Egéries - Page 3 - test François Faucon Egéries Contes et poèmes Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-262-7 Dépôt légal : Décembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Souvenirs du passé Lorsque le soir je regarde les étoiles, Mon cœur aspire au calme du firmament. Il souhaite arrêter sa quête un moment, Mais jamais l’espoir ne s’y dévoile. Ma joie est si grande quand votre visage À mes yeux vient s’offrir Qu’en cet instant, je sens une larme courir Comme un heureux présage. Votre chevelure est une forêt Où se perdent deux yeux de biche. Sur ce doux visage, un nez se niche Et livre à mon regard cette bouche désirée. L’abeille butine la fleur du printemps, L’écureuil grimpe aux plus hauts sommets, Moi je n’espère qu’en ce monde secret Où seul l’amour nous attend. Que d’arrogance me direz-vous ? Certes. Mais tant de beauté valait bien un poème. Que d’imprudence me direz-vous ? Certes. Mais tant de grâce valait bien une anathème ? 7 La lune et le pèlerin Un soir d’automne, un pèlerin venu de nulle part et fatigué par une longue marche, fit une halte au pied d’un vieil arbre et s’allongea sur le sol. Les senteurs de la journée se faisaient plus fortes : le blé coupé, la terre qui dégage cette odeur unique lorsqu’elle est mouillée… La nuit arriva à grands pas et ce soir là, la lune était ronde et brillante. Ses rayons donnaient au ciel des reflets bleus marine et une douce lumière bordait cette déesse à la silhouette raffinée. Le pèlerin ferma les yeux et laissa son aura l’attirer dans le monde des rêves. Des images furtives et vagues se pressèrent à son esprit. Il entrevit la guerre, le désespoir, la mort qui l’avaient entouré et se souvint de cet accablant silence qui l’étouffait encore. À tel point qu’un jour, il y a très longtemps, l’idée lui traversa l’esprit de mettre fin à sa vie. Il errait, les yeux exorbités, se demandant s’il devait continuer à endurer ce calvaire. La guerre avait emporté les siens, son avenir... Ses amours aussi. Oui, ses amours perdues 8 qui avaient laissées dans son cœur des blessures profondes et à jamais ouvertes. Seuls des guenilles, un bâton et son chien lui restaient, en héritage de ce funeste passé, en souvenir des projets qu’il avait bâtis. Dans son sommeil, il vit la lune ronde se cacher derrière un épais brouillard. C’est étrange ! On dirait qu’elle change de forme et qu’une larme coule en longeant ses courbes. La brume nocturne se confondit avec celle de ses rêves, et la lune, de disque céleste devint femme aux lignes généreuses et délicates. Sans un mot, descendant de ses hauteurs, elle vint le voir, s’inquiétant de sa détresse. Et par un simple sourire, elle rassura le pèlerin. La brume se dissipa et il sortit de son sommeil. Il comprit que la lune l’avait encouragé à sécher ses larmes en lui promettant que les beaux jours reviendraient. Elle, qui du fond des étoiles veille aux destins des âmes perdues, était descendue pour l’embrasser et le toucher de sa grâce. Apaisé, il reprit son bâton pour devenir le gardien des songes sous le regard aimant de la lune, qui, lorsque la mélancolie l’envahit, l’apaise par sa blanche pureté. Et lorsque la déesse y consent, elle décroît, et lui offre en son sein une place réconfortante presque maternelle. Alors le pèlerin, loin des yeux indiscrets, peut laisser couler ses larmes et s’en réjouir. 9 Le vent dans les arbres Aujourd’hui la pluie est tombée, Zéphyr a chassé les nuages. Des verts et paternels branchages Est venu un bruit nouveau-né. Le doux va-et-vient des feuillages Balayés par ce frais compagnon, Vous transporte à l’horizon De lointains paysages. Pareil aux caresses d’une femme Il emporte vos noirs sentiments, Et tout naturellement Fait rêver votre âme. Plus bas une rivière coule Sous un pont suspendu, Emportant avec sa houle Le rêve d’un espoir entendu. 10 Les nuages dans le ciel Délicats, légers et flottants Dans le ciel céruléen, Dans les âges toujours naviguant Sur les soucis du quotidien, Ils surgissent en des matinées fécondes Pour célébrer l’hymen d’un Céladon Et cacher les vastes beautés du monde Sous un épais voile de discrétion. Poussés par Eole sur tous les flots, Portant d’Est en Ouest les joies et les peines, S’ils pouvaient naviguer moins haut Nous conteraient des histoires par centaines. Embrassant d’un regard les champs engourdis Ils échappent à la misère des heures. Colériques ou sensibles, ils masquent le paradis Pour mieux nous en révéler la valeur. À leur venue un bruit s’éveille. C’est Zéphyr dans les arbres mélodieux, Qui aux senteurs d’une nature en éveil Joint le plaisir de l’homme amoureux. 11 L’oiseau et le chêne Sur la branche d’un vieux chêne Hostile au temps et aux monotonies, Un oiseau gracile fait son nid À l’abri d’une ramure souveraine. D’un arbre à l’autre, il vole gaiement Dans le sein d’une forêt ajourée, Et découvre le trésor tant recherché Sous les rayons d’un soleil de printemps. S’arrêtant au bord d’un ruisseau Pour profiter de l’aurore naissante, Se posant sur de la mousse odorante Pour en respirer le parfum nouveau, Plumes au vent et cœur léger, Clamant des gazouillis anodins, Il poursuit son propre chemin Simplement fier d’exister. Toujours se guidant au lointain Sur l’ombre du vieux compère, Tels les marins au phare salutaire, Notre oiseau coule des jours sereins. 12 Aurore Rien ne bouge à l’horizon. Tout est mort, froid et immobile Dans ce tableau noir et stérile Qui attend l’éclatant rayon. Apollon sur son char céleste Tire à sa traîne cet enfant Au regard fauve et triomphant Qui scintille d’Est en Ouest. Les oiseaux annoncent son arrivée Par un chant simple et mélodieux. S’élevant lentement dans les cieux, Il libère les senteurs de la matinée. Assis, j’admire ce jour naissant Qui parle au coeur des hommes ; Ceux pleins de courage et de formes Qui admirent ce spectacle éblouissant. Frissons et patience récompensés Par cette chaleur envahissante Symbole d’une Vie conquérante, Porteuse d’une plénitude tant espérée. 13 La complainte de l’abeille De fleurs en fleurs Butinant sans cesse la rosée Sans jamais se lasser L’abeille accomplit son labeur. Chargé d’un butin Pour toutes sacré Elle garde ses secrets Et poursuit son chemin. Braver l’homme roi Œuvrer pour la communauté Souffrir sans arrêts Telle est sa voie. Leçon d’harmonie splendide Quand l’homme détruit Leçon de respect et de parcimonie Quand l’homme dilapide. 14
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