Les prisonniers du monde perdu - Page 1 - Du même auteur : – Les Sondeurs du Temps – Le Mystère de l’Ile des Géants – Le Secret des Pierres d’Ica – Les Enfants des Etoiles 4 Stephan Lewis Les Prisonniers du Monde Perdu Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2666-6 Dépôt légal : Mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 CHAPITRE I Février 2032… La planète Terre n’est plus que ruines et désastres, en regard des conséquences dramatiques et irréversibles engendrées par les séquelles de la guerre atomique qui s’y est déroulée dix sept ans plus tôt. Les retombées radioactives, véritable pollen de mort, responsables d’épouvantables mutations génétiques, n’ont laissé qu’un monde perdu et désolé à sa surface. Ce monde apocalyptique à l’abandon, momifié, figé et rigide, sans vie ou presque, est désormais hanté par des espèces étranges et redoutables : les kobs. Sur ce nouveau territoire, ces mutants cannibales féroces et sanguinaires, issus d’invraisemblables croisements, subviennent à leurs besoins en se dévorant entre eux. Ils livrent d’incessants combats à la poignée d’êtres humains encore en sursis, qui ont l’infortune de croiser leur chemin et dont certains sont revenus à la sauvagerie primitive. Un quadragénaire britannique bâti en athlète, erre solitairement à travers le dédale de couloirs désertés de l’ancien métro londonien. Ses cheveux noirs taillés 9 en courte brosse couronnent un visage énergique aux yeux verts. Mais l’œil est inquiet. L’homme est aux aguets. Une mystérieuse présence semble s’être attachée à ses pas. Le long hurlement inhumain qui l’a fait tressaillir quelques minutes auparavant, vient de retentir une nouvelle fois. Il s’est répercuté d’écho en écho, roulant à travers l’immensité des couloirs comme un avertissement, comme une fatidique menace. Ce cri terrifiant, sinistre et monstrueux, lui semble de plus en plus distinct, de plus en plus proche. Il est devenu l’objet d’une incessante hantise, comme si son auteur n’avait de cesse de le pister à travers les rues désertes de la capitale. Assailli par une sourde angoisse, le cœur battant à un rythme endiablé, l’homme, qui répond au nom de Dany Ballantine, a marqué un temps d’arrêt. Une peur viscérale le tenaille. L’oreille tendue, il hésite sur la direction à prendre, afin de tenter de tenir en échec l’auteur de ce cri infernal du plus lugubre effet. Lorsque cet être mystérieux s’était manifesté pour la première fois, Ballantine avait songé à un prédateur, tel un fauve, bien qu’il ne l’ait jamais aperçu. L’étrange créature sanguinaire laissait toujours derrière elle des dépouilles de mutants, mutilées ou ensanglantées. Ces abominables constatations l’avaient amené à lui attribuer tous ces carnages. Mais depuis sa macabre découverte faite la veille dans la troisième salle où s’entassaient des corps carbonisés, il ne savait plus que penser. Une seule chose comptait : Mettre rapidement un terme à ce cauchemar interminable. Cette créature énigmatique, au demeurant plus redoutable que les kobs, ne fait apparemment pas de quartiers avec ceux qu’elle croise sur sa route. Il avait 10 pu en juger par le témoignage des cadavres s’amoncelant sur son passage. Elle semble le poursuivre inlassablement, sans toutefois s’être jamais manifestée à ses yeux. Cette situation insupportable accentue son angoisse de jour en jour. Il a la désagréable sensation de se sentir dans la peau d’un animal traqué, pris dans une souricière. Quelques secondes de réflexion auront suffi pour qu’il tourne rapidement les talons. Un seul impératif persiste à présent : Fuir au plus tôt cet endroit malsain où règnent l’ombre et la terreur, qui semble se refermer irrémédiablement sur lui comme un piège à rats. C’est avec une évidente appréhension qu’il a épié les alentours avant de se ruer dans une galerie assez basse, rendue quasiment impraticable par les fréquents éboulements s’y étant produits. Au terme d’une course effrénée à travers cet enchevêtrement inextricable de couloirs qui s’entrecroisent sans cesse, exténué, les poumons en feu, il s’est laissé choir sur les genoux en haletant, au bas d’un escalier en partie éboulé. Un instant de répit s’avère indispensable pour qu’il récupère son souffle. Encore sous le coup de l’effort qu’il vient de produire, il en gravit les quelques marches le séparant encore d’un portique au chambranle rongé par la rouille. En dépit de l’air glacial constamment engendré par les courants d’air qui l’enveloppe comme un linceul, son visage dégouline d’une sueur moite. Mais il a tressailli… L’inquiétant avertissement a de nouveau retenti. Il semble s’être de nouveau rapproché, ce qui le rend plus menaçant encore, ne faisant que décupler l’angoisse qui l’a envahi et qui se transforme progressivement en une panique incontrôlée. Il s’est 11 jeté sur la porte de la dernière chance qui a cédé au premier assaut dans un grincement de charnières mal huilées. Sur l’étroit palier s’amorce un second escalier, remontant cette fois vers la surface… Et la course folle recommence de plus belle… Il suit un couloir encombré de restes macabres, ce qui l’amène une fois encore à la plus extrême prudence. Il doit à tout prix éviter un éventuel affrontement avec un mutant. Il aurait alors à livrer une terrible bataille pour la sauvegarde de sa vie. Les kobs, dont la taille frise les deux mètres, ont un faciès bestial aux crocs de fauve faits pour déchirer la chair et où le nez est pratiquement inexistant. Leurs mains poilues à six longs doigts griffus viendraient facilement à bout d’un simple individu désarmé. Evitant d’engendrer le moindre bruit susceptible de trahir sa présence, Ballantine est parvenu en bout de couloir. L’oreille tendue, il a de nouveau sursauté… Une porte vient de s’ouvrir à l’étage et un bruit de pas résonne dans l’escalier. Une flamme d’inquiétude s’est allumée dans ses prunelles et une onde glacée a couru le long de son échine. Il appréhende la fatale rencontre. Le cœur battant à un rythme insensé, il a fait volte-face pour s’esquiver d’un pas rapide mais étouffé, avant de se glisser précipitamment dans le couloir. Le hurlement déchirant s’est une nouvelle fois répercuté en cascades à travers les galeries du métro. Un bruit de lutte s’en est aussitôt suivi, tandis que retentit un cri aigu et soutenu, comparable au cri sans fin d’un rapace torturé. La peur au ventre, Ballantine a essuyé d’un revers de manche la sueur moite qui perle sur son front. 