’ouvrage sur le métier, mais l’émotion populaire immense soulevée par cette affaire ne tenait qu’à l’innocence des intéressés, et à la médiatisation due exclusivement à leur nombre. C’est sans doute, sur le plan législatif, la souris dont a accouché l’éléphant fin 2006, ainsi que des événements familiaux personnels remettant en pleine lumière la triste situation de notre fille, ma victime, qui m’ont fait un devoir de tenter de témoigner quand même. Personne ne contestera le statut de victime au détenu condamné puis reconnu finalement innocent, pas plus d’ailleurs qu’à toute sa famille. C’est là l’erreur judiciaire par excellence, et dans certains pays pourtant dits civilisés où la peine de mort est encore appliquée, cette reconnaissance intervient parfois hélas à titre posthume. Malheureusement, si ce type d’erreur peut aussi être le fruit de négligences ou de partis pris, il restera inexorablement inévitable dans une société où le citoyen moyen – comme moi auparavant – a le devoir devant la loi, en tant que juré, et même s’il s’en sent parfaitement incapable comme ce fut toujours mon cas, de juger son prochain, et surtout de le condamner. Rappelons que l’affaire dite d’Outreau ne 18 fut en cela stricto sensu pas une erreur judiciaire puisque, contrairement à mon époque, l’appel est désormais possible devant les Assises et qu’il a permis en l’occurrence la relaxe des innocents. On admet volontiers maintenant comme deuxième type d’erreur judiciaire la condamnation d’un vrai coupable à une peine disproportionnée par rapport au délit ou au crime commis. Dans certains cas, il est bien difficile de se prononcer tant un jugement comporte bien souvent une large part de subjectivité. Toutefois, il est des cas sans conteste, auxquels ce serait le rôle des procédures d’appel de remédier dans la mesure du possible. Hélas, depuis que l’appel est devenu possible suite à un procès en Assises, les appels sur de telles condamnations ont bien souvent confirmé, voire augmenté la peine. Reconnaissons qu’il y a aussi un cas au moins ou les 30 ans avec 20 ans incompressibles de première instance ont été en appel commués en acquittement malgré des réquisitions identiques : on voit là la grande approximation du système… De tels cas d’erreur continueront donc d’exister, qui feront faire croupir pendant de longues années imméritées un malheureux derrière les barreaux alors qu’en toute justice il aurait dû être libéré plus tôt. Soulignons toutefois le rôle potentiellement régulateur, a posteriori, des juges d’application des peines qui peuvent, par une libération conditionnelle assez précoce, corriger les effets de certaines de ces erreurs : ce fut à l’évidence mon cas. Mais personnellement, suite à une expérience vécue de l’intérieur, à tous les sens du terme (intérieur des murs, intérieur de la famille, intérieur 19
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