12 Adossé à la muraille, il perçoit distinctement les échos de la bataille qui fait rage à un jet de pierre de l’endroit où il se trouve. Mais un silence oppressant et lourd d’angoisse a repris possession des lieux. Les nerfs tendus comme des cordes de piano, il s’est éloigné à pas de loup, lorsqu’il perd brusquement l’équilibre et bascule dans le vide. Plus étourdi que groggy, il tarde à se redresser, se massant instinctivement le bas du dos. Tout est noir autour de lui. Aucun bruit ne lui parvient. Rien que ce grand silence sépulcral, produisant plus de tintamarre dans sa tête que la résonance de dizaines de tambours réunis. Il n’ose bouger, ni même respirer. Ses yeux s’accoutument progressivement à la pénombre, tamisée par le léger filet de lumière qui pénètre par la trouée supérieure. Au terme de quelques secondes, il parvient à discerner le nouvel environnement où il est atterri par accident. Il se trouve à n’en pas douter à l’intérieur d’un ancien logement. L’endroit est visiblement muré depuis de nombreuses années par les éboulements, après avoir été laissé à l’abandon par ses résidants qui avaient dû fuir précipitamment. La pièce où il a chu est de toute évidence la cuisine. Divers équipements à usage ménager ainsi que des ustensiles occupent une partie des murs. La vigilance ne l’a pas abandonné un seul instant. Il hésite encore à faire le moindre mouvement qui pourrait trahir sa présence, bien que le secteur semble désert. Ce qui le surprend de prime abord, c’est le fait que rien ici ne paraisse avoir été chamboulé ou pillé, alors que tout a été mis à sac partout ailleurs dans la capitale. 13 Il s’est approché à pas de loup de l’imposante table en chêne massif qui occupe le centre de la pièce. Le tiroir est resté ouvert sur un amalgame d’objets sans importance. Mais une petite boîte rectangulaire vient d’attirer son attention. C’est une boîte d’allumettes. Avec un peu de chance, peut-être sont-elles encore utilisables, car l’endroit semble être resté au sec. Au premier essai, au premier craquement, la lumière a jailli. Il en reste encore suffisamment pour lui permettre de trouver un combustible et faire disparaître la nuit qui baigne encore les autres parties de l’habitation. Ballantine entreprend alors un examen méthodique des lieux, à la flamme dansante d’une allumette. Son regard s’est arrêté sur les deux chandeliers à cinq branches qui trônent sur le grand bahut de la salle à manger. Les bougies, à peine entamées, sont en parfait état. Elles illuminent bientôt la pièce qui lui dévoile tous les trésors qu’elle renferme encore. Autour de lui, tout est en ordre et bien rangé. Chaque chose semble être restée à sa place, comme si la demeure était toujours habitée. La couche de poussière recouvrant le mobilier témoigne toutefois de l’absence prolongée et définitive de ses anciens occupants. Sa visite se poursuit maintenant depuis une dizaine de minutes. L’endroit dans lequel il a chuté semble être une loge de conciergerie. Les éboulements qui l’ont scellée tel un tombeau l’ont préservée de tout pillage. Le gardien devait être un chasseur. Un râtelier garni de quatre fusils et de divers couteaux de chasse orne la pièce principale. Plusieurs trophées grisonnants occupent une partie importante des murs. 14 Ballantine s’est emparé fébrilement de cet arsenal inespéré. Le tout a été étalé avec le plus grand soin sur la grande table. Il y a là matière à rêver, à cette époque où toutes les armes à feu ont disparu et sont presque totalement méconnues des derniers habitants de la planète. Il se rappelle le temps où il partait chasser en compagnie de son grand-père, il y a de cela presque trente ans déjà. Après avoir examiné minutieusement l’armement en sa possession, une carabine attire particulièrement son attention. Il en essuie précautionneusement le canon et la crosse, sur laquelle figure encore le nom du fabricant, ainsi que le modèle : « 22 long rifle auto ». Une arme qui vaut certainement tous les trésors que pourrait encore renfermer ce maudit monde. Quant aux trois fusils de chasse, deux sont apparemment inutilisables. La rouille a oxydé les parties essentielles. Le dernier, en parfait état de fonctionnement, est équipé de deux canons superposés. Il était certainement utilisé pour le gros gibier. Une légère réfection du chargeur automatique de la 22 L. R. quelque peu corrodée, semble néanmoins nécessaire. Ballantine fait à présent un rapide inventaire de sa miraculeuse trouvaille : Un superposé modèle Magnum qui lui permettrait de venir à bout d’un éléphant et une 22 L. R. automatique. Son chargeur peut contenir vingt cartouches qu’il lui est possible de tirer au coup par coup ou en rafales. Il a également récupéré plusieurs boîtes de munitions, ainsi que deux superbes couteaux de chasse qu’il a glissés dans sa ceinture. 15
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